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LETTRE AU KOI DE PRUSSE

torisaient, vis-à-vis les différentes puissances, à traiter, pour le bien de son peuple, du rétablissement de son autorité légitime. Il écrivit ensuite aux différentes puissances de l'Kurope pour les inviter à le tirer de la position cruelle où il se trouvait. — Voici la lettre que Frédéric-Guillaume reçut du roi de France : elle était datée du 3 décembre 1790.

a Monsieur mon frère,

« J'ai appris par M. Dcmousticr l'intérêt que Votre Majesté avait témoigné, non-seulement pour ma personne, mais encore pour le bien de mon royaume. Les dispositions de Voire Majesté à m'en donner des témoignages, dans tous les cas où cet intérêt peut être " utile pour le bien de mon peuple, ont excité vivement ma sensibilité. Je le réclame avec confiance dans ce moment-ci, où, malgré l'acceptation que j'ai faite de la nouvelle constitution (1), les factieux montrent ouvertement le projet de détruire le reste de la monarchie. Je viens de m'adresser a l'empereur, à l'impératrice de Russie, aux rois d'Espagne et de Suède, et je leur présente l'idée d'un congrès des principales puissances de l'Europe, appuyé d'une force armée, comme la meilleure mesure pour arrêter ici les factieux, donner le moyen de rétablir un ordre de choses plus désirable, et empêcher que le mal qui nous travaille puisse gagner les autres États de l'Europe. JVpère que Votre Majesté approuvera- mes idées, et qu'elle me gardera le secret le plus absolu sur la démarche que je fais auprès d'elle; elle sentira aisément que les circonstances où je me trouve m'obligent à la plus grande circonspection : c'est ce qui fait qu'il n'y a que le baron de Breteuil qui soit instruit de mon secret, et Votre Majesté peut lui faire passer ce qu'elle voudra.

« Je saisis cette occasion de remercier Votre Majesté des bontés qu'elle a pour le sieur Heymann, et je goûte une véritable satisfaction de donner a Votre Majesté les assurances d'estime et d'affection avec lesquelles je suis, monsieur mon frère, de Votre Majesté, le bon frère.

« Signé, Louis. »

Cette dernière pièce complète les renseignements qu'il est nécessaire de donner, en ce moment, sur les dispositions de la cour. Mais pour achever le tableau de la situation politique à la fin de

(i) L'acceptation des décrets constitutionnels, après les journées des ô et 6 octobre et ultérieurement. [Noie de l'auteur des Mémoires.)

2(>8 (décembre 1790) ASSEMBLÉE nationale.

1790, il faut rapprocher de ces documents quelques articles appartenant aux diverses nuances du parti révolutionnaire.

Le Journal de Paris, dont le rédacteur en chef et le fondateur était Garât, rendant compte de la séance du 20, où avait été lu le rapport de Voidel, avait ajouté ceci : « Le roi lui-même, cédant aux instances de la reine, devait violer les serments qu'il a faits à la nation, et se rendre au milieu des révoltés comme dans le seul lieu où il trouverait des Français. » Ce passage fit beaucoup de bruit , et à ce point qu'on considéra comme une réponse faite au journal quelques mots des protestations de fidélité à la constitution, adressées par Louis XVI à l'assemblée nationale, dans les séances du 23 et du 2G (p. 245 et 256). A l'ouïe de ces protestations, le Journal de Paris fut saisi de repenlir. Voici comment il s'exprima :

a On voit combien ils se trompent , ces conspirateurs , s'il en existe, qui se flattent de mettre à leur tête ceux qui ne doivent et qui ne veulent jamais être qu'à la tête de la nation. Et puisque nous sommes obligés de parler de nous, nous n'avons jamais douté que cette espérance des ennemis de la révolution ne fût aussi insensée qu'elle est criminelle. Dans le paragraphe qui a donné lieu contre nous à un si grand reproche, ce n'est ni notre opinion ni notre sentiment que nous avons exprimés. Notre véritable opinion, nos vrais sentiments à cet égard, nous les avons cent fois exprimés dans notre journal. Et puisque nous avons été obligé de surmonter cette répugnance qu'une âme un peu délicate éprouve à parler d'elle-même, alors qu'il s'agit de si grands intérêts, nous parlerons encore avec cette franchise qui convient au citoyen d'un empire libre, et qu'il doit porter surtout autour des trônes. Si cette feuille, qui est peut-être d'un homme qui aime la liberté, depuis que nous l'écrivons a été remplie des sentiments que tous les Français doivent à un roi qu'ils auraient dû demander au ciel pour la révolution, nous n'avons obéi en cela ni à un respect d'habitude qui n'était point dans le caractère de notre esprit, ni à ces impressions qui soumettent certaines imaginations devant l'éclat des trônes... Il a été manifeste pour nous que ces déterminations prises par le roi ont épargné à la France les malheurs de jeter les fondements de sa constitution sous des flots de sang; et ce souvenir, qui nous a inspiré une confiance inébranlable dans ses vertus, s'est mêlé à tout ce que nous avons eu à écrire de sa personne. » (Journal de Paris, n° CCCL1X, 1790.)

Telle est l'opinion d'un journal qui passait alors pour l'un des plus radicaux de ceux écrits par la bourgeoisie. Elle est, d'ailleurs, assez conforme à celle exprimée par Lafayclte devant le jeune

prkssf, 269

Louis Bouille. Or, tout cela se passait avant la sanction du décret du 27 novembre. Voici maintenant ce que Marat écrivait le lendemain de la sanction, au moment où la confiance était à peu près complète parmi les diputés et les écrivains constitutionnels.

