‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 36 sur 139 · DU KL DR LAMKTH · texte numérisé non relu

DU KL DR LAMKTH

« Le bruit courait, dit la Chronique de Paris du 14 novembre, le bruit courait que le peuple voulait se porter à Olinville, où le maréchal de Castries a une superbe maison. Nous sommes bien loin d approuver les vengeances populaires; mais quand on fait réflexion que ce duel n'était que la première scène du drame sanglant qui se préparait; que douze spadassins sont arrivés récemment de Suisse, dans l'intention d'ôter la vie aux députés qui sont les plus Fermes appuis de la constitution ; qu'un nombre considérable d'assassins soudoyés s'exercent depuis plusieurs mois dans les salles d'armes ou au pistolet, pour défier les patriotes à coup sûr ; que 3MM. de Menou et Barnave ont été insultés avant-hier au Palais- Royal, on ne pourra guère douter qu'il n'y ait un projet de substituer les convulsions d'un horrible gladiateur aux opérations de la législature, et que la tête des hommes les plus distingués n'ait été promise à des hommes sans frein et à des femmes sans pudeur. Mais ce peuple que les aristocrates disaient refroidi vient de se réveiller d'une manière terrible, et certes jamais coup d'épée n'aura coûté plus cher. Vainement les aristocrates se flattent-ils de triompher; pour se convaincre de l'inutilité de leurs efforts, ils n'ont qu'à comparer les suites de la blessure de Cazalès avec celle de M. Charles Lamelh. — Hier au soir, il y a eu du mouvement au Palais-Royal. Un homme en cordon rouge, M. d'Adhémar, eut l'imprudence d'y prendre la défense de M. Castries; on l'a enveloppé, maltraité et conduit au* corps de garde. — Un autre particulier a eu l'audace de dire aux Tuileries que M. Castries serait soutenu par trente mille baïonnettes : il a été arrêté. » (Chronique de Paris du 14 novembre.)

Ce journal donna jusqu'au 21 novembre le bulletin de la santé de M. Lameth. Il remarque, et beaucoup d'autres avec lui, que la cour envoyait deux fois par jour chercher le bulletin de Cazalès lorsqu'il fut blessé par Barnave, mais qu'elle lit celui de Lameth dans la Gazette de Paris. Sur le bruit fort ridicule qui avait couru que l'épée de Castries était empoisonnée, les Actes des Apôtres publièrent cette épigramme :

Sur un point important il est un grand débat : De mons Charles la lame de l'épée Kst-elle ou non empoisonnée?

J'affirme qu'elle l'est, mais depuis le combat.

Le corps municipal, Bailly en tète, vint demander à l'assemblée nationale une loi sévère contre les duels. De nombreuses sections firent la même démarche, et le bataillon de Bonne-Nouvelle alla

178 (novembre 1790) assemblée nationale.

jusqu'à solliciter que le corps législatif livrât l'agresseur de M. Lameth à toute la rigueur des lois. Les témoignages de sympathie pour ce dernier furent très-nombreux, ainsi que le prouve une lettre, adressée à la Chronique de Paris, par laquelle nous terminerons cette histoire. « Sans doute vous savez, messieurs, que toutes les sections de la capitale, toute l'armée parisienne, ont envoyé savoir des nouvelles de M. Charles de Lameth. Outre toutes les sociétés des Amis de la constitution affiliées à celle de Paris, un grand nombre de lettres sont arrivées des quatre coins du royaume pour marquer à M. Charles de Lameth le très-vif intérêt que les bons patriotes (je n'entends pas parler des impartiaux) prennent aux suites de cj? combat. Apprenez-moi, messieurs, vous qui êtes instruits de tout, si MM. Bailly et Lafayette, citoyens dont le patriotisme est douteux, ont été en visite chez M. de Lameth, si du moins ils s'y sont fait inscrire. »

Cette émotion de la population parisienne, dont on vient de voir tant de preuves, n'était nullement propre à donner de la sécurité aux personnes que l'opinion révolutionnaire menaçait et avait désignées. Elle détermina la retraite des ministres, d'autant plus vite que quelques-uns d'entre eux n'avaient pas la conscience bien tranquille. Ainsi le garde des sceaux, Champion de Cicé, n'oubliait point qu'il avait été, le 23 mai 1790, compulser les archives secrètes du parlement (au Palais-de-Justice) pour prendre connaissance du protocole observé par les rois de France dans leurs protestations secrètes contre les résolutions des anciens états-généraux. En cette circonstance, il avait été le confident de l'intention de Louis XVI de protester contre les décrets de l'assemblée nationale. Cette action pouvait être prise pour une trahison et révélée par quelques-uns de ceux qui en avaient connaissance. De son côté, La Tour-du-Pin se sentait fort compromis pour la part qu'il avait prise à l'affaire de Nancy. 11 avait quitté son hôtel et avait été se cacher dans une maison particulière. Ce fut de là qu'il envoya sa démission. La Tour-du-Pin fut remplacé par Duportail, à la date du 16; le 22, Champion de Cicé remit les sceaux à Duport-Dutertre, l'un des administrateurs de la municipalité. Nous avons vu que dans sa séance du 4 septembre, sur la proposition de Biauzat, l'assemblée s'était emparée de la direction du trésor public, et que Necker n'avait eu d'autre successeur que le premier commis Dufresne ; mais celui-ci fut remplacé par Lambert, et le A décembre par Delessai t ; Fleurieu avait été nommé, le 28 octobre, à la place de la Luzerne, ministre de la marine : il ne restait donc, de l'ancien

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