‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 57 sur 139 · ARTICLE DK MA RAT · texte numérisé non relu

ARTICLE DK MA RAT

mes et de citoyens, sans renoncer à notre liberté, à notre repos, à notre bonheur ; sans immoler nos amis, nos parents, nos frères, nos enfants, nos femmes, sans nous immoler nous-mêmes ! Sire, vous êtes l'ami de notre liberté, comme votre épouse est l'amie des Français. Le ton même dont vous vous êtes exprimé là-dessus n'est propre qu'à élever des soupçons. Quoi donc ! est-il de la dignité d'un roi qui ne serait pas habilué à dissimuler, de nous dire, Je vous parlerai ouvertement et franchement ? Mais la vérité que vous nous devez et que vous nous cachez, nous allons vous la dire; ayez le courage de l'entendre, et tachez d'en profiter.

« Vos ministres actuels sont des fourbes, des perfides et des traîtres, comme leurs prédécesseurs, dont ils poursuivent les errements. Un affreux complot se tramait depuis quelque temps dans votre cabinet, pour massacrer les citoyens patriotes, et rétablir votre despotisme à main armée. La majorité corrompue de l'assemblée nationale, les chefs de l'armée et de la municipalité parisienne, tous les commandants des troupes de ligne, vos agents et vos satellites dans toute l'étendue du royaume, étaient à l'œuvre pour en préparer le succès. Votre beau-frère l'Autrichien et vos confrères les rois d'Espagne, de Naples, de Sardaigne, rassemblaient des troupes pour vous seconder. Les Capets fugitifs devaient rentrer dans nos provinces à la tête des mécontents conjurés ; et vous, sire, cherchant un prétexte pour allumer la guerre civile, faire couler le sang et renverser la constitution que vous avez juré de maintenir, vous aveî saisi celui que vous offrait la révolte du clergé, vous avez souffert qu'il portât à Rome ses réclamations, dans l'espoir que les menées de ces prêtres factieux armeraient les peuples en leur faveur, que le fanatisme mettrait l'État en feu, et que les conjurés l'inonderaient du sang des amis de la liberté. Le ciel a confondu cet affreux projet ; et ce n'est qu'après l'avoir vu renversé en tous lieux que vous consentez à accepter le décret rendu pour réprimer ces prêtres factieux, et que vous colorez votre refus opiniâtre du prétexte ridicule de laisser aux esprits échauffés le temps de se calmer ; comme si ce refus opiniâtre n'était pas le vrai moyen de les porter a un coup de désespoir, et d'allumer les flambeaux de la guerre.

« Les voilà, sire, dans toute leur pureté ces vérités affreuses qui n'osaient sortir de votre bouche... Leur publicité est faite pour vous glacer d'effroi. Puissent-elles enfin couvrir votre front d'une sainte rougeur et rappeler au sentiment de vos devoirs votre cœur égaré par les scélérats qui vous obsèdent! En vous rendant le docile organe de leurs impostures, vos ministres ont fait leur métier

272 (DÉCEMBRE 1790) ASSEMBLÉE nationale.

ordinaire; en dévoilant ces impostures aux yeux indignés du public, je remplis le plus saint des devoirs.

« Mais non, la nation ne veut point prononcer ; elle se confie de nouveau à votre parole, et elle prend acte de vos protestations pour juger de votre bonne foi, de la sincérité de vos serments, par le zèle que vous dépjoyerez pour assurer le châtiment des prélats qui oseraient encore se montrer rebelles au décret que vous venez d'accepter, qui oseraient encore refuser ou violer le serment civique que Ton doit exiger d'eux. Si un seul échappait par votre négligence à le faire arrêter et à le livrer aux tribunaux, vous passeriez, sire, pour un ennemi de la liberté publique, pour un perfide conspirateur, pour le plus lâche des parjures, pour un prince sans honneur, sans pudeur, pour le dernier des hommes. Puisse la crainte d être couvert d'opprobre aux yeux de l'Europe entière, fermer votre cœur aux conseils des scélérats qui vous environnent ! puisset-ellc vous déterminer à les livrer vous-même au glaive des lois ! Craignez enfin de repousser la vérité qui ose approcher de vous. C'est sur cette nouvelle épreuve que vous jugeront et les généralions présentes et les races futures. <

« P. Marat, l'ami du peuple. »

Cependant à Paris la bourgeoisie s'organisait conformément à la législation nouvelle. Nous avons vu dans la période précédente l'installation de la nouvelle municipalité (p. 82) ; dans celle-ci on passa à l'élection des juges. Les électeurs du département se réunirent en effet dans la grande salle de l'archevêché, le 18 novembre. Dans cette première séance, on décida entre autres choses que le doyen d'âge des électeurs ecclésiastiques dirait une messe basse à neuf heures précises, pour l'ouverture des élections; que cette messe serait précédée du Veni Creatovy et terminée par le Domine salvam fac genlem, salvam fac legem, salvum fac regem. La rédaction de cette dernière prière proposée par Danton excita de grands débats. Ces élections ne furent terminées que le M décembre. Le 9, on avait installé un tribunal provisoire composé des premiers juges élus. Les présidents des six tribunaux établis à Paris étaient Duport, Fréteau, Thouret, Treilhard, Target, Merlin. On remarque parmi les juges les noms de Hérault de Séchelles, d'Agier, de Voidel, de Bigot de Préameneu, de Biauzat, de Tronchet, de Rœderer.

A la suite de l'émeute de la rue de Varennes, le corps municipal s'occupa de la garde nationale et discuta un projet de consigne. Cette discussion n'eut d'autre résultat que l'envoi d'une députa tion à

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