‹ Histoire de l'AsieChapitre 3 sur 16 · DES ANCIENNES CIVILISATIONS · texte numérisé non relu

DES ANCIENNES CIVILISATIONS

séquences mondiales la conqndte mongole.

liiication de l'Asie par les Mongols bouleversa les ^ du commerce mondial (5). L'Asie entière devenue mensc Empire, régie par un Yassak sévère, soumise à lnc€s attentifs qui veillaient jalousement à la sécnrité andes routes transcontinentales, — ce fut !à pour le :rce du Moyen Age un fait aussi important que la déte de l'Amérique pour les hommes de la Renaissance. 3ur de Plan Carpîn et de Rubruquis à Karakoroum, le

de Marco Polo et d'Odoric de Pordenone à Pékin, [lurent pour les contemporains de Saint Louis, à la ierle de l'Asie. Les grandes maisons de commerce de

et de Gines entrèrent en relations directes avec la l'Asie Centrale et la Chine, pays où, jusque-là, aucun

. Vato^CTy, (icichichtf. Uokkarax oder Tranioxifuiens, SMigard, Skrinc and Denison-Ross, The lieart of Asia, hiîiary o{ liuatian an and Central Asian Khanais, Londres 1899. — Cïiiplicka, The >! Centra! Asia, ils hislory and présent day, Oxford 1918. — Kalïvad. Dozon, Itisioire du lihanal de Khokand, P. 1889. , Heyd, Ilifloirc du Commerce du Leoont au Wot/cn Age, Irai taynaud, n, M-253.

l32. LES BMPIRB8 MONGOLS

conquêtes se furent stabilisées, organisèrent eévèrement la police de ces routes. Ils y établirent un système de postes dont la régularité excitait l'admiration des voyageurs occidentaux. Le kban Argoun se signala par les sages mesures qu'il prit en ce sens. Après lui, le khan Gazan renforça les lois pour la protection des caravanes. « Gazan rendit les postes de garde et les habitants des villages situés sur la route responsables des vols commis. A côté de chaque poste, il nt dresser une colonne indiquant l'effectif du poste et le tarif de la taxe réglementaire. »

Grâce à cet excellent système routier qui faisait de Tauris le point terminus d'un immense réseau de caravanes ( rayonnant sur l'Extrême-Orient, l'Inde et l'Asie Centrale, la grande cité persane reccvail tous les produits précieux dont les voyageurs italiens ou arabes nous ont laissé Ténuméralion émerveillée : épiées de l'Insulinde, perles, saphirs et rubis de Ccylan et du Malabar, diamants de Vijayanagar et de Golconde, émeraudes et cornalines de Cambayc, châles du Cachemire, tapis du Turkcstan, lapis-Iazuli du Badakchan, turquoises de Nichapour, satins, moussclihcs, brocarts et cotonnades de Mcrv, de Thoûs, de Chouster et de Mossoul, essences de Chiraz et d'Ispahan, armures damasquinées de Géorgie et de Syrie, etc. Ajoutez à toutes ces marchandises importées, les produits de l'industrie locale : soieries, brocarts d'or, tapis de luxe, — et vous comprendrez l'admiration qu'excitait la vue de cet énorme bazar chez les voyageurs occidentaux : « Thoris, dit Odoric de Pordenonc, est la meilleure cité qui soit au monde pour les marchandises. Elle vaut plus à son Empereur qu'au roi de France ne vaut tout son royaume (i). »

Tauris communiquait avec le monde chrétien par deux routes. La première, qui traversait les montagnes de la Grande Arménie, passait par Khoï, Manazgherd, Erzéroum et aboutissait à Trébizonde sur la Mer Noire, ville qui était à cette époque le siège d'un Etat grec indépendant et un des

(IJ Odoric de Pordenonc, édition Cordier, p. 20. Cf. Marco Polo, édilion Paulhier, p. 22

HISTOIRE DE l'aSIE i43

moult grand planté de 6ucre, si qu'en tout le reste du monde on n*en fait tant qu'en cette contrée ; et de soie dont il y a abondance, que c'est merveille... De cette cité, part un fleuve grand qui va jusqu'au port de Ganfu (le Kan-fou des géographes arabes), et y a moult grand navire qui vient et va en Inde et autres pays étrangers, portant et rapportant marchandises en mainte manière. »

