‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 19 sur 139 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

à jamais ; que la noblesse a été dépouillée de tous ses droits et de ses titres, contre tous les principes constitutifs d'une véritable monarchie ; que la religion est dégradée et entraînée vers sa ruine; que le nouvel ordre judiciaire ne peut qu'aggraver sur la tête des peuples le fardeau des impôts;

« La cour, inviolablement attachée à la personne sacrée du roi, aux princes de son auguste sang et aux lois anciennes, proteste, pour l'intérêt dudit seigneur roi, contre le bouleversement de la monarchie, l'anéantissement des ordres, l'envahissement des propriétés, la suppression de la cour de Languedoc ; et vu que les précédents édits et déclarations n'ont été transcrits par elle sur les registres que provisoirement et à la charge de l'être de nouveau a la rentrée de la cour, clause maintenant illusoire, elle déclare lesdits enregistrements non avenus.

« Le 27 septembre, le procureur général du roi entré, et les lettres patentes de suppression déposées sur le bureau, la cour, considérant son précédent arrêté, et l'impossibilité où elle est de se détruire elle-même, déclare ne pouvoir procéder à l'enregistrement desdiles lettres. »

M. Robespierre. Cet arrêté n'est qu'un acte de délire qui ne doit exciter que le mépris. L'assemblée peut déclarer aux divers membres de Toulouse, qu'elle leur permet de continuer à être de mauvais citoyens. Ce corps se coalise avec le pouvoir exécutif. (Il s'élève des murmures.) Pourquoi le ministre s'empresse-t-il d'en prévenir l'assemblée? (Les murmures augmentent. — M. Robespierre descend-dé la tribune.)

La lettre de M. le garde des sceaux et les pièces qui y sont jointes sont renvoyées au comité des rapports.

— L'assemblée revint à cette a flaire dans la séance du 8 au soir, et malgré quelques réclamations timides le décret suivant fut porté : « L'assemblée nationale, après avoir entendu les comités de constitution et des rapports, décrète que les membres de la ci-devant chambre des vacations du parlement de Toulouse, qui ont pris les arrêtés des 25 et 27 septembre dernier, et le procureur général de cette cour, seront traduits par-devant le tribunal qui sera incessamment formé pour juger les crimes de lèse-nation, pour y être procédé contre eux sur l'accusation de rébellion et de forfaiture, ainsi qu'il appartiendra. Décrète en outre, qu'attendu la nature du délit, le roi sera supplié de donner sans délai des ordres pour s'assurer de leurs personnes, ainsi que tous autres ordres nécessaires pour l'exécution du présent décret. »

(SEPTEMBRE 4790) ASSEMBLÉE nationale.

Chap. V. — Paris. — Attaques de Marat contre les autorités municipales. — t Poursuites exercées contre cet écrivain. — Renouvellement de la municipalité. — Conspirations royalistes. — Commencement de la conspiration de Bouille.

L'assemblée nationale avait dans le corps municipal et dans les chefs de la garde nationale de fidèles défenseurs de Tordre public, qu'elle s'efforçait d'établir. C'était évidemment, en grande partie, à leur zèle qu'on devait l'espèce de sécurité dont on jouissait dans la capitale. La force de répression qu'ils avaient organisée semblait définitivement supérieure à l'émeute ; mais le calme était loin d'être parfait, et l'agitation des esprits était toujours la même. Tout tendait à l'entretenir et tout la justifiait, et les nouvelles des départements et les bruits sourds des intrigues royalistes : l'incertitude et le doute de l'avenir formaient le fond des préoccupations générales. Il s'en fallait de beaucoup que la presse révolutionnaire travaillât à calmer cette émotion des esprits. Loin de là ; se considérant comme une sentinelle avancée chargée de dénoncer tous les dangers , et d'ailleurs imbue elle-même des sentiments de méfiance, des doutes et des craintes vagues qui régnaient dans les masses, la presse contribuait à entretenir et à accroître les inquiétudes. De tous les journalistes le plus méfiant était Marat. Rien ni personne n'était à l'abri de ses soupçons et de ses critiques. On aurait tort de croire d'ailleurs que son exagération habituelle nuisît à l'autorité de ses écrits; tout prouve au contraire qu'a l'époque ou nous sommes et à celle où nous entrerons bientôt, l'influence de Y Ami du Peuple fut considérable. Ce journal, en effet, contribua pour beaucoup à dépopulariser quelques-uns des hommes honorables qui avaient au plus haut degré l'affection du peuple, tels que Bailly et Lafayette, et c'est pour cela aussi qu'il faut le citer. Enfin il valut en définitive à son auteur l'honneur d'être député à la convention.

Marat était donc l'un des moteurs les plus actifs de l'esprit de méfiance qui remuait la population ; aussi était-il particulièrement hostile à tous les hommes qui cherchaient à calmer le peuple, ou, comme il le disait, à endormir l'opinion ; et cette hostilité le désignait toujours aux atteintes légitimes comme aux excès de la répression. C'est ce qui arriva dans la circonstance qui suit. Nous laissons parler les journaux eux-mêmes: il est curieux de voir combien ils étaient impatients des obstacles.

Extrait des Révolutions de Paris, n° LX1IÏ, p. 550. — « A voir les persécutions qu'on suscite aux écrivains, aux imprimeurs, et même aux colporteurs, on serait tenté de croire que la liberté n'a rien

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