CAMP DE JALÈS
civile et une insurrection manifeste contre l'assemblée nationale , qui avait commis la sénéchaussée de Nîmes pour juger les auteurs des troubles, qui avait voté au régiment de Guyenne des remercîments universellement applaudis, qui avait décrété que les catholiques de Nîmes, signataires de la protestation , seraient mandés à la barre, et, faute de s'y rendre, privés des droits de citoyens actifs.
« Le plan de contre-révolution se développe dans ces cinq arrêtés. Suit un procès-verbal rempli, d'un bout à l'autre, de déférence, de respect pour l'assemblée nationale, et de vœux ardents pour la paix, qui, on le sent bien, comme l'observe M. de Sillery, étaient loin du cœur de ceux qui l'ont rédigé. Le dernier article de cet insidieux arrêté est que le comité du camp de Jalès sera permanent et demeurera toujours en activité; qu'il sera renforcé et ses membres changés , suivant le vœu de leurs commettants ; qu'il connaîtra les différentes pétitions des membres de l'armée , et qu'enfin il sera le point central de toutes les gardes nationales fédérées, le tout avec l'approbation du département de l'Ardèche. Ce même article allouait un traitement aux membres du comité, et, usurpant l'un des pre^ miers attributs de la souveraineté, ordonnait que les frais de la commission seraient répartis sur tout le département qui, lui-même, n'aurait pas eu le droit d'imposer ainsi les citoyens.
« Au camp de Jalès, plusieurs bataillons avaient pour bannière une croix; et des gardes nationales, sans doute les pénitents du pays, portaient une croix à leur chapeau. Le général de ces croisés était un abbé Labastide, de Villefort, département de la Lozère. M. l'abbé se trouvant avoir une armée de vingt-deux mille hommes, avait nommé pour ses aides de camp ou grands vicaires cinq gardes du roi. Sur un cheval blanc, symbole de la candeur de son âme et de la loyauté sacerdotale , il courait de rang en rang , exhortant les soldats-citoyens à aller délivrer leurs frères de Nîmes, prisonniers pour la foi, prêchant le rétablissement de l'ordre et de la paix comme Bouillé. Les gardes nationales du département de l'Hérault ont été invitées et ne se sont pas rendues au camp de Jalès. Il faut rendre justice à tout le monde, et parmi tous les plans de contrerévolution, c'est ce dernier qui est le mieux conçu : il fait honneur au chAteau de Jalès. Heureusement ce château est situé dans le département de l'Ardèche, et je dois ce témoignage au département, que c'est de là que me sont venues les lettres les plus brûlantes de patriotisme. Le directoire, aux premiers bruits de l'arrêté de Jalès, s'est empressé d'en empêcher l'effet par une proclamation pleine de sagesse et de vigueur. Voici le décret proposé par le patriote Sillery, et adopté par l'assemblée nationale :
68 (septembre 1790) assemblée national».
« L'assemblée nationale, après avoir entendu le rapport de son comité des recherches, décrète :
1° « Qu'elle approuve les dispositions de la proclamation du directoire du département de l'Ardèche, qui s'oppose à l'exécution de l'arrêté pris, dans le château de Jalès, par les ofûciers qui se qualifient d'état-major d'une soi-disanUarmée fédérée.
2° « Déclare la délibération prise par l'assemblée tenue au château de Jalès , après le départ des gardes nationales fédérées , inconstitutionnelle, nulle et attentatoire aux lois.
3° a Charge son président de'se retirer par-devers le roi, pour le supplier d'ordonner au tribunal de Villeneuve-de-Berg d'informer contre les auteurs, fauteurs et instigateurs des arrêtés inconstitutionnels contenus au procès-verbal, et de faire deux procès-verbaux suivant les ordonnances.
4° « Défend aux commissaires nommés de se rendre à Montpellier pour y prendre les informations sur l'affaire de Nîmes.
5° « Déclare le comité militaire inconstitutionnel : en conséquence, lui fait défense de s'assembler, et lui enjoint de se conformer à cet égard au décret de l'assemblée nationale du 2 février, qui les a supprimés.
6° « Défend également aux gardes nationales de tous les départements du royaume, de former aucun camp fédératif, à moins d'y être autorisées par les directoires de leurs départements respectifs.
7° « Décrète enûn que son président se retirera par-devers le roi, pour le prier de donner des ordres les plus prompts pour l'exécution du présent décrêt. »
a Croirait-on que le vertueux Desméuniers voulait opiniàtrément la suppression du mot attentatoire ! Ce champion de Malouet, qui trouvait mes feuilles si sanguinaires , si criminelles de lèse-nation , si liberticides, a presque voté des remercîments à l'abbé de Labastide et à l'état-major pour ses bonnes intentions ! »
La conspiration ou plutôt l'affaire du camp de Jalès fit beaucoup de bruit ; mais, quoi qu'en dise Desmoulins, on ne trouve dans aucun écrit du temps ni dans les journaux , ni même dans le Moniteur, un récit plus circonstancié que celui qu'il nous donne ni aucun des détails qu'il serait pour nous intéressant de connaître. Pour donner sur ce sujet quelques renseignements il a fallu recourir à un ouvrage de beaucoup postérieur, imprimé en 1817. Voici ce qu'on y lit :
« Chaque jour voyait s'accroître l'audace des révolutionnaires et les périls du monarque. Le peuple, séduit et mis de toutes parts en mouvement, appuyait par des révoltes partielles les projets dévasta-