Enfin, le Fo-kien possédait les deux grands ports de Foutchéou, que Marco Polo appelle Fuguy, et de Tsiouen-tchéou qu'il appelle Zayton ou Çayton. Par leur richesse et leur luxe, les marchands de Fuguy inspirèrent au voyageur vénitien une admiration voisine de la jalousie : « Et ont gingembre et ont gaingal que c'est outre mesure. Et on fait à cette cité grand quantité de sucre. Et si on fait grand marchandises de perles et pierres précieuses. Car plusieurs nefs de l'Inde y viennent qui y amènent moult de chères marchandises. » Mais le plus grand cmporium de l'Etrême- Oiient était encore Zayion, c'est-à-dire Tsiouen-tchéou, « le port de Zayton, dit Marco Polo, où les nefs d'Inde viennent qui amènent les épiceries et autres chères marchandises. C'est le port oîi tous les marchants du Manzy, arrivent. Si que pour ce, y vient grand quantité de marchandises et dp pierres précieuses et de perles, que c'est une merveilleuse chose, et de ce port se portent en la contrée de Manzy. Et vous dis que pour une nef (navire) de poivre qui va en Alexandrie ou autre port pour porter en terre de Chrétiens, en vient en ce port de Zayton cent et plus. Et sachez que près de cette cité de Zayton, est une autre cité qui a nom Tiunguy (Tekhoua) où on fait moult de porcelaines qui sont moult belles (i). » Ces renseignements sont confirmés par les voyageurs arabes comme Ibn Batouta (2) qui vante en outre les industries de Zayton : « Le port de Zeïtaûn, dit-il, est un des plus vastes du monde ; je me trompe, c'est le

(1) D'ai^rès le fexlc do Marco Polo, édition Pauihler, p. 529. — Cf. Ileyd, Histoire du Commerce du Levant, Irad. Furcy Raynaud, II, 247.

(2) Ibn Batouta visita Zayton en 1345. Il y vit une nombreuse colonie do négociants venus de tous les points de la Perse, notamment de Tauris, d'Ardébil, d'Ispahan et de Kazvin.

I&6 LBS EMPIRES MONGOI^S

Résultats commerciaux de la conquête mongole.

En résumé, l'établissement de la domination mongole en Chine, au Turkeslan, en P^'se et en Russie, eut pour conséquence de roavrir les routes du cojnmerce transconii' nental entre VOccidenf eija Chine, les voies du commerce fnûrilime entre rOccidenf^ei ilnde\ A cct^éga^d, la oçnquêlc mongole eut, au Moyen Age, les mêmes résultais que là conquête macédonienne à Tépoque alcxandrinoc. ^Tcjiinkkiz Khan, le chef vêtu de peaux de beies, né «ous une ycHJrte de rOnon, eut la môme influence sur le progrès de la civilisation universelle que Télève d*Aristotc. Certes, les Mongôk étaient loin d'avoir la même culture que les Macédoniens du iV siècle. Mais parce qu'ils courbèrent toute TAsio sous un ct)mmandemcnt unique, parce qu'ils se préoccupèrent avant tout de favoriser les relations commerciales d un bout h Tautre du continent, leur domination amena la même révolution économique que jadis l'établissement des Gix>cs en Iran et au Pendjab, Et quand ils tombèrent devant la réaction des éléments indigènes, — élément chinois et élément musulman — , les grandes routes commerciales qu'ils avaient rouvertes, se refermèix*nt, les barrières qui séparaient 1<^$ anciennes civilisations furent redressées.

L'Art Persan à l'époque mongole.

L'Architecture.

Les relations commerciales créées par les Mongols, cessèrent sans laisser d'autres souvenirs que les récils, devenus presque fabuleux, d'Odoric de Pordenone et de Marco Polo. Mais les rapports artistiques que les Mongols avaient oontribué à établir, demeurèrent acquis. Dans le domaine de l'art, — et ce fut là le résultat durable de la conquête mongole, — lo monde iranien ne s'affranchit jamais plus des influences chinoises, ni le monde chinois des influences persanes.

