AVERTISSEMENT. III
quelquefois, pureDit concourir k la pousser^ plus ou moins, yers l'exagération des principes.
Les oppositions violentes qui luttaient , dans l'intérieur de laFrance, contre les vœux prononcés de l'immense majorité de ses habitans, forment une partie importante de Thistoire de cette as^ semblée, puisqu'en contrariant la marche, et menaçant de détruire ses travaux, elles Font sou* vent obligée k des mesures qui pussent en assu* rer le succès. Aussi ^ rapporterai -je avec soin les effets, et quelquefois les causes de ces oppositions, parce que c'est à Fignorance des faits et de leur liaison avec les actes principaux des prew miers tems de la révolution , qu'on doit attribuer une partie des faux jugemens que portent aujourd'hui sur elle, les hommes mêmes qui lui doivent l'honorable existence dont ils jouissent.
Malgré la conviction que j'ai de l'immense importance des services rendus au monde par l'assemblée constituante , je ne viens ni la louer ni la juger ; je viens seulement dire ce que je crois la vérité sur les choses que j'ai vues, et exposer, avec simplicité 9 des résultats dont j'abandonne le jugement à mes lecteurs. J'ai l'intime persuasion d'avoir écrit avec une impartialité peu commune, mais peut-être ne sera-t-elle pas généralement avouée. L'aristocratie est comme les chars armés d^es anciens, elle déchire tout ce qui ne la suit
tV AVERTISSEMENT.
pas. Le vieux duc de La Rochefoucauld est plus coupabte à ses yeux que Robespierre. Robespierre Suit son intérêt, disait-elle, le duc de La Rochefoucauld trahit son ordre : le premier se livre à une impulsion toute naturelle; le second est on déserteur de notre cause.
Je ne fais point aux fils de ceux qui, autrefois, parlaient ainsi, Tin jure de croire qu'ils ont hérité de ces injustes préventions , funestes conséquences des dissensions civiles. Une éducation différente a dû nécessairement donner une autre direction à leurs observations et à leurs pensées. Ils ont connu les rigueurs de la nécessité, qui influent souvent sur la destinée des hommes, et ceux chez lesquels elles n'ont pas fait naître l'irritation, auront pu y puiser de la force et de la philosophie. Pour les plus jeunes d'entre eux, dont le caractère n'était point formé à leur rentrée en France, il est impossible que le joug des préjugés ait pu les courber : ils ont dû naturellement se jeter du côté d'où jaillit la lumière. Il n'est point à craindre qu'avec les sentimens qui les animent , ils puissent diriger des reproches contre ceux qui firent au bien public le sacrifice volontaire de leurs intérêts personnels.
Au reste, ce genre d'injustice, relativement à Tappréciation des hommes publics, n'appartient point exclusivement à l'aristocratie : il se rencon-
A^VERTISSEMEIÏT^ V
tre dans. presque tous les partis. De chaque côté, on veut tout , ou rien. Tel homme est excellent , ou détestable, suivant qu'il a marché avec ou contre nous; et souvent on porte ce jugement avant d'avoir pesé dans la balance de la justice, les faits,, les motifs, les positions, les circonstances. Il n'est que trop facile de vérifier la justesse de ces observations, en parcourant les nombreux ouvrages, publiés jusqu'à ce jour, sur la révolution. Presque tous les hommes qui ont écrit des mémoires sur cette mémorable époque , pu qui ont essayé d'en retracer le tableau, ont plus, ou moins cédé à l'esprit du parti qu'ils avaient embrassé. Égarés par les préjugés dont ils étaient imbus, ou par les passions qui les animaient, ils ont représenté, tour-à-tour, les événemens ou les personnages , sous le jour le plus favorable à leur intérêt ou à leur opinion, en s'efforçant, presque toujours^ de rejeter sur leurs adversaires le blâme des fiau^ tes, et la responsabilité des mialheurs. Il faut en» core mettre, au nombre des causes de tant, d^rreurs , le défaut d'uqe position convenable pour acquérir la connaissance exacte des faits, et jusqu'à un certain point, des motifs qui opt pu contribuer à les faire naître. Il faut avoir connu les intérêts, les passions, le caractère des hommes qui dirigeaient la xour^ les circonsta,nces , elr aussi lès passions qui dominaient quelquefois^
VI AVERTISSEUTEIfT.
rassemblée, pour être à même de présenter, je ne dirai pas un tableau complet, mais au moins une esquisse exacte de ces grands mouvemcn», dont les conséquences eurent une si haute importance. Un coup-d'œîl rapide jeté sur quelques-uns des plus importans de ces ouvrages viendra appuyer et confirmer ce que j'avance.
M.deFerrières.De tous les auteurs de Mémoires sur lés premiers tems de la révolution, aucun n'a obtenu du public phis de coi^nce que le marquis de Ferrières. Son livre et sa vie entière le représentent comme un homme d'honneur, désintéressé, sans ambition ; mais ce qui a le plus contribué à lui concilier les suffrages d'écrivains,d'ailleurs très-distingués,c*cst la chaleur avec laquelle il a relevé le» torts de la classe à laquelle il semblait appartenir. On le voyait accuser les erreurs', les fautes, les injustices delà haute aristocratie,qui, alors appuyée par Finfluence des princes, opposait une vive résistance à rétablissement d^un régime* constitutionnel , et . Pon a de regarder cette franchise comme une preuve d^mpartialité, faite pour inspirer la confiance. Malheureusement, ceux qui ont porté ce jugentent n'avaient aucune idée des tems antérieurs à la révolution, et ne la connaissaient elle-même que très-imparfaitement. Ils n'ont aperçu que deux partis, la noblesse d*uH côté et le tiers- état de l'autre. Il n'en était point ainsi : la division existait.