AVERTISSEMENT. XXVII
en faire partie, puisqu'un décret fameux^ considéré généralement, depuis, comme funeste, avait prononcé la, non rééligibîlité des membres de l'assemblée constituante? Les jugemens de cette dame ne sont guère plus admissibles que ses citations, puisqu'elle dit, par exemple, en parlant de la nuit du 4 ^oût ; les décrets insensés qui détruisaient tous les privilèges , etc. Gomment l'atmosphère des cours avait-elle pu faire oublier à ce point, à madame Campan , les intérêts de la classe dans laquelle elle était née? Comment, avec l'esprit remarquable qui la distinguait, a-t-elle pu qualifier d'insensés des décrets, devenus des lois par l'acceptation du prince, qui consacraient les sacrifices les plus généreux, et délivraient la nation de tant de charges accablantes^ dont la suppression était, d'ailleurs, indispensable pour pajv venir à l'établissement d'une constitution, conforme aux vrais principes de l'ordre social?
Plusieurs autres assertions de madame Campan, qui appartenaient cependant davantage à sa position, n'ont pas plus de fondement que celles que j'ai déjà relevées : «A cette époque, dit-elle, « (c'était vers la fin de 1791 ) Barnave avait « obtenu de la reine, de lire toutes les lettres « qu'elle écrivait ; et, malheureusement , ce qui en- (( traînait le plus rapidement la cour vers sa perte, « c'était la diversité des conseils et la nécessité de
XXVIII AVERTISSEMEirr.
« condescendre d'un côté à une partie des vuejs « des constitutionnels , de l'autre à celles des « princes français et même des cours étran* « gères. » Il y a bien quelque vérité dans cet article sur le da^nger de la diversité des conseils auxquels la cour se livrait successivement. Ceux du baron de Breteuil^ qui la représentait auprès des puissances étrangères, étaient , sans doute, les plus nuisibles, par son opposition personnelle à tout ce qui se fesait en France. Mais j'ai de puissans motifs de croire que la reine eût été, alors, fort éloignée d'acquiescer à rien de ce qui aurait pu lui être conseillé par les princes ses beauxfrères. Au surplus, ce qu'il jra de positivement faux, c'est que Barnave ait jamais demandé à là reine et obtenu d'elle le droit de lire les lettres qu'elle écrivait. Barnave n'a vu la reirte qu'un petit nombre de fois, et toujours accompagné de Duport ou de moi, à l'exception d'une seule fois, au moment de son départ pour le Dauphîné. Jamais il n'a pris part à sa correspondance, si ce n'est pour une lettre , fort importante , dont il serai question dans le cours de cet ouvrage.
En parlant des i*elations et de la correspondance que nous eûmes avec la cour, vers la fin de l'assem^ blée madame Campan cite une lettre qu'elle suppose avoir été écrite à la reine par Barnave. Cette lettre, qu'elle dit elle-même ne rapporter que de