‹ Histoire de l'Assemblée constituanteChapitre 30 sur 54 · LXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXVIII INTRODUCTION

moyens extraordinaires , capables de lui donner , à lui** même, quelque force contre les habitudes déprédatrices des courtisans , et contre la faiblesse de son propre caractère : il s'arrêta à une grande résolution. Il avait vu dans l'histoire, que, dans des circonstances critiques, plusieurs rois avaient réuni auprès du trône des assemblées. de notables. En rapprochant Télite de tous les états , et en s'appuyant des lumières des grands corps du royaume, on espérait obtenir Tassentiment public et une autorité qu'avaient entièrement perdue les édits royaux.

M. de Galonné proposa donc au roi la convocation d'une assemblée des notables: il l'obtint facilement, grâce à la situation critique qui paralysait la marche du gouvernement , entièrement dépourvu des moyens nécessaires pour faire face aux dépenses.

Dans un tems où les affaires publiques , ignorées de tout le monde , étaient bien moins un sujet de réflexions qu'un objet de critique , celte grande détermination fit naître la surprise et excita le plus vif intérêt. On recherchait dans l'histoire , dans les mémoires du tems, dans les chroniques, le récit des débats de ces assemblées, et l'on ne négligeait aucun soin pour en connaître les résultats. A l'aide de ces documens , on essayait de prévoir ce qu'on pouvait attendre de celle qui était convoquée par un gouvernement , dont la faiblesse était manifestement à découvert , en face d'une opinion publique qui commençait à se déclarer avec la plus vive énergie. On prononçait avec reconnaissance le nom du grand Henri , et chacun se plaisait à citer ces paroles , qui , quoique assez politiques , n'en sont pas restées moins mémorables : « Je viens me mettre en tutèle entre

IJXTRODUCTIQN. LXIX

VOS mains ; c^est une envie qui ne prend guère aux roisj aux victorieux et aux barbes grises / mais t amour que je porte à mes sujets me rend tout possible et tout honorable, n

L'assemblée des notables se composait , principale'r ment , de privilégiés. Après leur avoir révélé que les emprunts, faits depuis 1776, s'élevaient à 1646 mil-» lions, et qu'il existait un déficit annuel d'environ i4q millions y M, de Galonné leur proposa les mesures, qu'il avait jugées les plus efficaces , pour parer aux embarras qui rendaient si critique la position pécuniaire de la France. C'était en partie le système de M. Turgot qu'il fesait revivre, mais il y avait joint ses idées personnelles , et l'on doit convenir que , malgré sa légèreté , qui lui donnait l'apparence d'un homme de cour , le timbre et l'enregistrement , impôts dont la création lui appartient tout entière, sont devenus, depuis, deux immenses ressources pour subvenir au paiement des dépenses publiques. M. de Galonné les avait destinés à concilier la faveur des notables à son projet durempla^ cément de la taille et des vingtièmes , par un impôt ter-» ritorial , dont la répartition serait égale entre tous les ordres , et , afin de donner plus de développement à la prospérité publique , sur laquelle il fondait l'espérance d'un accroissement progressif dans les revenus de Fé* tat , le ministre proposait d'utiles réformes , comme l'abolition entière de la corvée , des modifications à la perception de la gabelle , la suppression des entraves apportées à la liberté du commerce des grains , enfin , à l'exemple de MM. Turgot et Necker , l'établissement des assemblées provinciales.

Mais , pour obtenir ces réformes qui portaient, pres->

LXX IWTROBUCTION.

que toutes, sur la suppression des abus, étsdt-il prudent de recourir à une assemblée composée presque entièrement de privilégiés ? M. de Galonné en avait aperçu le danger, mais il s'était flatté de surmonter les obstacles , et de vaincre l'opposition qu'il s'attendait à rencontrer. D'ailleurs , il craignait encore plus de s'adresser aux parlemens , dont il était haï ; et ,. quant aux état&-géné* raux, quelque intention qu'on ait pu lui prêter depuis^ il ne lui vint jamais à l'esprit de les convoquer; car, malgré son extrême confiance en lui-même , il ne devait point se sentir la force nécessaire pour oser se servir de pareils instrumens.

H. de Galonné ayant , dans le développement de ses projets, attaqué l'inexactitude des calculs du compte rendu de M. Necker, celûi-<;i demanda au roi la permission de se justifier, et , sur le refus du prince , il publia MB. réponse zvt contrôleur-général , qui lui répliqua par une lettre de cachet.

Cette circonstance accrut les difficultés que M. de Galonné rencontrait dans l'assemblée des notables. Si^posant que ces attaques étaient dirigées contre hii par le garde-des-sceaux, il demanda et obtint son renvoi; mais, par suite de jalousies de même nature^ le si^i le smvit de près , sur les instances du baron de ftreteuil^du comte de Montmorin çt de l'archevêque de Toulouse, qui représentèrent au roi les dangers auxquels le mécontentement public^ excité contre M., de Galonné, pouvait exposer la monarchie. Ge ministre, qui se croyait des appuis inébranlables, fîit obligé de quitter le contrôle général.

M. de Brienne le remplaça. Il s'empara de ses plans, et de ses jMTOJets , et, lorsqu'il leuneut fait sulnr plu-

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