XCVI INTRODUCTION
se retrouver dans les déterminations d'une assemblée ; composée , comme la première fois , de nobles , de prélats et de chefs parlementaires. L'avis des notables fiit donc en opposition avec le vœu de la France. Le bureau que présidait Monsieur , depuis Louis XVIII , eut seul l'honneur de soutenir le droit du tiers-état à une double représentation.
Cependant , quoique en minorité parmi les notables, cette dernière opinion prévalut dans le conseil. Le 27 décembre 1 788 , le conseil déclara , sur le rapport de M. Necker , que le nombre des députés du tiers serait égal à celui des députés des deux premiers ordres réunis.
Cette déclaration du conseil fournit un nouvel aliment à la guerre , déjà flagrante , entre les privilégiés et le tiers-état; Les uns redoublèrent d'efforts pour enlever à l'autre l'avantage qu'il venait d'obtenir , celui-ci n'en épargna aucun pour se le conserver.
Les défenseurs dû privilège, redoutant l'influence que devait donner au peuple la résolution du gouvernement , essayèrent de s'emparer de l'espèce de ligue , formée précédemment contre le despotisme ministériel, entre les pays d'état et notamment entre la Bretagne , le Béarn et le Dauphiné.
Mais cette dernière province demeura fidèle aux principes que , la première, elle avait proclamés. Elle déclara, par l'organe même des états, que les prérogatives des ordres et des proi^inces avaient pu être utiles sous un gouvernement absolu^ comme servant de barrière contre V arbitraire^ mais que le sacrifice de ces mêmes privilèges y était le premier qu^on dût faire a la liberté publique; que laisser subsister une foule d'intérêts partiels en op-
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posiiion avec t intérêt général y ce serait rempre F unité de la nation , et par conséquent en dàruire lajorce^
Ce sentiment, vraiment national , ne fîit point partagé parles nobles bretons, plus attachés encore, que ceux des autres provinces, à leurs antiques priviléges^Lesinstitu-» tions politiques de leur pays avaient concouru à les maintenir dans ces idées de domination* En effet, la noblesse tout entière avait le droit d'entrer ami états; le haut clergé y était seul admis, et le peuple n'y était représenté, par quelques maires, que d'une manière dérisoire. Les vices de cette organisation ne pouvaient qu'exciter rirrita"^ tion,et c'est ce qui avait déterminé, comme nou^ l'avons déjàdit, les municipalités de cette province^ à envoyer des députés au roi, pour solliciter une représentationfondée sur des bases conformes à la justice, La noblesse consi-» déra ces réclamation$ comme un attentat à ses drmts et à ce qu'elle appelait la constitution du pays; elle fit le serment qu'aucun de ses membres ne consentirait à en*trer dans aucune administnttion publique autre que ses états, telsquHls avaient été constitués jusqu* à ceUeépoque.
Des troubles assez graves suivirent cette violente op^ position; déjà, on en était venu aux mains, et la guerre civile menaçait d'éclater, lorsque la modération et l'habileté du comte de Thiard parvinrent à apaiser cette contagieuse effervescence.
Ce furent sans doute ces événemex^ qui engagèrent le ministère à ne pas comprendre, en ce moment, la Bretagne dans la convocation des bailliages pour la nomination des députés aux états-généraux '. Cependant ,
' Par mie ordonMoce spéciale, eft daitedo i6 mars 1799, le roi y TMonaatasant la nécftsîté et la jiittvoe d'an cbangéflieiit dan* la composition des états de Bretagne ^ conyoqua par paroisse et
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dans d'autres pays d'état qui avaient paru se soumettre à la convocation par bailliages, des scissions n^en existé* rent pas moins, principalement en Artois et en Franche-Comté ; et , si elles n eurent pas lieu en Dauphiné, une portion de la noblesse de cette province protesta néanmoins contre T^ection des députés j et surtout contre celle des dépjités de son ordre , qu elle prétendait n'avoir dû être faite que par les seuls membres des états et non par tous les nobles réunis.
La France offrit alors un grand et nouveau spectacle : toute la nation était en mouvement : chacun s'agitait pour &ire triompher ses opinions. A cette mémorable époque ^ la liberté occupait tous les cœurs , excitait tous les vœux. Dans plusieurs bailliages , la noblesse choisit pourreprésentans^ des hommes entièrement dévoués à la cause populaire. Si l'ordre du clergé nomma des prélats ou des abbés, intéressés au maintien des privilèges , il élut un bien plus grand nombre de curés, qui, par leur position,. appartenaient au tiers-état et devaient en soutenir les intérêts. Quant aux élections du tiers , elles présentèrent une imposante unanimité d'opinions , par le choix d'hommes courageux et éclairés. Dès ce moment, il fat fiaicile de prévoir que la cause des intérêts généraux serait victorieuse.
