‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 32 sur 139 · FÉDÉRÉS · texte numérisé non relu

FÉDÉRÉS

M. Butta-Fuoco. D'après ce que vous avez entendu, il paraît qu'on a voulu me faire, ainsi qu'à M. l'abbé Peretti, une inculpation grave. Je demande que l'assemblée indique un tribunal pour nous juger.

M. Regnault (ci-devant Montlosier) appuie cette motion.

M* Rewbell. 11 faut commencer par décider s'il y a lieu à inculpation ; et pour le décider, vous devez renvoyer au comilé des rapports...

L'avis de Rewbell, qui donnait à la majorité le moyen d'ajourner indéfiniment une proposition embarrassante, fut adopté sans réclamation, et de cette discussion, où la minorité royaliste avait montré une grande violence, il ne résulta qu'un accroissement d'irritation entre les deux partis.

La séance fut terminée par une nouvelle attaque contre le ministère. On vint annoncer à la tribune que le décret de l'assemblée concernant la chambre des vacations de Toulouse, n'était point exécuté. Aussitôt il fut décrété que le président se retirerait pardevers le roi, à l'effet de mettre sous ses yeux la conduite du sieur Saint-Priest, et de supplier Sa Majesté de donner incessamment tous les ordres nécessaires pour l'exécution littérale et prompte du décret du 8 octobre.

La conduite hautaine du côté droit, dans cette dernière circonstance et dans quelques séances précédentes, donnait à penser qu'il se sentait pourvu d'une puissance égale à sa fierté ; et, comme on ne voyait pas ses forces, on croyait naturellement que sa confiance lui venait du succès de quelques pratiques secrètes. De là dans le public, une méfiance que le temps ne calmait point et dans laquelle on comprenait, en môme temps, la cour, le ministère et les chefs militaires qui la méritaient, et les constitutionnels eux-mêmes qui ne la méritaient point. De là les attaques de la presse contre les constitutionnels que leur devoir mettait en rapport avec l'autorité, et, par exemp'e, cette surveillance méticuleuse des démarches de M. Lafayette. On notait, ainsi qu'on l'a vu, ses visites au roi, on épiait ses relations. On suspectait de même Bailly et quoiqu'on n'eût rien à dire de positif, ni de réel, contre ces deux chefs de la capitale, on ne se faisait faute d'émettre des doutes. Par une erreur fort ordinaire au genre d'esprit dont nous parlons, pendant qu'on soupçonnait ceux qui ne devaient pas être soupçonnés, on avait pleine confiance dans des hommes moins francs dans leur opinion et leur conduite. Ainsi, la presse était toujours en admiration devant Mirabeau, dont à cette époque les liaisons avec la cour

156 (novembiik 1700) assemblée nationale.

étaient parfaitement établies, mais aussi complètement secrètes. Cette défiance s'adressait surtout au club constitutionnel de 1781); et comme ce club s'était définitivement allié av( c les jacobins, comme cette unité de vues sur certaines questions, dont parle Ferrières, avait conclu après quelques pourparlers, dont à la vérité les détails ne nous sont pas parvenus, à un rapprochement positif, et que plusieurs membres notables, particulièrement Mirabeau, fréquentaient également les séances des deux clubs, cette défiance s'attaquait même aux jacobins. Enfin, les fédérés eux-mêmes étaient devenus suspects, depuis qu'ils s'étaient organisés en club, sous l'influence de Lafayette. Les articles suivants, extraits des Révolutions de Paris, offrent la preuve en même temps que les motifs de cette disposition des esprits.

a II ne suffisait pas d avoir accaparé les fédérés le 14 juillet , d'avoir employé tout le temps de leur séjour à Paris à des évolutions, à des revues aussi inutiles que mal combinées, aussi favorables au projet de diriger leurs sentiments, que contraires à l'intérêt de la révolution ; c'était peu de les avoir rassemblés dans les lieux clos pour les amuser, et les séduire par des délibérations; il fallait encore que les ennemis du bien public, après avoir inventé des moyens de fourvoyer les citoyens, trouvassent ceux de perpétuer l'erreur et d'en propager l'influence. C'est pour cela qu'on a retenu à Paris un certain nombre de ces députés de la fédération, à qui l'on a inspiré de se réunir en assemblée délibérante.

« Bientôt on les a fait présider par de francs aristocrates, et les pires de tous, c'est-à-dire par ceux qui, n'ayant rien à perdre et voulant faire ressource, se vendent à ceux qui achètent les consciences et les bouches perverses. Or, le peuple n'achète rien de tout cela; ceux qui servent sa cause, la servent pour rien.