La domination mongole provoqua le rapprochement des doux plus anciennes civilisations de l'Asie. KHe qui, finale-

l5o LES EMPIRES MONGOLS

nîatures de la Chronique de Réchid eddin qui datent du ligne d'Oldjaïtou, et celles de la splcndide Apocalypse de Mahomet (i) qui fut exécutée à Hérat «ous le règne de Chah Kokh. Dans ce dernier ouvrage, surtout, le mélange des influences s'accuse nettement : Dans un irréel décor d'Extrême-Orient, aux nuages en forme de tchi ou de dragon, la vierge Al-borak et des anges aux visages poupins, aux yeux en amande forment le cortège du Prophète, délicate (igurc aristocratique, à la barbe soignée, à l'attitude réservée — , et c'est en quelque jardin de l'Asie Centrale, la rencontre d'un jeune seigneur persan avec un groupe d'enfants chinois (2).

La fusion des influences persanes et chinoises aboutit, à l'époque Timouride, dans les écoles de peinture de la Transoxiane et du Khorassan, à un art véritablement exquis (3^ Le milieu était favorable à un tel épanouissement. « L'époque timouride, dit Migeon, fut une époqufe de libre expansion artistique, où, dans les villes comme Hérat et Samarkande, tout devait concourir à l'éclat d'un moment unique dans les fastes de l'Orient. » Lo farouche Timour lui-même lisait à ses heures les vers de Hâfiz et de Nizami et faisait, en dépit du Coran, exécuter son portrait et le portrait des siens : dès qu'il s'agissait d'art, ce n'était plus un guerrier turc, c'était im grand seigneur persan et si l'on veut comprendre son rôle dans l'histoire de la civilisation, c'est comme roi de Perse qu'il faut l'envisager. Après lui, tous ses descendants, les plus insignifiants comme les plus belliqueux, eurent à cœur de protéger les peintres et les poètes. L'Ecole de miniature qui fleurit à leur Cour, à Hérat et à Samarkande et qui continua, après leur chute, à prospérer en Transoxiane sous le sceptre de leurs successeurs Sheïbanides, fut une des plus remarquables du monde musulman. Le développement de cette école va de l'avènement de Timour en i365 à la mort

(1) Supplément iurc, n' 190.

(2) Cf. Cl. Huart, Les calligraphes et les miniaturisles de VOrient musulman, p. 330 (Paris, IDOS) et Blochet, Les écoles de mimatore e» Perse (Revue Archéologique, II, 1905, p. 134.)

(3) Cf. Blochel, Les écoles de miniature en Perse^ Revue Archéologique, t. II, année 1905, p. 130 et sq.

HISTOIRE DE l'aSIE i5S

L'Art chinois à l'époque mongole.

Tchao Mong-fou.

Inversement, la Chine des Youen (i) se pénétra d'influences iraniennes (i26o-i368). Nombreux étaient à la Cour de Koubilaï les gens de la Perse, du Khorassan et de Transoxiane. « Ce fut alors, dit M. Paléologue, quejes bronziers chinois et bientôt les céramistes, commencèrent de donner à leurs vases certaines formes ovales, des évidements de

goulot, des renflements de col, des évasements de bords, des courbes d'anses, des panses sphériques ou lenticulaires, des couvercles pirif ormes, que ni Tart ancien ni Fart bouddhique n'avaient connus. En même temps apparurent dans le décor des motifs plus cursifs, des arabesques plus variées, des rinceaux d'une élégance plus allongée, — le style des bordures devint plus gavant, on vit figurer dans l'ornementation des palmes, des pampres, des tulipes et des iris. » Ce caractère persan se retrouve en certaines aiguières de l'Epo^ que Youen, dans les surahés, brûle-parfums et gourdes plates de la même époque. Le verre émaillé fut introduit en Chine par les Persans. Ce sont encore des Persans qui onl fait connaître aux Youen le procédé byzantin des émaux cloisonnés (fin du xiif s.). En céramique, le bleu de cobalt avait été importé en Chine par les Arabes dès le x* siècle. Au xiii* arriva de Perse le procédé de la peinture de cobalt sur porcelaine crue, procédé déjà usité pour le décor des faïences persanes.

Réagissant contre le confucianisme des Soung, religion nationaliste d'une Chine repliée sur elle-même, les Youen favorisèrent le Bouddhisme, religion universelle, qui convenait au maître de tout l'Extrême-Orient. Koubilaï, on l'a vu, fit de son ami Pagspa, un pape tibétain. De cette renaissance bouddhique la peinture se ressentit heureusement et le célèbre Yen Hoéï (1280) traduisit dans ses tableaux le regain de ferveur religieuse.

