‹ Histoire de l'Assemblée constituanteChapitre 33 sur 54 · LXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXIV INTRODUCTION

opposition de plusieurs de ses membres. Alors , pour donner au ministère un témoignage et une garantie de ses favorables dispositions , il enregistra la prorogation du second vingtième , avec suppression de toute espèce de privilèges : son rappel fut le prix de sa soumission.

M. de Brienne , se flattant d avoir ramené à lui la majorité du parlement , n'hésita plus à recourir aux emprunts. En conséquence, le roi. vint tenir une séance* royale , dans laquelle S. M. proposait l'enregistrement d'un édit, portant création d'emprunts successifs, pour la somme de 420 millions , payables dans le cours de cinq années. A cet édit , et pour lui concilier la faveur publique , en était joint un second qui accordait aux protestans l'exercice des droits civils. .

Aussitôt que l'on fut instruit du principal motif qui avait fait réunir toutes les chambres du parlement , un grand concours de personnes se rendit dans les salles attenantes à celle des délibérations. Elles étaient remplies de nobles de tous les rangs , de personnages considérables de la cour , et dont plusieurs occupaient 1^ premières charges auprès du roi. Je me trouvais avec un grand nombre de généraux et plus de quatre-vingts colonels y dans la salle du parquet. Les avocats-généraux , les gens du roi y entraient fréquemment dans ce parquet, et nous tenaient au courant de ce qui se passait dans rintérieur du parlement. L'intérêt allait croissant , lorsqu'ils nous informaient des opinions énergiques que plusieurs conseillers exprimaient dans cette mémorable séance. Je dois le dire , toutes les personnes de la cour, tous les chefs militaires , engageaient le parlement à la résistance. Quand je dis tous , je dois

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cependant en excepter un , un seul; c'était le chevalier de Puységur. Assis au coin du feu, sur une assez mau»^ vaise chaise, dans une de ces vieilles chaninées des anciens tems , il ne prenait point part à l'opposition , et disait au contraire : « Ma foi, messieurs, je ne vois pas « trop pourquoi vous vous fâchez si fort contre le teins « présent ; quant à moi , je vous Favouerai , je le trouve « très-supportable, et je ne pense pas qu'il nous con- «jvienne de nous en plaindre , car nous ne nous en « trouvons pas trop mal; et ce que nous devons crain- « dre , c'est que l'avenir ne lui ressemble pas. Ainsi , « prenez-y garde, Messieurs, vous pourriez-bien un « jour vou^ repentir de tant d'opposition.»

Ce discours, passablement égoïste, mais qui île manquait pas de prévision , ne réussit pas auprès d'hommes qui n'avaient point oublié les coups que le cardinal de Richelieu avait portés à l'aristocratie , et qui voulaient profiter de l'état de faiblesse où se trouvait le pouvoir, pour faire revivre de hautes et antiques prétentions.

Dans cette séance , le garde-des-sceaux Lamoignon annonça, au nom du roi, la convocation des états-généraux pour l'année 1792, La délibération avait lieu en présence du roi ; cependant MM. Fréteau , d'Espréménil, Robert de Saint-Vincent et plusieurs autres conseillers , ne s'en prononcèrent pas avec moins de force contre l'enregistrement des emprunts.

Les avis étaient donnés, les suffrages allaient être recueillis , lorsque , sans aucune explication , le gardedes-sceaux prononça renregisti:ement. Alors M. le duc d'Oriéans se lève : « J'ose demander à Y, M. , sire , si « cette séance est un lit de justice. — C'est une séance

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