sénéchaussée , les habitaii& des villes et ceux des campagnes pour rélectton des députés du tiers-état. Us se réunirent ainsi que le bas-clergé» et fixèrent leurs sufirages sur des hommes disposés à défendre leurs intérêts. Les nobles» au contraire» assemblés à Saint* Brieux , par ordre du roi , révisèrent d*enyoyer des députés à l'assemblée nationale, sons le prétexte qu'ils n'étaient pas réunii en corps d'état» et protestèrent contre riUégalîté de la dépntation deft
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. On touchait à Tépoque fixée pour la réunion des états» généraux 9 lorsqu'un événement déplorable excita au plus haut degré Fintérêt pubUc , et donna lieu , de diverses parts, à de graves accusations. Une foule immense d'ouvriers , ameutés dans le faubourg Saint-Antoine contre un fabricatitde papier, nommé Réveillon, sous le prétexte qu'il voulait diminuer leprùc de lajour^ née^ assiégea sa maison, et, après en avoir brisé les portes , se livra dans l'intérieur aux plus criminels excès* Les secours que Réveillon avak réclamés de l'autorité publique n'arrivèrent que tard; aussi, la présence des troupes ne suffit-elle pas d'abord pour imposer à cette foule insurgée. Les gardes françaises et les suisses furent assaillis dç pierres et de tuiles , et supportèrent long« tems ces provocations et ces attaques, avant de faire usage de leurs armes* Enfin, ils reçurent des ordres supérieurs pour employer la* force ; ils obéirent : dès ce moment le carnage devint terrible. Une multitude considérable d'ouvriers périrent , les uns par les coups <fe feu , les autres sou^ la baïonnette : on pm^ta à plus de trois cents le nombre des victimes massacrées , nonseulement dans les rues, mais dans l'intérieur de li^ maison, sur les toits et même jusque dans les caves.^
Une scène aussi désastreuse occupa tous les esprits y devint le sujet de toutes les conversations. L'opinion parut , dans le tems, disposée à croire que cette insurt, rectipn avait été provoquée dans des vues politiques, et avec l'intention d'arrêter, par la démonstration de la force , l'élan de la nation en faveur de la liberté. Ce qui donna une nouvelle consistance à ces conjectures, c'est qu'un des chefs dasgardès françaises, qui avaitfait preuve • de modération et de prudence , envoya sa démissiosi lia
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laudemâin de la catastrophe. Il faut convenir, au surplus^ que les indices et les documens qu'on a recueillis &ur ces funestes événem^n» ûe suffisent pas pour en faire connaître , avec certitude , la véritable origine.
Quoi qu'il en soit, ces faits dénuMitrent- comtne ceux que nous avons déjà rapportés, le ton qu on a eu de fixer le commenc-cment de la révolution à l'ouverture des états - gém?raiiK. Lors même qu'on négligerait de considérer la marche des choses et les rapides progrès de la civihsation , il suffirait de consulter l'histoire du dernier siècle pour juger que, depuis un certain nombre d'années , de grands changemens dans l'état de la France paraissaîent inévitables aux personnes même les moins douées de prévision , et que cette révolution n'était pas seulement ininiincnte , mais qu'elle était déjà commencée, et que son action avait, dès-lors, autant d'énergie qu'elle en a déployé depuis.
En effet, qui avait accoutumé le peuple aux attroupemens et à la résistance ? Les parlemens. Qui , dans les provinces, avait montré le plus d'hostilité contre l'autorité royale ? La noblesse. Qui avait refusé avec le plus d'opiniâtreté de venir au secours du trésor, et employé le plus d'astuce pour se soustraire aux charges publiques ? Le clergé. Ainsi, c'était véritablement les parlemens, la noblesse et le clergé qui avaient, seuls ^ déclaré la guerre au gouvernement , et donné le signal de l'insurrection. Le peuple n'était là que comme auxiliaire; et ce ne fut que l'effet des scènes satiglantes^ dans lesquelles un nombre considérable de citoyens étaient tombés sous les coups des soldats , qui porta l'irritation parmi les classes inférieures. D'un autre coté, Ifs troupes avaient laissé percer leur répugnance à tirer *
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sur le peuf^Ci et il ne fidlait flm qu'une nouvelle ten^ tatiye du même genre, pour détruire , parmi les mili-> taires, le dogme de l'obéissance passive ^ et mettre^ ainsi , tout-à-fait à découvert Timpuissance du gou* vernement« Enfin y dès , cette époque , tous les âémens de l'ancienne monarchie n'étaient-ils pas en dis* solution? N'étaient- ce pas les désordres, le manque absolu d'argent; en un mot, la désorganisation immi* - nente du corps politique , qui avaient forcé de recourir à la convocation des états-généraux ?
D'après cette appréciation des faits, fondée sur la plus exacte vérité, que signifient les déclamations de tant d'hommes, si empressés, d'ailleurs, à recueillir les bienfûts d'une révolution, qu'ils ont l'air de condamner par une hypocrisie intéressée ? S'il J avait réellement des reproches à faire à cette révolution , si elle pouvait être considérée comme un délit, les vrais coupables ne seraient-ils pas ceux rpiî Vont commencée, qui ont excité les premiers trouî^u* . : . .1 It ^ oi emiefs attaqué l'autorité et lui ont fait aâi^p.cr I î»i^ .; ^i:» mesure de l'emploi de la force armée ? Ces reproches , certes , ne sauraient jamais retomber sur les hommes , qui, dédaignant les avantages de leur position et foulant aux pieds de sordides intérêts, ont été assez heureux, on pourrait même dire assez bien inspirés, pour faire jaillir du sein des troubles eux-mêmes la proclamation de principes étemels dont l'oreille des peuples n'avait point encore été frappée , principes consacrés par la Charte que Louis XVIII a donnée à la France et que Charles X a juré de maintenir. Au reste , les résultats , désormais indestructibles , et les avantages immenses de )a révolution française, pour toutes les classes de la
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société) sont appréciés maintenant par tous les hommes de cœur et de sens ; ils obtiendront « on n'en saurait douter, les suffrages uniy^sels de la postérité; et tous les peuples de la terre applaudiront, avec reconnaissance, à une régénération qui a préparé leur délivrance. Ces réflexions m'ont paru nécessaires pour placer les lecteurs dans la position la plus favorable pour embrasser, dans son ensemble, le tableau que je me propose de mettre sous leurs yeux , et disposer leur esprit à ne voir dans l'histoire de l'assemblée constituante et dans ses travaux, quer la suite et la conséquence inévitable d^s événemens qui l'ont précédée. * •
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l'assemblée constituante.