TOME IV
Ces annonces, qui paraissent imprudentes, sont une des plus grandes ruses de la science de cette honteuse guerre. C'est d'après ces annonces que Ton fait courir au loin, qu'un tel jour il y aura un grand désordre, des assassinats, un pillage important, précédés d'une distribution manuelle pour les che fs subalternes, pour les gens surs; c'est d'après ces annonces que les brigands se rassemblent de trente et quarante lieues à la ronde, et qu'un très-petit nombre d'hommes parviennent à se procurer un jour d'affaire une armée nombreuse et redoutable de malfaiteurs, qu'ils n'ont pas été obligés de s'épuiser à solder habituellement, et qui arrivent à point nommé, sans autre paye que l'espoir de faire quelques bons coups. Les ha* biles gens qui ourdissent ces trames ont, pour vous combattre et pour s'opposer à vos travaux, profité de vos lumières.
Ils ont disposé leur force active comme vous avez décrété que devait être celle de la nation elle-même. Ils ont une armée au drapeau, peu nombreuse et peu coûteuse, et une armée auxiliaire dispersée dans tout ce royaume, qui ne coûte point d'argent et qui se réunit facilement au besoin. Le coup de tambour, les trompettes qui la rappellent, sont d'une part les libelles, et de l'autre cette annonce publique : la sédition pour un tel jour»
Il ne vous sera pas difficile de vous souvenir, messieurs, qu'il n'y en a eu aucune qui n'ait ainsi été prédite plusieurs jours d'avance, et sans la prédiction, l'événement n'arriverait pas.
L'orateur propose de décréter:
« Qu'il sera ordonné aux tribunaux d'informer contre les quidams qui ont fait le jeudi 2 septembre des motions d'assassinats sous les fenêtres de l'assemblée nationale, et contre ceux qui ont excité à faire des motions et qui ont distribué de l'argent à cette fin. »
Le projet de décret présenté par M. Dupont est adopté à l'unanimité.
— Camille Desmoulins en rendant compte de cette décision rapporte un fait assez singulier :
« Dans son discours, l'ami Dupont avait développé la théorie et la tactique des émeutes. Vous n'avez , dit-il, qu'à prédire une sédition pour tel jour; tous les gens qui espèrent dans les séditions, où ils n'ont rien à perdre et tout à gagner, se tiendront prêts pour la sédition et accourront de vingt lieues à la ronde. La veille du jour prédit vous débiterez avec profusion un libelle bien séditieux , et le jour dit vous aurez la sédition immanquablement. C'est ainsi , a-t-il ajouté, qu'on vous prédit une sédition pour le iO septembre. Eh bien ! tous les gens vivant de séditions se rendent déjà à Paris. Vous verrez que le 9 septembre, Marat,' l'Ami du Peuple, tirera ua