INTRODUCTION. LXXXIX
pie de Paris fit éclater une joie qui alla jusqu'à la turbulence. De nombreux rassemblemens se formèrent et se réunirent ensuite , pour promener, ilans toutes les rues principales, un mannequin revêtu d'une robe d'évéque , composée en partie de papier , par aUusion au mode de paiement des rentes que M. de Brienne venait d'établir. Une procédure burlesque condamna au feu ce mannequin , qui, sur4e-cbamp, fut brûlé sur le Pont-Neuf, au pied de la statue de Henri IV.
Le lendemain, des jeunes-gens voulurent renouveler les mêmes scènes. Déjà, ils étaient réunis sur la place Dauphine , lorsque le chevalier Dubois , commandant du guet, parut avec sa troupe, et lui donna Tordre de charger la foule. Plusieurs personnes ayant été tuées et un plus grand nombre blessées , la fureur s'empare des esprits, la multitude fond, à son tour, sur les soldats, et les désarme. Elle se répand ensuite dans les rues, force plusieurs corps-de-garde, et y met le feu ; mais, arrivée sur la place de Grève, elle trouve un corps de troupes rangées en bataille , et se voit arrêtée par des décharges de mousqueterie qui tuent un grand nombre d'ouvriers , et dispersent les autres. . La retraite de M. de Lamoignon fut , quelques jours après , une nouvelle occasion de désordres et de scènes sanglantes. Des désirs de vengeance s'étaient emparés de tous les esprits, fermentaient dans tous les cœurs: le peuple forma de nouveaux rassemblemens , plus nombreux que la première fois , et des bandes de furieux , armés de torches, partirent de la place Dauphine, annonçant le dessein d'incendier les hôtels des deux anciens ministres et la maison du chevalier Dubois. L'autorité ne prit point alors les mesures que lui prescrivait
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son devoir , pour préyenir l'effàsion du sang. Au lieu de chercher à contenir la multitude par un appareil imposant , et de la ramener par des exhortations , ayant d'en venir à Temploi de la force , elle dirigea contre elle , par diverses rues, des troupes d'infanterie , qui , sans avertissement préalable, la chargèrent à la baïonnette dans les rues MesléeetSaint-Dominique^etârent tomber, sans distinction , sous leurs coups, un grand nombre de victimes.
C'est ici le lieu de faire une remarque que provoque le récit des faits : tous ces troubles , on sera forcé d'en convenir, tout auâsi graves et infiniment plus meurtriers qu^aucun de ceux qui ont eu lieu sous l'assemblée constituante , ne peuvent être imputés à la révolution populaire. Ils appartiennent entièrement à l'ancien régime. Ils avaient commencé avec la résistance des parlemens, et s'étaient acorus avec elle. Toutes les fois qu'il j avait réunion générale des chambres ^ plusieurs milliers de prolétaires , auxquels se joignaient , il est vrai, quelques bourgeois de la capitale, dévoués au parlement , encombraient la place du palais , les rues adja(5entes , les quais et la place Dauphine. Le parlement , qui avait la haute poHce , et qui ne manquait pas. l'occasion , lorsqu'il le jugeait à propos , de mander devant lui le heutenant-général de police, avait été le témoin oculaire de tous ces rassembiemens tumultueux, et n'en avait manifesté aucune improbation. S'il âe détermina à intervenir , après l'effrayante catastrophe de la rue Meslée , qui , comme on l'a vu , avait déjà été précédée d'autres scènes sanglantes, ce ne fut que pour prononcer son blâme contre l'imprévoyance de l'autorité, et pour condamner les excès commis en son nom.
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Le chevalier Dubois, qui avait comparu devant le parlement, et exhifaté des ordres supérieurs, n'en reçut pas moins de vives réprimandes qui l'engagèrent à se soustraire, par la,fuite , à la haine publique dont il était devenu l'objet. Tous ces faits sont patens et ne peuvent ê^e infirmés.
Le premier soin de M. Necker, rappelé au ministère, fut de révoquer l'arrêt du conseil, concernant les pcUemens < , et de demander le retour des eûlés , ainsi que râargissement des gentilshommes bretons mis à la Bastille. Au départ de M. de Lamoignon , les sceaux passèrent dans les mains de M. de Barentin , magistrat généralement estimé. Alors, il s'opà*a dans le gouver* nement une marche tout*à-£Bdt rétrograde. Les édits du 8 mai furent révoqués, en conséquence les grands bailliages supprimés , les anciens tribunaux rétablis, les magistrats réinté|;rés dans leurs fonctions ; et la tenue des étatsgénéraux fut annoncée pour le mois de janvier 1789.
Le parlement de Paris avait fait sa rentrée solennelle dans la capitale , le 22 septembre , au milieu des acclamations du peuple. Satisfait de voir adopter les principes que lui-même avait manifestés, dans ses arrêtés des 3 et 5 mai, ij enregistra, volontairement, la nourelle déclaration royale. Cependant, il commençait à s'inquiéter et, peut-être, à se repentir de ces attaques réitérées et souvent violentes contre le pouvoir, qui l'avaient conduit^ malgré lui, à recourir à la convocation des états -généraux. Ce fut d'après cette disposition que d'Ëspréménil , dominé par Tesprit de
' Titre que Rivarol aTak conseillé à M. de Brienne de donner à son arrêté » aCn de ne point trop efFaroudie^ le public.