LXXXII INTRODUCTION
tous deux parviennent à s'échapper de leur domicile , et se réfugient au s^in du parlement , aussitôt conyoque, et qui les place sous la sauve-garde du roi et de la loi. Vainement , une députation se rend à Versailles , pour représencerà S. M, l'excès des malheurs qui mena" cent la nation , et la supplier d'écouter y dans sa sagesse^ dUavtres conseils que ceux qui sont pris d^entraîner Va^r toritè légitime et la liberté publique dans un abîme ; la députation n*est point admise auprès du monarque, et revient prendre séance au milieu du parlement qui continue à délibérer pendant la nuit.
Un grand bruit d'armes et de chevaux se fait bientôt entendre : toutes les avenues du palais sont investies de troupes. Le marquis d'Âgoult, major des Gardes- Françaises , se présente aux portes de la grand'chamhre, et menace de les faire enfoncer par ses sapeurs , si on r^use de les ouvrir. On cède à la viglence. Alors , s'adréssant au président , le marquis d' Agcfùlt demande qu'il lui désigne et qu'on lui livre M M. d'Ëspréménil et Goislard de Montsabert. « Nous sommes tous d'Ëspréménil et Goislard , s'écrie^-t-on , emmenez-nous tous. » Le âlence succède à cette exclamation , et le capitaine aux gardes est obligé de se retirer.
|je matin à 1 1 heures , il se présente de nouveau , suivi d'un officier de robe courte : il somme ce dernier de lui indiquer les magistrats qu'il vient arrêter. L'exempt promène ses regards sur l'assemblée , et déclare qu'il ne les voit pas. Touché de cet acte de courage et de générosité, d'Espréménil se lève, et se découvrant lui-même : « Je suis , lui dit-il , l'un des magistrats que vous venez chercher. Je vous somme de déclarer si vous avez l'ordre d'employer la force. —
INTHODUCTIOW. LXXXIIl
Oui , monsieur, et je rexécuterai, reprend le mai^quis d'Agoult , en appelant ses gardes. — Alors, je cède à la force, dit d'Espréménil, pour ne pas exposer la CQur des pairs, le temple des lois , le sanctuaire de la justice, aune odieuse profanation. Mais je prie M. le président de recevoir ma protestation contre les violences exiircéessur ma personne, et de m'en donner acte. Mon crime est d'avoir défendu la liberté contre les atteintes sans nombre qui lui ont été portées. Oubliez-moi, messieurs , et ne vous occupez que de la chose publique : Je vous reconunande tout ce qui m'est cher. Jamais les promesses , les menaces , les tourmens , la mort même, ne pourront me faire abandonner les principes de cette compagnie. Je mettrai ma gloire à les professer jusqu'à mon dernier soupir. »
.Une heure après , cette scène fut renouvelée à l'égard 4e Goislard de Montsabert. Ce jeune magistrat montra Je même curage que d'EspréméniL II fit la même protestation , et déclara que , fùt-il au pied de l'échafaud , it n'oublierait jamais les sentimens d'honneur qu'il avait reçus de ses pères , et les principes qu'il avait puisés dans le sein de la cour. On le conduisit au château de Pierre -Encisp, et d'Espréménil aux îles Sainte-Marguerite.
Le marquis d'Agoult enjoignit ensuite à tous Us membrf'S du parlement de se séparer ; ils obéirent. Les portes du palais furent fermées , et le marquis d'Agoult ei| emporta les clefs.
Le lendemain de cette scène, vraiment dramatique, et dont je fus témoin , le parlement fut convoqué pour aller ^ Verssulles assister à un Ut de justice. Le roi y prononça un discours dans lequel^ après avoir énuméré