AVERTISSEMENT. VIT
déjà depuis ioûg-tettiô, entre la noblesse des provinces et la noblesse de la cour; maïs , à l'époque des états-généraux , cette division prit t>n caractère encore plus prononcé. L'irritation de la première contre la seconde avait alors tant de violence, que les hommes les plus puîssans, et même M. le prince de Condë, ne purent, malgré tous les soins qu'ils se donnèrent, obtenir les suffrages d'hommes qui, cependant, étaient sou-vent obligés de recourir à leur haute protection. M. de Ferrières appartenait à la noblesse de province, et paraît avoir été fortement imprégné dts sentimens qui l'animaient. Ses reproches contre la première classe de la noblesse sont souvent justes; mais, connue il j entre moins de franchise que de riralîté, on ne doit pas les admettre sans examen. Quant aux accusations que det écrivain ântge contre le parti populaire , je puis affirmer qu'elles sont , pour la plupart , dénuées de tout fondement. M. de Ferrières n'a eu aucune espèce de moyen de pénétrer la nifarche de ce parti , à l'égard duquel ceuxHfnêmes qui ont exercé le* plus: d'influence s^slt lui , se sont; quelquefois trompés ; cependant, malgré son ignorance «bsohie des choses dont il parie , cet écrivain veot paraître avoir assisté à des réunions, à àe^ conseils que son imaginatvcm se«le a créés; it se crdit initié aux projets et aux mesures, qUf'il siipp<»$e avoit
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été. arrêtés dana ces réunions ; et cependant , les particularités, dont il rend compte, ne sont jamais parvenues à la connaissance d'aucun de ceux qui ont vu de plus près les détails de la révolution.
Ce qui a entraîné le marquis de Ferrières dans cette erreur impardonnable, c'est la persuasion que ses adversaires, c'est-à-dire toute la nation, moins. la noblesse qui le comptait dans ses rangs, avaient un système arrêté d'avance, un plan de conduite et d'action; qu'ils produisaient à, leur grêles événemens, et leur donnaient la direction la plus favorable à leurs vues. Qui ne sait, cepeiidant, que, même en des tems tranquilles ,^ rien n'est plus rare que la formation d'un, système complet? Elle exig^ une parfaite connaissance des principes et des hommes, la prévision des obstacles qu'on pourra rencont^rer , la, volonté et le talent nécessaires pour les surmonter. Était-ce donc dans une crise politique aussi extraordinaire que celle qui agitait la France en 1^89, qu'on pouvait concevoir un système et espérer de le réaliser? Comment un homme qui, comme M. de Ferrières, ne manquait ni d'instruction , ni même au fond , peut-être , de droiture, a-t-il pensé qu'au milieu' d'un aussi grand mouvement ^ la plupart des évén^mens , et surtout lés plus importans , pouvaient éitre le^ résultat de conciliabules en-
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tre quelques individus, plutôt, que l'^flet naturel de ces passions violentes qui soulèvent les masses au moment même pu l'on s'y attend, le moins ? Tout ce qu'auraient pu faire, dans de telles circonstances, les hommes auxquels on supposait lepliAs de lumières, de talens , de caractère, eût été, tou( au plus, de diriger^ jusqu'à un certain point , le cours de cette irruption , avec plus ou moins de succès, pour la faire servir à l'intérêt public, tel qu'ils le concevaient. Nul doute que Ton ait pu, en effet, exercer quelquefois» de l'influence sur les esprits , imprimer aux événemens une direction morale, mais ce n'étaient ni l'organisation, ni la discipline, ni le commandement qui pouvaient assurer la victoire, comme M. de Ferrières l'a si gratuitement imaginé. Ce que cet écrivain n'a pas vu , ce qui explique naturellement le cojirs inrésistible de la révolution, est un fait dont personne ne peut nier l'évidence, c'est que, d'un côté, il n'y avait qu'un partie et que , de l'autre, il y avait une nation.
M. de Ferrières parait avoir eu l'intention d'écrire avec bonne foi, et je crois qu'il, l'aurait fait, si , moins imbu de préjugés, moins étranger à la conduite du parti aristocratique,, il ne s'était pas , surtout livré à la fausse impulsion que je viens de signaler. Je pourrais citer d'innombrables preuves des erreurs que cette disposition lui a