‹ Histoire de l'Assemblée constituanteChapitre 25 sur 54 · INTRODUCTION. LUI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LUI

réforme des abus religieux , elle était aussi un aj^l aux sentimens libéraux. Jusqu'à Tépoque où nou^ sonmies panrenus , Tamour de la liberté, sentiment inné qui ne peut être entièrement effacé^ même sous l'expression , existait dans presque tous les cœurs. La réformation, prenant pour base l'esprit d'«xamen , amenait naturelleinent la discussion de tous les grands intérêts , qui peuvent fixer l'attention des hommes réunis en société. £ki remontant aux institutions de la primitive église , elle rappdait aussi aux peuples les droits dont avaient joui leurs ancêtres. La réformation donna naissance à des guerres longues et sanglantes , au milieu desquelles se forma Tesprit d'ind^>endance, et , en fortifiant les caractères, elle les disposa à la ifésistance au pouvoir absolu des princes , e&maké à la domination des pontifes.

Les effets de la réforme ne furent pas les mêmes dans les différentes parties de l'Europe, suivant le plus ou moitis de résistance qu'éprouv«'«it les nouvelles doctrines. L'Allemagne les accueillit d'un assentiment presque général, et, si elles ne parvinrent pas à y établir des gouvememens légaux , elles ccmtribuèrent cepehdant â faire acquérir aux diver^ses populations des franchises et des privUégés que les princes leur accordèrent avec d'autant moins de répugnance, qu'Us aciqùâràient eux-mêmes de grands moyens dé prospérité et de puissance, par l'abandon qui leur était fait des ridies domaines de l'église catholique.

En Espagne, au contraire, cette époque qui est celle du règne de Charles-Quint, vit détruire les anciennes tibertés dont jouissaient la plupart des royaumes qui composaient cette grande monarchie; et les prêtres , abusant de leur triomphe, se servirent avec succès de la

LIV mTRODUCTIOIf.

rëformation pour porter rinvestigation dans les cons^ ciencea , faire considérer des opinions comme des crimes^ et s'attribuer le funeste pouvoir de les juger.

La France n'accueillit point avec le même enthousiasme que FAllemagne les doctrines de la réformation ; ' mais eUe ne les repoussa pas non plus d*une maniée aussi générale que F Autriche et les états du midi. Ces. opir nions nouvelles obtinrent un assez grand succès dans les. provinces méridionales, et y formèrent un parti qui ,. pendant deux siècles , occupa presque exclusivement Fattention du gouvernement français. Quoique ce parti ait combattu avec désavantage, parce que ses forces n'étaient point en rapport ayec celles dont pouvait disposer la couronne, cependant, les guerres qu'il Sioutint daii« l'intérieur du pays, les traités que Ton fut forcé de conclure avec lui, les places fortes qu'il se fit donner en garantie $ accoutumèrent les esprits à penser qu'il était permis d^ s'armer contre l'oppression; et, défendre la liberté , en fait de croyance, fut un acheminement naturel à défendre aussi tous les autres droits, principal but de l'organisation sociale.

Le règne de François V^ fit disparaître les états-généraux, pour céder la place à des assemblées de notables, que l'on espérait trouver plus dociles que les députés de la nation., La conduite du roi présenta un contraste bien singulier, puisqu'on voyait, d'un côté, ce prince, qui, le premier, s'était allié aux sectateurs de Mahomet, se placer à la tête des réformés d'Allemagne, et faire brûler, à Paris, ceux de ses sujets qui avaient embrassé la réformation. Par une nouvelle et funeste contradiction, ce même prince, qui attaquait le pouvoir des pontifes , en protégeant leurs ennemis au-dehors, proclamait,, eut

HTTRODUCTIOW. LV

France , ce funeste concordat , fepous&ié par les parlemens , comme destructeur des libertés que Téglise gallicane avait toujours défendues avec la plus honorable constance, ^

Henri II suit les exemples de son père, ne s'occupe que de galanterie, et meurt dans un tournois à la lueur des autorda-ifé. Sous les enfans de ce prince, les persécutions religieuses , contre les protestans , devienaent plus violentes. De toutes parts les bûchers s'élèvent à la vois; du faiblis François II , ou plutôt à celle des Guise, (^dominent leur maître , et se font de la religion un degré pour arriver au trône. Alors , on voit éclater la conspiration d'Amboise, dont là découverte inonda la France de sang. lia mollesse de Henri III, et le fanatisme qui s'était emparé de tous les esprits, enfantèrent cette fameuse ligue, l'un d^s plus grands fléaux qui aient ravagé le royaume. Le fanatisme produisit tous ces désastres auxquels est encore en proie la nuiUieureuse Espagne; et, alors, comme aujourd'hui, il invoqua dans ses fureurs le secours de Fétranger. Charles IX, dont l'enfance avait été nourrie au milieu des perfides intrigues d'une mère italienne, dévoua son nom à la haine de la postérité, par le plus effroyable crime queprésentent les annales de l'histoire.