Au point de vue de la technique, les Mongols pouvaient

(1) Rappelons que Youen est le nom chinois de la Dynastie mongole issue de Koubilaï.

l54 LES EMPIRES MONGOLS

mal goûter la monochromie savante et rirapressionnismc délicat de TEcole de peinture chinoise du Sud. Le style chinois du Nord, avec son dessin vigoureux, sa facturo robuste, son coloris brutal, leur plaisait d'avantage ; ils 1«* firent triompher. <( I-e tempérament de la Chine du Nord, positif, puîissant, domine alors sur la rêverie é^rdue du tempérament du Sud... La peinture des Youen prend des caractères nouveaux, plus accessibles à la mentalité européenne* parce qu'ils sont plus simples et plus directs... Les vieux maîtres des Tang revinrent en faveur. L'enluminure violente, la couleur séparée du dessin, prêtaient à des œuvres appuyées et vigoureuses, telles qu'elles pouvaient plaire a d'incultes baibares. Mais les rechercher de l'âge Soung n'avaient pas été inutiles. Lorsque, sous ces influences, on revint à la couleur, on profita de ce que la pratique du monochrome avait apx^rîs au peintre (i). »

Le plus grand artiste de Tépoque mongole fut Tchao Mong-fou, paysagiste et animalier (i25/j-i322) (2). Apparenté à la famille impériale des Soung, Tchao Mong-fou s'était, au moment de la conquête mongole, retiré dans la solitude. Mais en 1286, il se rallia au gouvernement de Koubilaï, et devint membre des Ilan-lin et peintre officiel de la Cour.

On peut apprécier le talent de Tchao Mong-fou paysagiste par les peintures sur soie du British Muséum ou par celles que Tlmpératrice Tseu Ili a offertes au Musée Guimet (3). M. Bushell décrit ainsi un des paysages du British : a Un lac. Dans un coin, une île avec un pavillon à terrasse vers lequel se dirige un bateau portant deis visiteurs. On aperçoit dans un autre bateau des pêcheurs tirant leur fijet. Los montagnes dans le lointain. Les collines revêtues de pins au premier plan ; un bouquet de saules en face d elles, et des roseaux, qui, le long de la rive, ondulent sous le vent,

. (1) R. Pctrucci, Les jieintres chinois, p. 87.

(2) Cf. R. Pctrirêci, Tchao Mong-lou. Revue de TArl Ancien cl Moderne, 10 sep. 1913, p. 171.

(3) Tchang Yi-lchou el Hackin, La peinture chinoise au Miisée Ghimel, pi. II.

x6o TABLE DES MATIERES

T. IV (Ibn Batouta), L. 1916. — Bretschneidcr, Médiéval Researches iront eastem asiaiic sources, Londres 1888. — Voyages de RuJbniquis et de Plan Carpin, dans le Recueil de Voyages et de Mémoires publiés par la Société de Géographie de Paris, tome IV, 1839. — Guillaume de Rubrouck, Récit . des voyages..,, édition Hacker, Paris 1877. — Jean du Plan de Carpin, Relation des Mongols ou Tartares,.., édition d'Avezac, Paris 1838. — Le Livre de Marco Polo, édition Pauthier, Paris 1865. — Yule, The book ot ser Marco Polo, édition Henri Cordier, Lcmdres 1903. — H. Cordier, Ser Marco Polo ; Notes and addenda, Londres 1920. — H. Cordier, Le Centenaire de Marco-Polo, Paris 1896. — Les voyages du bienheureux Odorie de Pordenone, publiés et annotés par Henri Cordier, Paris 1891. — Heyd, Histoire du commerce du Levant au Moyen Age,, traduction Furcy-Reynaud, Leipzig 1885-1886. ■— Hallberg, U Extrême-Orient dans la littérature et la cartographie de VOccident, aux xin% xiv« et xv« siècles, Paris 1906. — Chabot, Histoire de Mar Jaballah 111, patriarche nestorien, Paris 1895. — A. Rémusat, Mémoire sur les relations des Mongols avec les rois de France^ (Mélanges Asiatiques). — Douillane de Lacoste, Au pays sacré des anciens Turcs et des Mongols, P. 1911.

Page 1