‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 65 sur 139 · TROUBLES D'AU · texte numérisé non relu

TROUBLES D'AU

régiment de Lyonnais dans un café, dans la soirée du 40; des députés des deux clubs réunis, passant devant ce café, furent hués, attaqués, et quelques-uns blessés à coups de pistolet; aucune blessure n'est dangereuse... Aussitôt les corps administratifs se rassemblèrent et se réunirent à la municipalité ; d'autres députés parcoururent la ville pour voir ce qui se passait et en informer l'administration du département... Quatre officiers de Lyonnais furent arrêtés, et conduits à la maison commune ; aussitôt l'administration fut instruite que d'autres officiers se rendaient au quartier, faisaient prendre les armes au régiment, et qu'ils se proposaient de marcher contre l'hôtel commun pour en arracher leurs camarades qui y étaient détenus. Le major du régiment et le quartier-maître, tous deux connus par leur patriotisme, se rendirent à la municipalité pour concerter les mesures qu'il y aurait à prendre... L'administration requit le dépari immédiat du régiment, ce qui fut exécuté; il se rendit dans les différentes garnisons voisines... Nous devons des témoignages honorables aux grenadiers qui refusèrent de marcher contre la maison commune; c'est à leur fermeté que la ville doit son salut, car les officiers eurent assez d'influence sur les soldats pour leur faire faire plusieurs évolutions...

« Pour remplacer le régiment de Lyonnais, l'administration requit 400 hommes du régiment d'Ernest, en garnison à Marseille, et 400 hommes de la garde nationale de cette ville, de venir au secours d'Aix. La paix allait se rétablir, si M. Pascalis, qui avait prononcé à la clôture du parlement un discours insultant à la nation, n'avait été arrêté et traduit en prison. Le peuple voulait avoir justice des manœuvres de ses ennemis ; il demandait sa tête. La garde de la prison était confiée aux gardes nationales de Marseille et d'Aix, et au détachement du régiment d'Ernest : voilà quelle était notre situation hier, à huit heures du matin ; depuis, elle est devenue plus affreuse ; les cris qui demandaient la tête de M. Pascalis redoublèrent.

« Les efforts que firent les administrateurs ne servirent qu'à les rendre suspects au peuple, que les officiers municipaux en écharpe ne purent contenir... M. Pascalis, Laroque et Guirant ont été pendus à des arbres... Jamais situation ne fut plus terrible que celle des administrateurs... La garde nationale de Marseille a été requise de partir, afin de diminuer le nombre des troupes armées... Les tribunaux font une information, différentes personnes inculpées ont été arrêtées, plusieurs sont chargées par les dernières paroles de MM. Pascalis et Guirant, dont le dernier est accusé lui-même d'avoir tiré plusieurs coups de pistolet. »

21)2 (décembre 1790) assemblée nationale.

M. Riquetti demande que les députés des trois départements de la ci-devant province de Provence soient autorisés à se réunir pour proposer les mesures provisoires nécessaires pour le rétablissement de la paix dans la ville d'Aix, et que le fond de l'affaire soit renvoyé au comité des recherches. Cette proposition est adoptée.

L'assemblée décréta que le roi serait prié d'envoyer des troupes à Aix et dans le département.

— L'assemblée termina aussi plusieurs anciennes affaires relatives aux troubles des départements. Ainsi elle entendit, le 8 décembre, un rapport de Sillery sur les troubles de Nancy. Le moment de la première frayeur étant passé, rassemblée fut moins partiale qu'elle ne Pavait été d'abord. Le rapporteur disait que cette malheureuse catastrophe n'était que la suite de funestes erreurs. L'assemblée décréta que les procédures commencées sur cette affaire seraient annulées ; elle régla la solde des régiments du roi et de mestre de camp qui avaient été licenciés, et ordonna aux ministres de placer les soldats et ofliciers de ces corps. — Dans le mois de novembre, elle avait terminé l'affaire de Haguenau. Voici l'extrait du rapport fait à l'assemblée le 2 novembre : La municipalité de cette ville était hostile à la révolution. La division était dans la ville ; deux gardes nationales s'étaient formées au mois de juin 1790, dont l'une en correspondance avec Strasbourg et dévouée au parti révolutionnaire. Westermann, ofticicr municipal, avait provoqué, le 15 juin, une émeute contre celle-ci, et le conseil municipal avait refusé de fêter la fête du 14 juillet. Enfin le 24 juillet, la municipalité, prévenue de l'entrée que devait faire à Haguenau le régiment de la Picardie, et craignant qu'une garnison ne nuisît à ses projets, avait ameuté les paysans des campagnes et était venue à leur tête à la rencontre du régiment. 11 s'en était suivi un combat dans lequel six citoyens avaient été tués. — Westermann fut arrêté et l'assemblée improuva la municipalité de Haguenau.

Nous terminons cette histoire des départements par l'extrait suivant de Y Ami du roi.

a Les officiers municipaux de la ville de Chinon, considérant que l'intérêt et le bien-être du peuple, le soulagement des pauvres, sont l'objet essentiel du nouveau gouvernement; que ce sont là les promesses solennelles des représentants de la nation; que l'espoir seul d'un sort plus heureux a soulevé la classe indigente et opéré la révolution ; que cependant on ne voit aucun effet de ces promesses, que le nouveau système d'imposition est beaucoup plus onéreux que l'ancien ; que la cherté des denrées, jointe à la cessation des travaux, à l'absence du numéraire, réduit les dernières classes de la

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