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CHANGEMENT DE MINISTÈRE

cabinet, que Montmorin, aux affaires étrangères, et Guignard de Saint-Priest, à l'intérieur. Ce dernier ne tarda pas à donner sa démission (24 décembre), et Montmorin prit l'intérim de l'intérieur. Chose remarquable, dans ce remaniement de ministère, Montmorin, le seul homme qui resta, le seul que l'opinion publique semblait en ce moment oublier, était précisément celui qui était le plus mêlé aux intrigues secrètes de la cour et aux tentatives de corruption à l'égard du parti révolutionnaire. C'est ce que constatent les mémoires du temps et les pièces de l'armoire de fer. Cet oubli étrange était-il un effet de la corruption môme, c'est-à-dire du silence imposé à la presse par les hommes que les promesses de la cour avaient secrètement conquis? Nous l'ignorons.

Quoi qu'il en soit, le nouveau ministère était composé de constitutionnels, et, parmi les ministres, Duport-Dutertre était celui qui jouissait de la plus grande popularité. Il n'était cependant à l'abri ni des attaques ni des soupçons. Voici l'opinion des journaux : nous commençons par ceux de la bourgeoisie.

a Le roi a disposé de la place de garde des sceaux en faveur de M. Duport-Dutertre, avocat, qui s'est distingué par son patriotisme et son excellent esprit, dans les assemblées de la commune dont il a été le représentant. 11 a été lieutenant de maire au département de la police dans la municipalité provisoire, et il venait d'être nommé, dans la municipalité actuelle , substitut du procureur de la commune. Nous ne ferons qu'une observation en faveur de ce choix. M. Duport, pendant plus d'un an qu'il a exercé des fonctions aussi délicates et aussi scabreuses que celles de chef du département de la police, n'a excité, contre son administration, aucune réclamation dans un moment où l'opinion publique s'est montrée souvent si ombrageuse et si sévère à l'égard des meilleurs citoyens. » (Journal de Paris, n° CCCXXVI, p. 4 320.)

« L'élévation de M. Duport-Dutertre aux sceaux a été un sujet de joie pour tous les patriotes. On eût dit, sous l'ancien régime, que c'était un homme parvenu : on doit dire que c'est un homme de mérite à qui l'on rend justice. On sait, au reste, qu'on a vu plus d'une fois les sceaux en France entre les mains d'hommes qui n'avaient d'autre recommandation que celle du mérite et de la vertu, et jamais les bons Français n'oublieront les noms immortels d'Olivier et de L'Hôpital. » [Chronique de Paris, n° CCCXXVU, 4306.)

À la page 40 de son numéro LUI, Desmoulins s'écriait : « Vive M. Duport-Dutertre! Grand étonnement des chevaux de fiacre qui le conduisent à la commune, de voir les hoquetons et les massiers y escorter le sapin. » Au numéro LV, p. 119, il revient ainsi sur

480 (kovkmbrk 1700) assemblée nationale.

son enthousiasme : « On nous a reproché d'avoir tiré de trop favorables augures de l'élévation de Duport-Dutertre aux sceaux. A qui devons-nous celte nomination ? Je vous proteste que c'est à Lafayette, avait répondu quelqu'un, et ce quelqu'un doit le savoit. — En ce cas, nous voilà réconciliés avec Lafayette, disaient les patriotes : à l'œuvre on connaît l'ouvrier. — Non, dit le journal des jacobins, cette nomination est due à MM. Jacques Menou et André Barnave, qui, pendant huit jours, ont persécuté M. Montmorin pour le décider à proposer au roi ce citoyen ami de la révolution. — Non, dit un autre, cette nomination est due à l'ancien club de la rue du Grand-Chantier. — Mais, comme on voit, tous s'accordent en ce point, que ce n'est pas le roi qui nomme. Or, s'il ne nomme pas le garde des sceaux, qui nommera-t-il ? Y a-t-il rien qui fasse mieux sentir que le comité de constitution, en grossissant si fort les feuilles de bénéfices, en laissant tant de places à la disposition du prince, en a ôlé la nomination à la nation sans la donner au roi. »

Marat était plus précis. « C'est un homme (Duport) qui jouit d'une aussi bonne réputation que le puisse un robin. S'il tient encore aux préjugés de son état et à ceux du royalisme , comme je n'en fais aucun doute, du moins il n'a pas ceux de la naissance. Plébéien d'origine, ainsi que Fleurieu et Duportail, ils n'ont point à lutter contre l'établissement d'un nouvel ordre de choses qui les humilie, puisqu'il fait leur élévation et qu'il peut faire leur gloire, s'ils ont assez de raison pour sentir que le seul moyen de rester en place et de jouir de l'estime publique, est de ne jamais oublier leur devoir, ou pour mieux dire de tout sacrifier à lu patrie. » {VAmi du Peuple, n° CCLXXX1X, p. 5.) Marat cependant ne tarda pas à attaquer les ministres.

Chap. II. — Travaux de l'assemblée. — Rapport de Rabaud-Saint-Étienne sur la force publique. — Discussions sur la qualité de citoyen actif exigée pour être garde nat;onal. — Colonies. — Attaques de Brissot contre Barnave. — Question d'Avignon. — Discours de Pétion pour la réunion d'Avignon à la France. — L'assemblée se borne à y envoyer des troupes. — Discussions diverses.

L'organisation judiciaire et les finances remplirent la plus grande partie des séances de l'assemblée pendant les mois de novembre et de décembre. Ainsi que dans les mois précédents, des affaires particulières, les troubles des départements, des interruptions de toute espèce, pareilles à celles dont nous venons de rendre compte, vinrent troubler l'ordre des débats. En général, cependant, les affaires marchent plus rapidement, le nombre des décrets et des articles

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