On ne peut pas dire, sans doute, que des désordres de ce genre aient quelque rapport avec le sentiment et l'amour de la liberté; mais, cependant, ils fesaient conr naître au pouvoir le besoin qu'il a d'appui, et donnaient au peuple la conscience de sa propre force, quoiqu'elle reçût alors une si funeste direction. '

Toutefois, au milieu de ces tems désastreux, on reconnaît, avec une douce satisfaction , tout ce que pea*

LVI IWTKODBCTIOir,

vent produire d'utile au ^enre humain la vertu et le génie d'un grand homme. Le chancelier de l'Hospital apparaît aux é^ts - géReraux d'Orléans, convoqués par François II et réunis sous Charles IX : Il frappe 1^ esprits et les cœqrs des députés, en leur révélant la sainteté de la puissance des lois ^ et le caractère sacré dont elles doivent être revêtues. Dans les états, rass^tiblés à Pontoise par Catherine de Médicis, là les décide à travailler avec courage à k r^orme des abus, à la réduction des impôts , et à r^\&t^ d'une manià:^ staUe pour l'avenir, la convocation des états-généraux. L'heureuse influence de ces assemblées nationales se fait également sentir au milieu des fureurs de la ligue. Les élsits-géné-^ raux de i^yg défendirent, avec énergie, les libertés et les intérêts du peuple contre l'avidité fiscale de la cour.

Les états de Blois n'ont iég^ê à l'histoire que la peinture des plus B&rewL désordres, et la mânoire d'un crime qui n'excite pas moins l'indignation, quoiqu'il ait été commis par Henri III pour la défense de sa personne et celle de son trône, que des j«incés dépourvus de vertus, mais qui ne l'étaient point de grands talens , avaient le criminet projet d'envahir ,^^en se couvrant du masque de ta religion.

Henri lY n'aurait pas moins cédé, peut-être, que ses p^rédécesseurs, aux charmes trompeurs d'une puissance minutée; mais il avait eu le bonheur de connaître l'adversité et le mérite d' j avoir puisé d'utiles leçons. IXailleuris, il était bon, il était Français ,^^et mettait un grand prix à le prouver par sa loyauté. Sans doute, il y a bien un peu de fierté et de politique dans les paroles qu'il «dressa à l'assemblée des notables, réunie à Rouen ; ce-^

INTKODUCTION. LVII

pendant il y montrait pour ses peuples une déférence qui ressemblait aune rex^onnaissance de leurs droits.

n n'en fut plus ainsi, je nedirai pas sous Louis XIII, m^ sous le cardinal de Richelieu y qui fit tout plier sous son puissant génie et son desp4>tique caractère. Il écrasa les prc^estans comme les grands dû royaume ; mais son régne passa comme un Tiolent orage, et laissa un r<H mineur aux prises avec tous les ennemis qu'avait £ût naître sa tyrannie.

Les peuples respirant lorsque Tautorité est dans les faiUès mains d'un enfant ; mais ils sont eUK-mémes en état de minorité, tant qu'ils n'ont pu être formés par une éducation assez forte pour savoir user de leur puissance, sans en abuser. Aussi, ne vit-on point alors les hommes influens former un plan , proposer de sages limites à l'autorité arbitraire, et la Fronde n'est qu'une émeute, souvent criminelle, presque toujours ridicule. La guerre civile n'a pour but que de détrôner un prêtre italien, fourbe, astucieux^ qui, &vorisé par l'appui d'une r«ine autrichienne, finit par triompher de résistances mal conçues, et encore plus mal dirigées. Cependant, le parlement de Paris, imité par la plupart de ceux du royaume j sent la nécessité de mêler quelque chose de sérieux à de frivoles intrigues qui ne pouvaient que poiter atteinte à sa consida:ation. Les droits de la nation sont plus d'une fois rappelés dans les. discours parlementaires; et la convocation des états-généraux y est réclamée comme le seul moyen de sauver l'état.

La paix de Westphalie, en 1648, en établissant l'équilibre entre le parti protestant et le parti catholicj^e d'Allemagne, donna un point de ralliement à des idées qui , plus tard , devaient pretidre plus de consistsTnce

LVUI • INTRODUCTJOW.

et d'étendue. L'organisation religieuse du protestan» tisme se fondait sur l'examen, quant aux choses, et sur Félection , quant aux personnes ; dès-lors , on pouvait prévoir que, si ces principes , qui obtenaient la sanction de tous les potentats de l'Europe, venaient à recevoir une application plus générale^ il devait en résulter d'immenses avantages en faveur de la liberté politique.

Cependant, son triomphe devait long-tems encore se faire attendre : la fatigue des peuples permet au caractère altier de Louis XIV , enivré par les conquêtes de ses généraux, d oser dire : « V^ètàty c^est moL » Mais un mot, aussi impolitique ^ ne renfermait autre chose qu'une exaltation dé l'orgueil et une illusion du pouvoir absolu. Les humiliations qu'éprouva la vieillesse de ce prince . durent lui démontrer que la force d'un seul homme est bien peu de chose pour sauver un empire. Cette prétention de se substituer seul à la nation reçut encoi*e un terrible démenti presque sur son cercueil. Ses volontés souveraines , qui avaient placé ses enfans naturels sur les marchés du* trône , furent annulées par un simple arrêt du parlement.

La révocation de Tédit de Nantes avait appauvri la France et inspiré dans l'étranger une haine violente contre Louis XTV , qui se manifesta , au-dehôrs , par la ligue d*Augisbourg. Les persécutions contre les protestans, causèrent, dans l'intérieur de la France, autant de ravages que l'aurait pu faire une armée ennemie. Les esprits qui avaient été comprimés tant que Louis XIV avait obtenu des succès , reprirent quelque essor, lorsque les revers vinrent accabler ses dernières années , et , comme il arrive toujours que les débordemens suivent la rupture des digues , on se livra à une licence

Page 1