DÉCRET SUR LE SERMENT
cret du 12 juillet, sauf de plus grandes peines, s'il y échéait, suivant l'exigence et la gravité des cas.
«VII. Ceux desdits évêques, ci-devant archevêques, curés et autres ecclésiastiques fonctionnaires publics, conservés en fonctions et refusant de prêter leur serment respectif, ainsi que ceux qui ont été supprimés; ensemble les membres des corps ecclésiastiques déclarés également supprimés, qui s'immisceraient dans aucune de leurs anciennes fonctions publiques ou dans celles qu'ils exerçaient en corps, seront poursuivis comme perturbateurs du repos public, et punis des mêmes peines que ci-dessus.
« VIII. Seront de même poursuivies comme perturbateurs de Tordre public, et punies suivant la rigueur des lois, toutes personnes ecclésiastiques ou laïques qui se coaliseraient pour combiner un rems d'obéir aux décrets de l'assemblée nationale acceptés ou sanctionnés par le roi, ou pour former, ou pour exciter des oppositions à leur exécution. »
Voici, sur ces deux séances, quelques détails donnés par un contemporain qui y était présent et acteur: « On écouta, dit-il, l'abbé Montesquiou avec indulgence ; mais tout ce qu'il put dire ne changea point les dispositions révolutionnaires. — C'était sur l'abbé Maury que le clergé fondait ses plus fermes espérances, non pour empêcher le décret, le clergé savait que l'exposition des principes des évêques le rendait nécessaire, mais pour lui donner un air de violence, pour le faire regarder comme le fait de la cabale protestante et du projet secret d'anéantir le catholicisme.
« L'abbé Maury, impatient, colère, s'animant par la contradiction, était très-propre à remplir le rôle dont on le chargeait. Les révolutionnaires étaient décidés à ne pas laisser au clergé celte faible ressource. A. Lameth occupait le fauteuil; il maintint, pendant la discussion, le plus grand calme et le plus profond silence. En vain l'abbé Maury chercha-t-il à se faire interrompre, s'interrompit-il luimême, se plaignit-il qu'on ne voulait pas l'entendre; en vain, abandonnant et reprenant le sujet principal de son discours, se perdit-il dans les digressions les plus étrangères, interpella-t-il Mirabeau et lui jeta-t-il vingt fois le gant de la parole; au moindre mouvement d'impatience qui s'élevait dans l'assemblée : Attendez, monsieur l'abbé, disait A. Lameth avec un sang-froid désespérant, je vous ai promis la parole, et je vous la maintiendrai. Et se tournant vers les interrupteurs : Messieurs, écoutez M. l'abbé Maury; il a la parole ; je ne souffrirai pas qu'on l'interrompe. S'adressant ensuite avec un ris malin aux députés qui étaient auprès de lui : Vous le voyez,
240 (27 NOVEMBRE 1790) àsskmblêk nationale.
l'abbé Maury voudrait bien qu'on l'interrompît, qu'on le forçât de quitter la tribune; il fait tout ce qu'il peut pour qu'on lui impose silence, alin d'avoir un prétexte de dire qu'on refuse de l'entendre, et de crier à l'oppression. Il n'aura pas même ce petit plaisir : je lui maintiendrai la parole malgré lui-même. En effet, les révolutionnaires entrèrent dans les sentiments d'A. Lametb. Après deux grandes beures de divagations, tantôt éloquentes, tantôt ennuyeuses, l'abbé Maury descendit de la tribune, furieux de ce qu'on ne l'en avait pas cbassé, et si bors de lui qu'il ne songea pas mêmè à prendre des conclusions. » (Mémoires du marquis de Ferrières, liv. VIII.)
