LXXVI INTRODUCTION
« royale , reprend le roi d'une voix faible. — Je sup- « plie alors V. M., réplique le prince , de me permettre « de déposer à ses pieds et dans le sein de la cour , la « déclaration, que je regarde cet enregistrement comme « illégal, et pour la décharge des personnes qui seraient « censées avoir pris part à la délibération, d'ajouter que « Fènregistrement a eu lieu par exprès commandement « du roi. »
Le roi étant sorti , sans avoir levé la séance , le parlement continue sa délibération. Alors les esprits s'échauffent et s'exaltent : la cour prend Farrêté suivant :
« Considérant l'illégalité de ce qui vient de se passer à la séance royale, que les voix n'ont pas été comptées et réduites de la manière prescrite par les ordonnances, de sorte que la délibération n'a pas été complète , la cour déclare qu'elle n'entend prendre aucune part à la transcription, ordonnée sur ses registres, des emprunts graduels et successifs , pour les années 1788 , 89 , 90 , 91 et 92*.»
Le lendemain, M. le duc d'Orléans est exilé à Villers- Cotterets , et les conseillers Fréteau et Sabathier envoyés dans des prisons d'état. Cette mesure aigrit en-i
' Je sortis du parquet avec Tabbé de Loménie , co-adjuteur de Sens f jeune homme rempli d'esprit , de connaissances , et des qualités les plus attachantes , et je traversai , avec lui et Mathieu-Dumas , les cours qui conduisaient à Thôtel du premier président ^ aujourd'hui celui du préfet de police. Là , nous restâmes plus d'un quart-d'heure à écouter les détails qu'il nous donna, sur les motifs de sécurité qu'avait eus son oncle , pour présenter ses emprunts : il nous dit que le cardinal avait fait le sacrifice de i ,200,000 f. pour obtenir la majorité dans le parlement , et qu'il avait reçu , le ma*, tin même, Tassurance du succès le plus complet.
INTRODUCTIOJT. LXXVII
core les esprits, et souleva Topinion. Plusieurs cours souveraines du royaume adhérèrent, formellement, à la résistance du parlement de Paris, et adressèrent au roi diverses remontrances. Ainsi , après une courte trêve , les hostilités recommençaient avec plus de violence que jamais entre les parlemens et Fautorité royale.
M. deBrienne , devenu principal ministre, et le gardedes-sceaux Lamoignon , qui ne s'étaient point attendus à une telle opposition de la part du parlement de Paris, tentèrent follement l'emploi de l'autorité absolue. M. de Lamoignon alla jusqu'à proclamer, dans un édit , que le roi ne tenait sa puissance que de Dieu et de son épée ; mais ces démonstrations violentes ne pouvaient plus en imposer : la faiblesse du gouvernement, et l'incapacité des ministres , n'étaient plus un secret pour personne.
Ces troubles intérieurs ne formaient pas les seuls embarras où se trouvait le ministère. Ce qui se passait en France fixait l'attention de l'Europe, et , en détruisant la considération du gouvernement, le forçait d'autant plus de prendre part aux événemens qui se préparaient. Des querelles violentes s'étaient élevées entre les états v^e Hollande et le stathouder, protégé par l'Angleterre: malgré cet appui, les patriotes paraissaient devoir l'emporter; mais l'épouse du stathouder, sœur du roi de Prusse, obtint de la cour de Berlin, l'envoi d'une armée commandée par le duc de Brunswick, qui se mit en marche pour soutenir la puissance stathoudérienne. La France, après avoir excité les patriotes à la défense de leur ancienne constitution , se trouvait dans l'obligation de s'opposer à rinvasion de la Hollande. Dans cette intention un camp avait été formé à Givet , et nos troupes pouvaient facilement prévenir celles dç la Prusse et rendre Tinva-