DOUAI
ciers municipaux. On demanda la vente du blé, et le peuple désigna même une personne pour en faire le séquestre. Le 16, M. Delfo consentit à la vente, à condition qu'elle se ferait en présence d'un commissaire nommé par lui. Le procureur général du département, voyant que la fermentation augmentait encore, se rendit à neul heures à l'hôtel de ville, pour savoir si la municipalité avait pris les précautions nécessaires pour prévenir de plus grands désordres. Il n'y trouva personne. Il se rendit chez le maire qui lui dit qu'effectivement nulle précaution n'avait été prise. Le directoire du département ordonna que la municipalité s'assemblerait sur-le-champ, et qu'elle ferait une proclamation, ordre qui fut porté à la municipalité à onze heures; en môme temps le directoire fit prévenir M. Delanoue, commandant dans cette partie du département, sous les ordres de M. Rochambeau, que la municipalité allait lui faire une réquisition, et lui fit dire de se préparer à l'exécuter. À deux heures et un quart, le directoire envoya une seconde fois à la municipalité pour savoir quelles précautions elle avait prises. Le procureur général syndic, apprenant que le peuple se transportait chez Nicolo, marchand de blé, se rendit de nouveau à l'hôtel de ville, où il ne trouva encore personne : il courut chez le procureur de la commune qu'il ne trouva pas. Enfin ayant su que M. Nicolo avait été arraché de chez lui, il alla chez M. Delanoue pour savoir s'il avait reçu une réquisition. Le commandant répondit que la réquisition qui aurait dû être faite à midi, ne l'avait été qu'à deux heures un quart, et que la municipalité n'avait requis que cinquante hommes ; alors le procureur général syndic et plusieurs membres des directoires requirent M. Delanoue de faire prendre les armes a la garnison. À trois heures et demie, on vint avertir le directoire que le peuple, extrêmement agité, était prêt à se porter à de grandes violences.
Au même instant, la municipalité vint en corps, mais seulement pour faire le récit des faits. Elle n'avait encore pris aucune précaution ; et sur ce que le directoire lui observa qu'elle avait reçu à onze heures un quart l'ordre de faire une proclamation, elle répondit qu'il avait bien fallu délibérer sur cette réquisition. M. Delanoue et M. Dorbé, commandants de la place, arrivèrent a!ors au directoire, et firent part des dispositions qu'ils avaient prises. Le directoire ordonna à la municipalité de faire publier la loi martiale ; elle refusa, et se rendit à l'hôtel de ville. On annonça que le peuple voulait la mort de M. Nicolo, et que M. Derbaix, imprimeur et officier de la garde nationale, venait d'être traîné dans les rues, et pendu à un réverbère de la place. D'après le récit de cet exécrable forfait, le directoire requit de nouveau la municipalité de publier la loi martiale,
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et d'employer surtout les voies de la persuasion pour apaiser le peuple. La municipalité se refusa constamment à cette publication. Elle répondit que ce n'était pas le cas de mettre à exécution la loi martiale, puisque cette loi ne pourrait être exécutée que par la force militaire, et que le peuple et les soldats étaient réunis. Le directoire se hâta d'appeler auprès de lui le directoire de district et le chef du tribunal, pour ordonner à ce dernier de faire informer ; mais le zèle de l'accusateur public avait déjà prévenu les ordres du directoire ; il avait déjà dressé sa plainte. Les membres du district avaient de leur côté pris des précautions pour la sûreté des greniers publics, et pour celle du département; au moment où ils furent appelés, ils se préparaient à venir au directoire. « On ne peut attribuer ces troubles, disent-ils dans leur procès-verbal, qu'aux manœuvres des ennemis de la constitution, qu'à l'affectation coupable des maire et officiers municipaux de ne pas vouloir proclamer la loi martiale, qu'à l'autorisation donnée par cette municipalité à îa vente irrégulière d'un bateau de grains... » Les deux directoires réunis firent une proclamation pour inviter le peuple à la paix... Le lendemain 16 se passa une scène encore plus affreuse. M. Nicolo, qui, la veille, avait été meurtri de coups, et traîné dans les rues, qui avait été trépané pendant la nuit, fut arraché de sa prison, et pendu à un arbre. Le directoire du département, fortement menacé, et se voyant dans 1 impossibilité de rétablir la paix, se relira à Lille, pour prévenir d'autres crimes auxquels tout annonçait que pouvait se porter un peuple égaré.
L'élection de l'évêque, qui devait se faire le dimanche suivant, annonçait de nouveaux malheurs : on disait que les journées des 1 6 et 1 7 n'en étaient (pie le prélude; les électeurs étaient menacés; on publiait des listes de proscription. Enlin ces événements paraissaient si bien combinés , ils annonçaient des suites si terribles, que le directoire crut devoir différer les élections. Les députés du département ont vu dans ces événements la suite des projets dont vous avez déjà découvert la trame. Ils n'ont pas cru qu'un peuple se livrât de lui-même à l'insurrection pour un chargement de blé, dans un pays où le blé est dans une telle abondance, que celte abondance est pour ainsi dire une calamité 11 n'est pas probable en effet qu'un peuple se révolte en voyant charger un bateau de blé, dans un pays où le pain est à un sou la livre. La grande majorité des députés du département regarde la nomination de l'évêque comme la véritable cause des troubles de Douai, et de ceux qui commencent à se manifester dans les départements voisins. Je ne crois pas qu'il soit besoin de vous rappeler la nécessité de réprimer fortement ces désordres. Il est
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temps d'opposer la sévérité aux manœuvres des malveillants. Votre indulgence à la fin nuit à l'intérêt public. (On applaudit à plusieurs reprises.) L'intérêt général appelle votre sévérité. 11 ne vous est plus permis de vous dissimuler que ces désordres ne soient l'ouvrage de fanatiques révoltés contre vos décrets. Cette considération a donné lieu au dernier article du projet de décret que nous vous proposons.
M. Alquier fait lecture d'un projet de décret en sept articles, portant : 1° que la municipalité de Douai se rendra à la barre dans trois jours, à compter de la notification du décret; et que faute par elle de faire, dans les vingt-quatre heures, constater son départ par le directoire, elle sera mise en état d'arrestation ; 2° que les informations commencées au tribunal du district de Douai seront continuées sans relâche; 3° que les comités de constitution et de judicature seront chargés de présenter incessamment un projet de décret sur les peines à infliger aux ecclésiastiques qui, soit par leurs discours, soit par leurs écrits, excitent le peuple à la révolte.
Une vive discussion s'éleva sur ce projet, et malgré les efforts de Robespierre, qui demandait qu'on ne prît pas de résolution précipitée, qu'on ne condamnât pas les officiers municipaux de Douai sans les avoir entendus, et qu'on ne punît pas, par une loi spéciale, les discours des ecclésiastiques, l'assemblée adopta un décret plus sévère encore que celui que proposaient les comités, en ordonnant l'arrestation de la municipalité, sa translation à Orléans et l'envoi de commissaires à Douai. Le lendemain, la question fut agitée dejiouveau, et l'assemblée persista dans son vote. La presse patriote, notamment Marat et Desmoulins, jugèrent cette décision du même point de vue que Robespierre, et y trouvèrent de nouveaux motifs d'accusation contre Chapelier et les comités.