CONVENTION DE RE1CHKNBACH
entre les principales puissances de l'Europe, étaient une circonstance favorable au libre développement de la révolution en France. Si cet état eût duré, si nulle intervention ne fût venue troubler la marche des événements et nécessiter la guerre, il est probable que la France fût arrivée rapidement à un régime meilleur que celui où nous sommes, et sans Tacheter par autant de sacrifices. Mais, comme Ta dit M. De Maistre, la France est en quelque sorte le monarque de l'Europe ; rien de ce qui s'y passe ne reste étranger au inonde.
Quoi qu'il en soit, l'arrivée d'un seul homme parmi les potentats de l'Europe changea cette situation avantageuse. Joseph IÎ mourut le 22 février 1790, et fut remplacé sur le trône par Léopold son frère, duc de Toscane. En héritant de la couronne, ce prince héritait de tous les embarras que la politique aventureuse de son frère avait créés ; mais il avait un autre œil et un autre esprit. C'était, dit-on, un homme profondément indifférent à l'égard des choses morales; il avait la réputation d'un débauché sans pudeur, mais il était doué d'un certain esprit de calcul et d'un caractère froid et dur. Il vit les dangers du pouvoir ; il en aperçut les causes. Sa tache était difficile : il fallait apaiser les mécontentements des provinces, recouvrer la Belgique, avoir une grande armée disponible, et, pour cela, faire la paix avec les Turcs; il fallait enfin ramener la Prusse à des sentiments pacifiques.
Les choses étaient encore empirées au moment où nous sommes parvenus. L'ambassadeur prussien, à Constantinople, venait d'arrêter, le 34 janvier 1790, les bases d'un traité d'alliance entre son souverain et le sultan ; le roi de Prusse formait en môme temps un rassemblement de troupes sur les frontières de la Silésie et de la Pologne; enfin, les troupes disponibles de l'Autriche se massaient, de leur côté, sur les frontières de la Bohême et de la Gallicie : tout était à la guerre.
Cependant Léopold avait ouvert une correspondance personnelle avec Frédéric-Guillaume ; et lorsque les deux armées étaient en quelque sorte en présence, le roi de Prusse ayant son quartier général à Reichenbach, il y eut une entrevue entre les deux souverains, d'où résulta une convention qui fut signée le 27 juillet 1790. • Léopold cédait à la Prusse quelques territoires qui étaient échus à l'Autriche dans le premier partage de la Pologne, et s'engageait à faire la paix avec la Porte ; un armistice fut, en effet, aussitôt conclu • avec cette puissance. Tout fut remis sur le statu quo anle bellum. De son côté la Prusse promettait d'aider à la récupération de la Belgique. L'Angleterre et la Hollande adhérèrent à ce trailé.
11 paraît que le grand motif de pacification dont usa Léopold