‹ Histoire de l'Assemblée constituanteChapitre 26 sur 54 · INTRODUCTION. LIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LIX

eflîrénée; les mêmes hommes qui avaient été forcés de plier si long-tems sous le joug de l'hypocrisie , s'abandonnèrent , sans ménagement et avec ostentation , à ces désordres, qui échappent à la rigueur des lois, mais qui portent une atteinte funeste à la morale publique.

Le régent, homme d'esprit et de caractère, et même doué de bonnes intentions, favorisait malheureusement, par ses exemples, cette dissolution des mœurs,qui contribua à afEaûblir le pouvoir , en lui fesant perdre sa dignité. Elle ne reprit point son éclat sous le règne de Louis XY, bien plus livré à la galanterie qu'à la direction des af&ires de son royaume.

L'existence des états se prolonge long-tems encore , avant qu'on s'aperçoive du . dépérissement de leurs forces vitales; mais le inal n'en fait pas moins de pro^ grès. Il attaque successivement tous les organes du corps politique et lui prépare des convulsions par lesquelles sa vie elle-même doit être plus tard menacée. Les symptômes de cette <;rise commencèrent à se manifester après la guerre de sept ans. Le désordre des finances , considérablement augmenté sous Louis XIY , jetait la cour dans d'extrêmes embarras. Les impôts étaient excessifs , et cependant il fallait encore les augmenter pour se procurer de l'argent. Les résistances s'accroissent h mesure que les gouvernemens s'affaiblissent, et surtout lorsqu'ils se trouvent . dans la gêne. Les parlemens, qui connaissaient le mécontentement général , cherchèrent à remplir le double but, et de se montrer les protecteurs du peuple, et d'ajouter à leur importance envers la cour, qui, pour le moment, se trouvait dans leur dépendance. De longs débats échauffèrent la querelle entre le pouvoir et des corps qui , as-

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pirant à représenter la nation, se montraient comme les défenseurs de ses droits. Un homme audacieux , le chancelier Maupeou, ne rendant point assez de justice à la fermeté que|muyàit déployer un coips dont il avait été le chef ^ ne craignit pas d'ouvrir lodieux et criminel avis de renverser le principal obstacle qui s'opposait à l'entier exercice du pouvoir absolu. Mais le courageux dévouement des membres des parlemens, qui préférèrent les rigueurs de l'exil à une obéissance coupable, produi^t une profonde impression dans la nation. Ce fiitea vain qu'on essaya de remplacer ces corps antiques par de grands conseils , auxquels on retirait le droit de remontrances : le peuple leur reâisa sa considération fleurs men^^res remplissaient de grandes places, mais ils n'étaient entourés d'aucune estime , et n'inspiraient aucune confiance.

Louis XV,^ prince sans énergie^ était loin d'être dépourvu de jugement. Plusieurs de ses paroles , rôcueillies par l'histoire , attestent au contraire qu'il avait l'esprit juste et capable de lire dans l'avenir. Il donna une preuve remarquable de cette sagacité, loi^sque, félicité par le duc de Cosse, chez madame Dubarry , au pavillon de Jjucienne , sur l'obéissance passive du parlement, dont la destr^uction n'avait produit aucune insurrection populaire, il répondit: « Tout n'est pas fini: je men tirerai^ moi* parce que je sias.vieua: ; mais gare à mon petit fils ! »

Une autre réponse du même prince révèle en lui de râévation et même, dans cette circonstance, une grande vigueur. M, le Dauphin , père du roi actuel, rempli d'excellentes qualités, avait le malheur d'être courbé sous le jpug de» jésuites. Louis XV lui en fesant de vifs repro-

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ches, le prince avoUa qu'il avait en eux toute confiance, et qu elle était telle que s'ils lui disaient de descendre du trône, il en descendrait : « Et s* ils ifous disaient dy monter! » reprit le roi. Cette apostrophe, qui renfermait tant de pensées, ne permit plus à M. le Dauphin de se disculper de sa molle soumission k des hommes fallacieux , également ennemis du trône et des intérêts publics.

Louis XVI monta sur le trône le lo mai 1774- Au milieu de la corruption des dernières années du régne de Louis XV, il avait conservé des mœurs puresl, des goûts simples , le mépris du luxe ; il s'af&igeait de la misère du peuple, et les réformes ne lui auraient point paru pénibles, si, n'exigeant que des sacrifices personnels, elles n'eussent point porté sur les hommes qui l'entouraient.