Au reste , continue l'auteur que nous venons de citer, « ce décret, que la fausse politique et l'orgueil des évêques semblèrent solliciter, que la baine et une impatiente cupidité des propriétés ecclésiastiques firent rendre inconsidérément, eut des suites que n'avaient prévues ni l'un ni l'autre parti. Ils se trompèrent également dans les motifs qui les déterminèrent. Le clergé , la cour et les nobles crurent que les peuples, dévoués aux ministres du culte, se rallieraient à l'étendard de la religion. Les révolutionnaires pensèrent que les évêques, intéressés seuls dans la réforme que faisait l'assemblée, seraient abandonnés du bas clergé; qu'en offrant aux curés la proie de quatre-vingt-trois évècbés vacants et plus de douze cents places de vicaires épiscopaux à cent louis de gages, ils les attacheraient au succès de la révolution. »
A ces renseignements sur les motifs secrets des partis, M. Lafayette en ajoute quelques autres qui sont également dignes d'être recueillis: «On avait proposé , dit-il, de laisser, à l'exemple des États-Unis, chaque société religieuse entretenir son temple et ses ministres ; mais cet avis fut repoussé de' tous les côtés. Quant au peuple, tout en voulant la liberté de religion, il ne voyait pas une atteinte à cette liberté dans ce qui venait d'être décidé. Habitué, par le vice de son éducation, à regarder l'administration des sacrements comme une fonction publique, il en concluait que ces fonctionnaires devaient être assermentés. » (Mémoires de il/. Lafayettey t. IU, p. 59.)
La presse révolutionnaire triompha de la décision de l'assemblée. Le nouveau décret fut envisagé par elle comme une approbation donnée à ses réclamations précédentes. Elle s'en glorifia comme d'un précédent propre à donner autorité à ce qu'il lui plairait de dire plus tard.
« Constitution civile du clergé.
« Lorsque les vrais amis de la constitution croient de leur devoir
de veiller autour d'elle; lorsque éprouvant, aux moindres dangers qui la menacent, ces respectables palpitations qu'excite la piété filiale, ils appellent à son secours tous leurs frères en patriotisme ; lorsqu'ils s'empressent de saisir quelques fils isolés de ces trames perfides, quelques lambeaux épars de ces pactes scandaleux, qui s'ourdissent et se composent journellement contre elle dans de té nébreuses retraites ; sur-le-champ tous les traits de la calomnie sont dirigés contre ces zélés défenseurs de la cause populaire , et c'est souvent le conspirateur lui-même qui, dévoilé, mais non pas vaincu, et voyant qu'un parti, puissant encore, le soutient et l'encourage, se présente avec impudence à la tête de leurs accusateurs.
« 11 faut espérer, cependant, que les deux mémorables séances des vendredi et samedi (26 et 27 novembre) continueront à réprimer cette foule de jugements téméraires qu'on se permet de porter sur les écrivains patriotes. Tout ce qui, jusqu'à ce jour, avait été imprimé, publié, dénoncé, relativement aux complots du haut clergé, à sa criminelle persévérance dans un projet de contre-révolution , est maintenant prouvé sans réplique par le rapport de trois comités réunis de l'assemblée nationale, et plus encore par l'aveu tacite des accusés, qui n'ont osé nier aucun des faits allégués contre eux.
« Prétendus sages! hypocrites pyrrhoniens! vous douterez probablement encore. Votre complaisante charité vous fera prendre en bonne part et les protestations des chapitres, et les mandements des évêques, et les sermons des curés, dont l'effrayante liste a fait frémir nos représentants. Vous attendrez, dans votre constante impartialité, de nouvelles instructions pour vous déterminer à prononcer que des forfaits sont des forfaits ; pour convenir que ceux-là sont de véritables parricides qui fomentent la révolte, qui excitent les peuples à la guerre civile, qui savourent en espérance les malheurs qu'ils préparent à leur patrie, et vous feindrez encore de ne voir, dans ces manœuvres criminelles, que le zèle fervent, que la pieuse sollicitude de pasteurs égarés, mais respectables. Eli bien! conservez votre coupable scepticisme ; mais renoncez enfin à vous parer des dehors de la bonne foi, et trouvez bon que ceux qui ne sauraient se dispenser de croire ce qu'ils voient, ceux qui ne sont nullement disposés à attendre, pour défendre la constitution, que la constitution ne soit plus , donnent de justes applaudissements au décret qui vient de mettre un frein aux fureurs sacerdotales. » (Journal des Amis de la constitution, n° 11, p. 76.)
Cependant le roi faisait rédiger par févêque d'Aix un nouveau mémoire et l'adressait au pape, en lui communiquant le décret du