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SITUATION POLITIQUE DE L'EUROPE

avait précédemment contribué à maintenir. En effet, la diète refusa les propositions de Catherine et nomma un comité de constitution. Les promesses de la Prusse constituaient un engagement si réel et sur lequel les Polonais avaient tellement le droit de compter, que le 29 mars 1790, elles furent converties en un traité d'alliance officiel.

Pendant que la Russie perdait ainsi ou était menacée de perdre son influence sur les États du Nord, sur la Suède, sur le Danemark et sur la Pologne, elle gagnait des batailles et des villes contre les Turcs, mais non pas sans efforts et sans une grande perte d'hommes. Les soldats de la Porte se défendaient avec acharnement et faisaient acheter chèrement le moindre succès. Dès le mois de septembre 1788, un corps de troupes russes, réuni à l'armée autrichienne, se rendait maître de la place de Choczim. Le 20 décembre de la même année, le prince Potemkin prenait d'assaut Oczakow. Le 21 juillet 1789, Suwarow, réuni au prince de Cobourg, battait une armée turque en Moldavie. Enfin, le 22 septembre suivant, les deux mêmes généraux gagnaient encore ensemble une bataille sur les bords du Rimniz. D'un autre côté, les Autrichiens, sous le commandement du maréchal La u don, prenaient Belgrade, le 8 octobre 1789.

Jusqu'à ce moment nous avons vu la Prusse occupée, avec l'Angleterre, de créer des embarras à la Russie et de diminuer son influence. Elle n'avait pas moins à cœur d'affaiblir la maison d'Autriche, dont elle était, en quelque sorte, en Allemagne, la rivale naturelle. L'activité du cabinet de Berlin, qui était encore à cette époque dirigé par le ministre Herzberg, était très-grande, et son influence considérable. Les armées prussiennes passaient alors pour les meilleures de l'Europe : elles s'élevaient, dit-on, à plus de 220,000 hommes, nombre considérable à cette époque. Leurs généraux, formés à l'école du grand Frédéric, passaient également pour les plus habiles. La Prusse était une sorte d'école militaire pour les autres États, et tout officier qui aspirait aux grades supérieurs se croyait obligé d'y aller achever son éducation. Telle était, en un mot, la haute réputation militaire de ce royaume, que son influence et sa puissance étaient plus grandes que ses forces. En ce moment, son union intime avec l'Angleterre et la Hollande donnait à ses démarches un surcroît de hardiesse et d'autorité. Le cabinet de Berlin ne chercha donc point à dissimuler la satisfaction qu'il éprouvait à la'vue des troubles que Joseph II avait semés dans ses États. Ce prince, philosophe à la manière de Frédéric II, avait porté une main réformatrice et hardie sur les anciennes coutumes, auxquelles les provinces qui lui étaient soumises

étaient attachées comme à des libertés : par là, il ramenait l'administration à l'uniformité; mais toutes ses réformes étaient faites dans le sens du pouvoir absolu. Il s'était, en outre, attaqué à la religion; il avait fermé les couvents, confisqué leurs biens et sécularisé les moines et les religieuses : de là, de profonds mécontentements, surtout en Hongrie, en Gallicie, dans la Basse-Autriche et en Belgique ; de là, des complots, des persécutions, des arrestations. La Prusse recueillit les réfugiés; il se forma même, dit-on, un comité hongrois à Berlin. Mais ce fut en Belgique, surtout, que les troubles furent considérables. Nous avons déjà été obligés, dans le cours de l'histoire qui précède, de faire passagèrement mention de quelques faits relatifs à l'insurrection des Pays- Bas; nous allons ici en dire quelques mots de plus, nécessaires pour l'explication de ces faits, ainsi que pour l'appréciation exacte de l'état de l'Europe en 1789 et en 4790.

Les premiers symptômes des troubles, qui devaient, plus tard, se convertir en une insurrection complète, se montrèrent en Belgique dès Tannée 4787, à l'occasion des réformes que Joseph entreprit d'opérer dans l'administration de ce pays, et que les états des provinces repoussèrent comme contraires à leurs droits et aux engagements du prince, désignés sous le nom de joyeuse entrée. L'agitation fut si considérable, et tant de gens s'y compromirent de manière à être obligés de se compromettre davantage, que le prince crut d'une bonne politique de supprimer ses édits, de publier une amnistie, et de rétablir enfin toutes choses sur l'ancien pied. Mais ces concessions, loin de calmer les esprits, donnèrent du courage môme aux plus timides, et les états de Brabant et du Hainaut assemblés, selon l'usage, en 4788, refusèrent les subsides qui leur étaient demandés. Joseph II, irrité, cassa les états, ainsi que -le conseil souverain du Brabant, révoqua l'édit d'amnistie et supprima la constitution dite de joyeuse entrée; en même temps, il lit arrêter les personnages qui s'étaient fait remarquer par l'énergie de leur opposition et quelques membres des états. L'archevêque de Malines et l'évêque d'Anvers furent obligés de prendre la fuite.

On était en 4789; l'effervescence ne fut pas moindre en Belgique qu'en France : elle s'accrut même, au bruit et à l'imitation de ce qui avait lieu chez nous. Deux partis, cependant, existaient parmi les patriotes belges : l'un, conduit par l'avocat Vonk et soutenu par les ducs d'Ursel et d'Aremberg (4), prétendait seulement faire ren-

(l) Le duc d'Aremberg n'est autre que le comte de Lamarck, duc d'Aremberg, qui faisait partie des états généraux et de l'assemblée nationale. C'était un

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