AFFAIRES DE BELGIQUE
ritoire de France pour se rendre dans les provinces belgiques. Rien, il nous semble, n'est plus propre à prouver que la cour et Montmorin étaient dans le secret de ce qui avait été convenu à Reichenbach. Un second fait complète cette démonstration. M. Lafayette avait demandé (voyez ses Mémoires) qu'un corps de 25,000 hommes fût réuni sur la frontière belge et mis sous le commandement de M. de Rochambeau. Il avait demandé encore qu'on opérât un rassemblement de troupes en Alsace. Rien de tout cela ne se fit, malgré l'insistance du général. M. Necker objecta les difficultés des finances; M. Latour-du-Pin, la faiblesse de l'armée et la nécessité de sa présence à l'intérieur. Néanmoins lorsque l'assemblée, avertie par la dénonciation des Ardennes, déclara, le 28 juillet, que nulle troupe étrangère ne devait passer sur le sol de France, si ce n'était en vertu d'un décret formel , les ministres, pour se justifier, firent lire une lettre dans laquelle ils soutenaient que l'on avait des forces considérables sur les frontières du Nord.
L'opinion publique ne se préoccupa guère en France des affaires de Rclgique que comme d'un triomphe de la cause populaire contre la cause des rois, ou pour s'entretenir de la férocité des troupes autrichiennes, de la cruauté du général d'Alton, etc. Camille Desmoulins, dans ses révolutions de France et de Brabant, s'appliqua, sans y réussir, à populariser la cause des Belges. II eut l'habileté de défendre le parti du congrès souverain ; mais tout le monde ne fut pas de son avis. On s'occupa en passant, il est vrai, de la question aux Jacobins, où les avis furent partagés; Carra écrivit , dans son journal, pour Vonk et contre le congrès ; le Belge Stourm, membre des jacobins, lui répondit dans le Moniteur. Mais le motif de la discussion s'évanouit au moment même où elle commençait.
Trente mille Autrichiens arrivaient par Liège ; l'armée prussienne évacua cette ville et la remit aux impériaux ; ceux-ci publièrent une amnistie générale en faveur de tous ceux qui mettraient bas les armes ; les officiers prussiens, anglais et hollandais, sur l'injonction qui leur fut faite, abandonnèrent leurs soldats, qui, privés d'officiers, se dispersèrent; Bruxelles reçut les troupes impériales le 2 décembre 1790; Van-der-Nootet Van-Eupen se réfugièrent en Hollande. Telle fut la fin malheureuse d'une révolution qui promettait une diversion favorable en notre faveur.
Il nous reste à montrer quelles furent les conséquences relativement à la France de ce dernier acte de la pacification de l'Europe continentale. Mais, avant de reprendre la narration des faits diplomatiques, il est nécessaire de nous occuper d'un ordre de faits
complètement indépendant de la volonté des monarques, c'est-àdire de l'efTet de la révolution française sur l'opinion des peuples.
Quelque grands que fussent les obstacles que trouvait en Allemagne la communication de la pensée, le bruit de ce qui se passait en France y avait pénétré, et la jeunesse s'était éprise d'un enthousiasme qu'elle témoignait à sa manière. Schiller, dont les pièces sont un mélange d'idées françaises dissimulées sous des sujets semi-historiques ou purement imaginaires, et combinées avec les usages du théâtre anglais, régnait souverainement sur la scène. Les Brigands de cet auteur, qui ne sont autre chose qu'une déclamation en faveur d une liberté sans limites, eurent un succès dont il y a peu d'exemples au théâtre. En outre, la jeunesse remplissait les loges des francs-maçons et des rose-croix, où, sous des formes bizarres et mystiques, elle pouvait s'entretenir des doctrines libérales qui faisaient l'objet de ses pensées et dont elle appelait la réalisation.
Mais ce fut en Angleterre surtout que l'enthousiasme , libre de toute entrave, se manifesta pleinement. D'après un discours parlementaire de l'itt, il s'y forma jusqu'à soixante- treize clubs, qui étaient en correspondance avec les sociétés populaires de Paris. Lord Fitz-Gerald, l'ami de madame de Genlis, en était un des membres importants, et, en même temps, un des meneurs. La mode fut un moment, parmi les femmes, de porter des cocardes aux trois couleurs. On donnait sur le théâtre des pièces qui reproduisaient des scènes de la révolution française : une d'elles, qui représentait la fédération, eut un long et durable succès.
La révolution lut attaquée et défendue dans la chambre des communes, dans le cours de février et de mars 1790. Ces débats ont été trop souvent l'objet de citations pour qu'il nous soit permis de les passer complètement sous silence. Nous allons donner des discours de Burke, de Fox et de Sheridan les passages principaux, ceux mêmes dont on se préoccupa le plus en France ; on y remarquera, outre l'opinion des orateurs sur le principe de notre révolution, qu'ils la considéraient uniformément comme une circonstance favorable à l'Angleterre pour réparer sans entraves les échecs de sa dernière guerre avec la France, et étendre librement son influence.
Chambre des communes. — M. Grenville soutient les propositions du ministère sur l'augmentation de l'armée. Suivant cet orateur, « les pertes mêmes de l'Angleterre lui rendaient plus précieux ce qui lui restait; point d'efforts qu'elle ne dût faire pour le conserver. Le