Naturellement enclin à se défier de lui-même , il résolut de s'appuyer des conseils de l'expérience , et son choix fiit balancé entre M. de Machault et M. de Maurepas , anciens ministres , sacrifiés aux caprices de madame de Pompadour. Le premier avait obtenu la préférence; sa nomination était même signée, lorsqu'un retard, survenu dans l'envoi du courrier, donna aux courtisans le tems de taire changer la résolution du monarque. M. de Maurepas fut , pour le malheur de la France , appelé auprès du trône i.

' Le marquis d*Argensûn , dans ses Mémoires ^'exprime ainsi , sur le comte de Maurepas.

c Lç jeune ministre de la marine est bien plus aimable que n'était son père , mais encore moins instruit. Il se plait plutôt à faire des plaisan^ries que Ton peut appeler des mièvreries de jeunes courtisans ,que de vraies méchancetés, et des noirceurs dont on assure

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M. 4e Machault passait généralement pour un magistrat éclairé , intègre , et ami du bien public. Si la direction des afiFaires lui eût été confiée, il n'eût point , sans doute, changé les principes qui avaient, jusqu'alors, présidé à la marche, du gouvernement ; mais , par une meilleure distribution de la justice, par l'économie qu'il eût portée dans les finances, et par la suppression des abus les plus oppressifs , il aurait pu restaurer l'ancien édifice.

M. de Maurepas, au contraire, qui avait été ministre à dix-huit ans, ïtiais éloigné des af&ires depuis plus de quarante, s'était créé cette philosophie (c'est un peu abuser du terme) qui , prenant le tems comme il Vient, les hommes comme ils sont, conduit à une indifférence générale ^ur toutes les choses d'ici bas. Dans cette situation d'esprit , on est porté à rire des folies

que âon père était capable. Mais il a consa de trop bonne heure les douceurs et les avantages du ministère , et il ne parait pas qu'il sache encore quels en sont les devoirs et les principes. Il n'avait que dix-huit ans, lorsque ses commis lui ont dit : « Monsei- « gneur , amuseï-vous et laissez-nous faire. Si vous voulez obli- « ger quelqu'un, faites -nous connaître vos intentions , et nous « trouverons les tournures convenables pour faire réussir ce qui « vous plaira.. D'ailleurs, les formes et les règles s'apprennent à « mesure que les affaires et les occasions se présentent , et il vous « en passera assez sous les yeux , pour que vous soyez , bientôt , « plus habile que nous. > Cependant, il faut convenir qu'on passerait tout une longue vie à travailler sans principes , que Ton n'apprendrait jamais rien , et que l'expérience est bien plutôt le fruit des réflexions sur ce que l'on a vu , que le résultat d'une multitude de faits auxquels on n V pas donné toute l'attention qu'ils méritent. » *

(Mém. du marquis d'Argenson, éd. de 1 8a 5, p. 17a.)

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humaines ; ne sentant point en soi ces élans des cœurs généreux, on ne s'occupe que du soin d'arranger sa vie; c'est une fausse image de la philosophije d'Aristippe. M. de Maurepas gouverna la France d'après cette habitude de calculs égoïstes ; sou premier soin était de plaire aux courtisans pour arriver sans orage à la fin de sa carrière^

Cependant , plusieurs réformes utiles furent opérées; le retour des parlemens excita une satisfaction g^çérale, et le premier ministre, ne cherchant qu'à conserver sa prééminence^ souffrit que le roi appelât près de lui des hommes vraiment amis du bien public* C'est ainsi que parurent successivement MM. Turgot, Malesherbes et Necker. L'abolition de la torture, le remplacement de la corvée, et la suppression de la servitude personnelle signalèrent leur administration. Ils auraient, sans doute, opéré d'autres améliorations importantes, s'ils n'eussent trouvé de trop grands obstacles dans les intérêts des courtisans et des privilégiés. La coalition de ces deux classes d'hommes parvint à éloigner du trôtie des conseillers sages et utiles*

M. Turgot, qui avait conçu le plan de la régénération du royaume, et d'institutions prppres à modifier les anciennes formes de l'administration, se borna d'abord, pour ramener l'ordre dans les finances, à proposer la suppression des privilèges en matière d'impôts , et une répartition égale des charges publiques : c'en fut assez pour que les deux premiers ordres vissent en lui un ennemi dangereux; et les intrigues de cour ne suffisant pas pour le renverser, oh alla jusqu'à profiter de la rareté des subsistances pour exciter des troubles dans la capitale, et faire naître, ainsi, des terreurs

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