L*1NDE MUSULMANE ! LES GRANDS MOGOLS
de Lahorc, ou sur les terrasses de Delhi et d*Agra. Le plus célèbre des poètes indo-musulmans, Emir Khosrau d-e Delhi (i253-i325), imita Nizami et Sâdi, leurs chants d'amour et leurs poèmes mystiques. Il traita tous les thèmes favoris du classicisme perean : la gloire et les malheurs de Khosrau et de Shirin, la passion de Maghnoun et de la belle Leîla, les aventures de Bahvam Gor le vieux chevalier sassanide, le Miroir d'Alexandre le Grand (qui était lui aussi depuis longtemps naturalisé iranien). Le poète Hassan de Delhi (+ i326) imita Hâfiz et Omar Khayam dans de légères chansons bachiques qui ont la grâce et la fraîcheur d'Anacréon. L'influence persane tempéra ainsi dans l'Inde la rigueur de l'Islam. « Malgré Mahomet on buvait du vin, on mâchait du hachich, on faisait des vers au rossignol, aux roses, à la lune (i) ».
Malgré toute sa somptuosité, l'Inde des radjahs ne pouvait faire oublier aux conquérants venus du Nord-Ouest le charme plus discret de la Perse élégante, amoureuse et chevaleresque. D'ailleurs les maîtres musulmans superposés à la masse indienne, restèrent toujours à l'étal d'aristocratie oisive et guerrière. Or aucune littérature ne convient mieux que la littérature persane au rôle de passe-temps de cercles aristocratiques. Tout dans cette littérature distinguée, mais mièvre, sentimentale et conventionnelle, contribue à en faire une littérature de cour. C'est ce qui explique que dans le monde musulman non arabe la langue et la littérature persanes soient encore aujourd'hui la langue de la, diplo7 matie et la littérature des cours. Il était donc tout naturel que l'influence des beaux esprits de Chiraz et d'Ispahan fût prépondérante à Delhi,
Quand les Timourides s'établirent dans l'Inde, ils étaient déjà iranisés. Voyez \vs portraits de Babcr, d'Houmayoun, de Chah Djahan et d'Aurengzeb, délicates ligures persanes à l'ovale parfait, au noble profil, à la barbe soignée, aux grands yeux orientaux, à l'élégance aristocratique et qui rappelle nos Clouet. Ce sont des soigneurs dl>ipahan et de
(1) La Mazelière, Essai sur l'évolution de la cicilisation indienne (Pion).