Adresse de P. /. Marat, Vami du peuple, à Louis XVI, roi des

Français.

«Sire,

« Né simple citoyen , peut-être mériteriez-vous d'être cru sur votre parole; mais né sur le trône, avec tous les vices de votre éducation, et après trente-six ans écoulés au milieu de la cour la plus corrompue de l'Europe, sans cesse flagorné par les bas valets qui vous environnent, poussé au crime par des ministres atroces ou de perfides courtisans, et continuellement entraîné dans la révolte contre vos devoirs par votre famille, quelle confiance pourriez-vous inspirer dans vos protestations d'attachement et de fidélité à la patrie? Que vos agents vénaux applaudissent à de pareils témoignages; que vos crédules concitoyens fassent chorus bêtement, cela est dans Tordre; mais ne vous flattez pas de donner le change aux patriotes clairvoyants : vous ne pouvez être à leurs yeux que ce que sont les despotes.

« La sottise des rois est de se croire des êtres d'une nature supérieure à celle des autres hommes : ils ont même la folie de prétendre que le ciel les a faits pour commander, passer leur vie dans l'oisiveté, le faste et les délices. A force de s'entendre dire qu'ils sont les maîtres absolus de la terre, ils finissent pas le croire. Bientôt ils regardent leurs compatriotes comme des esclaves nés pour servir à leurs plaisirs, comme des êtres vils qu'ils peuvent impunément immoler à leurs caprices.

« Parlerai-je de leurs affections* une funeste expérience n'a que trop appris que la soif d'une autorité sans borne étouffe tout autre sentiment dans leur cœur. Et qui ne sait que la morale des rois leur fait un devoir de l'astuce, du mensonge, de l'imposture, de la perfidie, de la trahison, de l'assassinat, de l'empoisonnement, du parricide, pour conserver ou recouvrer l'empire qu'ils ont usurpé. L'histoire n'est remplie que des forfaits des rois, et l'état d'abjection de presque tous les peuples du monde est la preuve parlante de ces affreuses vérités.

« Répondez-moi, Louis XVI, qu'avez-vous fait jusqu'ici pour mériter que le ciel fit un miracle en votre faveur, en mettant votre ame à couvert de la contagion des scélérats qui vous entourent et vous obsèdent sans cesse ; et en vous inspirant les lumières et les

270 (décembre 1790) assemblée nationale.

vertus nécessaires pour triompher de leurs infernales leçons? N'allez pas croire toutefois que je ne m'appuie que sur ces principes infaillibles qui seuls suffisent au philosophe pour juger les rois : non, je vous juge par votre conduite passée; je vous juge par vous-même.

« Parlez, quelle confiance pourrions-nous avoir dans la parole, dans les protestations, dans les serments d'un roi qui n'avait assemblé la nation que pour l'engager à combler l'abîme creusé par les dilapidations de ses ministres, des princes de sa maison, de ses favoris et des autres fripons de sa cour; d'un roi qui essaya de dissoudre l'assemblée nationale dès qu'il trouva quelque résistance à ses volontés; d'un roi qui travailla six semaines, et de sang-froid, à l'exécution de l'infernal projet de mettre la capitale à feu et à sang, pour punir ses infortunés habitants de l'appui généreux qu'ils semblaient promettre aux représentants de la nation contre les attentats du despotisme; d'un roi qui ne parut renoncer à ses horribles desseins, que lorsqu'il vit le peuple en armes prêt a se faire justice; d'un roi qui, au mépris de ses serments les plus solennels, et presque au moment même où il venait d'obtenir son pardon d'un peuple généreux, ouvrit l'oreille aux perfides conseils de sa cour, pour tramer une nouvelle conspiration contre le peuple devenu libre ; d'un roi qui, oubliant qu'il a\ait demandé pardon* osa prendre un ton de maître, dès qu'il se crut en force, et qui s'apprêta a massacrer les mécontents ou à leur échapper, par la suite, si la fortune se déclarait contre lui; d'un roi qui, réduit à demander grâce une seconde fois, n'eut pas plutôt obtenu son pardon, qu'il trama de nouveau; d'un roi qui ferma l'oreille aux dénonciations qui arrivaient de toutes parts contre ses ministres, mille fois traîtres et prévaricateurs; d'un roi qui, loin de les expulser avec ignominie, les a couverts de sa protection, tomme s'il était lui-même l'auteur de tous leurs horribles complots, et qui n'a enfin consenti à accepter leur démission que lorsque le peuple demandait à grands cris leurs têtes coupables ?

« Tel est le tableau fidèle de votre conduite depuis dix-huit mois. Soyez donc votre propre juge, et dites-nous, si vous en avez le courage, si un tel roi mérite d'autres noms que ceux d'automate stupide ou de perfide trompeur! Et vous nous vantez votre attachement à la constitution, et vous nous rappelez vos serments d'être fidèle à la patrie, et vous nous parlez du civisme de votre femme, et vous nous demandez de nous confier à votre parole ! Ah ! plût au ciel que nous pussions enfin vous croire ; mais le pourrions-nous sans passer nous-mêmes pour imbéciles, sans trahir nos devoirs d'hom-

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