LXVI INTRODUCTION
porta, pour la première fois, la lumière dans les ténèbres qui couvraient l'administration des finances, et déchira le voile sous lequel se cachait , même aux yeux les plus exercés, la véritable situation financière durojaume. Jusqu'à cette époque, personne n avait aucune idée, tant soit peu fixe, sur les revenus de la France, l'étendue de sescharges et le montant de sa dette. Les prodigalités de la cour auraient pu laisser croire qu'il y avait surabondance dans le trésor, mais l'accroissement successif des impôts fesait craindre un déficit, et c'était sur ces données incertaines que se fondaient les alarmes publiques et l'esprit de mécontentement qui augmentait chaque jour. Après avoir éclairé ce dédale, M. Necker s'attacha à établir l'équilibre entre les recettes et les dépenses.
Quoique ce ministre eût précédemment combattu les plans de réforme de M. Turgot, il avait été forcé de les adopter en partie , et notamment de lui emprunter l'idée de l'égale répartition des charges publiques , seul moyen efficace de mettre de l'ordre dans les finances; mais, ce qui avait entraîné la chute de M. Turgot, devait aussi obliger bientôt M. Necker à la retraite. Les mêmes ennemis se liguèrent contre lui, et il fut victime des mêmes intrigues. Le tiers-état qu'il avait plus flatté que M. Turgot, mais que celui-ci avait mieux servi, lui témoigna des regrets encore plus vifs qu'à celui qui les méritait davantage. Le compte rendu l'avait tellement popularisé, que la nouvelle de son renvoi produisit dans tout le royaume un deuil général.
A M. Necker succédèrent MM. Joly de Fleuri et d'Ormessôn qui nefirentqueparaître au ministère. Une intrigue decourypoussaM.de Galonné, que des habitudes de prodigalité et le souvenir de sa participation aux persé-
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cutions dirigées contre La Ghalotais présentaient à Vopinion sous un jour dé&Yorable. Cependant, quoique léger, il avait de l'esprit, des talens et plus de véritable capacité qu'aucun des ministres de l'ancien régime, et peut-être même du nouveau. Mais, il faut le dire aussi, M. de Galonné manquait de moralité, et par conséquent, n'était guère scrupuleux sur l'emploi des moyens. Pour plaire aux gens de cour, il favorisa les dilapidations. Il fit le plus coupable usage des emprunts qu'il était parvenu à faire enregistrer. Sur celui de cent vingt-cinq millions , à peine en consacra -t- il cinquante aux besoins de l'état; (juarante-deux furent employés à l'acquittement des dettes des princes, dix autres à payer celles des courtisans, quinze enfin servirent, malgré la détresse du trésor, à acheter Bambouillet pour le roi et Saint-Cloud pour la reine. Au reste, le ministre berçait le monarque et la cour des plus brillantes espérances, et la confiance qu'il montrait lui-même dans ses opéra* lions, en inspirait aux autres et particulièrement à la capitale.
n est douteux , toutefois, que M. de Galonné se fît entièrement illusion sur la situation des affaires : sans doute , il voyait le mal , mais pour le guérir il jugeait nécessaire de ne pas lever le voile qui cachait aux yeux du public le véritable état des finances. <c Point de ces mesures qui déœlent et ne soulagent point la gêne du trésor^ disait-il dans un premier mémoire au roi; /^ plaie de Vétat na doit être déi^oilie que lorsque tout sera prêt pour la guérir, »
La plai^ était profonde, et demandait de graves et prompts remèdes. Dans cette extrémité , M. de Galonné sentit et reconnut le besoin d'avoir recours à des