CLUB MONARCHIQUE
vint que les associés donneraient, en se faisant recevoir, une somme d'argent proportionnelle à leurs facultés; somme qui serait employée à fournir aux gens les moins aisés du peuple une certaine quantité de pain au-dessous du prix que le vendaient les boulangers. Clermont-Tonnerre et les ministres ne doutèrent point que ces distributions ne leur obtinssent une grande popularité. — Le club monarchique s'ouvrit sous les auspices les plus favorables : il eut, dès ses premières séances, six cents souscripteurs. »
Ferrières parle ensuite des premières persécutions dont ce club fut l'objet de la part des jacobins, des accusations qui furent lancées contre lui, etc. (voir p. 579). Il continue :
a Le club monarchique essaya de se justifier. Il dénonça aussi, lui, les jacobins à l'opinion publique et aux autorités constituées. Ce fut inutilement : l'opinion publique demeura toujours en faveur des jacobins. Le peuple ne vit dans le club monarchique qu'un complot ministériel. — Les nobles, les évèques et la reine applaudirent à cette querelle, et loin de le fortifier de leur parti, l'abandonnèrent aux jacobins; car, toujours bercés d'un fol espoir de contre-révolution, ils ne surent jamais transiger avec les circonstances. Clermont ne s'abandonna point lui-même. Il alla chez le maire Bailly. Il lui peignit les menées des jacobins. « Sachez, monsieur, que je suis moi-même du club des jacobins, interrompit Bailly. — Tant pis, monsieur; le chef de la municipalité ne doit être d'aucun club. » Après quelques mots d'altercation, Clermont finit par déclarer que le club monarchique s'assemblerait le jeudi suivant.
« Les jacobins, résolus d'empêcher cette réunion, eurent recours à un moyen qui leur avait souvent réussi : c'était d'exciter une émeute. — Ils envoyèrent cinq à six cents de leurs affidés, armés de bâtons, dans la rue des Écuries-du-Roi, où devait se tenir l'assemblée du club monarchique : ils les firent soutenir d'une centaine de gardes nationales, auxquelles ils joignirent quelques coureuses du Palais-Royal. Cette troupe se grossit jusqu'au nombre de quatre mille personnes. Les jacobins, mêlés dans la foule, assurèrent que les monarchiens étaient des nobles, des contre-révoli;iionnaires, des agents de la cour ; qu'ils arboraient des cocardes blanches ; et, pour donner plus de certitude à cette accusation trèsgrave dans l'esprit du peuple, ils montrent des cocardes qu'ils viennent, disent-ils, de saisir chez des monarchiens. Jusque-là, le peuple s'était contenté d'insulter et de huer les membres du club monarchique. La vue des cocardes blanches allume sa fureur. Les jacobins secondent ce mouvement, se précipitent dans la salle où les