« Que font ici ces fédérés? Ont-ils une mission de leurs départements? Ce ne peut être qu'après l'avoir sollicitée, en supposant toutefois qu'ils l'aient donnée. A la charge de qui sont-ils ici? Qui les salarie? On ne vit pas à Paris gratuitement, quand on a ses foyers dans les départements du royaume.

« Disons vrai : il importe aux malintentionnés, aux royalistes esclaves, aux dictateurs, à l'état-major parisien, à tous ceux enfin qui ne cherchent qu'à égarer l'opinion, qu'à énerver le civisme; il importe, dis-jc, à tous ces gens-là d'avoir à Paris une association de citoyens armés, pris dans tous les coins du royaume, qui, ayant mérité peut-être dans un temps la confiance de leurs concitoyens, puissent séduire et abuser Ici r patrie respective et leur

pays, en y faisant passer, par leurs avis, leurs nouvelles et leur correspondance, l'esprit qu'on leur souflle dans la capitale.

« Que font, en un mot, ces fédérés coalisés et assemblés dans la capitale? Que peut- on espérer d'une association où l'on arrête qu'il sera fait un service auprès de la personne du roi et du général Lafayette, composé d'une garde de deux députés fédérés qui auront le nom et la qualité d'aides de camp du général ; que ces aides de camp prendront les ordres immédiats du roi et du général pour les faire passer dans les départements? Sans doute, ceci n'est qu'une conception ridicule; mais s'il faut en tirer des inductions, on peut démêler aisément que cette association a un esprit totalement opposé à la révolution.

« Pour connaître le véritable esprit de cette association, il ne faut qu'être instruit de la patriotique motion que fit dernièrement le sieur de Milange, capitaine de la garde nationale de Riom, de prendre pour article fondamental du projet d'organisation de la garde nationale que ces messieurs préparent, qu'on ne comprendra dans cette garde que les nobles et les bons bourgeois : ce sont ses termes ; qu'il taut en écarter les artisans et les paysans , et les désarmer. Apprenez donc, citoyens des quatre-vingt-trois départements, qu'il existe dans Paris une société de vos compatriotes, où l'un des membres profère impunément de tels blasphèmes. Connaissez-les, et sachez rejeter loin de vous leurs perfides suggestions. Il n'y eût peut-être point eu de sang versé dans telle ou telle ville sans la correspondance de cette société dangereuse. »

Voici les réflexions que, dans le même numéro (n° LXIX), le successeur de Loustalot lançait contre les jacobins. Pour en juger la portée, il faut se souvenir que les Révolutions de Paris avaient deux cent mille souscripteurs.

« — Tous les papiers publics ont annoncé la réception de M. de Chartres à la société des Amis de la constitution, dite des jacobins; son discours a été imprimé tout au long, et on a scrupuleusement compté les applaudissements. Il paraît que le club des jacobins, qui vante si haut son attachement aux vrais principes, n'a pas encore fait un grand pas vers l'égalité, et qu'il met plus d'importance à des formes de réception qu'il n'y regarde de près pour caresser un ci-devant prince, à qui il eût été beau dans cette occasion de donner une leçon. »

Cependant la question du renvoi des ministres, agitée dans l'assemblée nationale, avait été, dit Prudhomme, un tocsin sonné sur eux dans tout le royaume. Cette question donna une occupa-

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tion momentanée aux passions publiques. Ce fut la section Mauconseil qui commença le mouvement ; elle dressa un acte d'accusation contre les ministres et prit un arrêté qui portait cet acte à la connaissance et à l'acceptation des quarante-sept autres sections de Paris. Celles-ci se rassemblèrent en effet, et trente-cinq d'entre elles adhérèrent à l'arrêté de la section Mauconseii. Puis , elles nommèrent des députés chargés de porter, sous forme de pétition, leur déclaration devant l'assemblée nationale. On s'adressa à Bailly afin qu'il servit d'introducteur à la députation. Le maire hésita et se détermina avec peine à prendre part à une démarche qu'il trouvait sans doute peu constitutionnelle. Mais laissons parler un journal du temps :

Extrait des Révolutions de Paris. — « La commune de Paris , dans ses quarante-huit sections, c'est-à-dire la commune ellemême, a arrêté d'adresser une pétition à l'assemblée nationale, tendante au renvoi des ministres. Celte volonté s'est manifestée au gré de la loi ; et, d'après la convocation des quarante-huit sections, proclamée par le corps municipal, la commune a invité le maire de Paris à se mettre à la tête de la députation chargée de présenter la pétition à l'assemblée nationale : le maire de Paris

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