‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 73 sur 139 · PARLEMENT ANGLAIS · texte numérisé non relu

PARLEMENT ANGLAIS

naires cl tyranniques? Injuste détracteur de l'assemblée nationale, votre discours est un libelle. Vous reprochez aux Français leur impatience, ils auraient tlù attendre du temps une meilleure constitution ; et qui la leur aurait donnée? Était-ce le maréchal de Broglie, à la tète d'une armée? Ah! sans doute ils ont bien fait d'aller la chercher dans les ruines de la Bastille... Là seulement ils pouvaient la trouver. Qui sait, d'ailleurs, à quelles instigations le peuple s'est porté aux violences que vous et moi désapprouvons? Quoi qu'il en soit de sa marche, que des intérêts particuliers peuvent avoir égarée, il est arrivé au grand but vers lequel il avait le droit de tendre. ■ Sans dépouiller son souverain, il Ta ramené au seul rang qui convienne aux rois, à celui de premier magistrat du pays, dont le pouvoir législatif lui confie le gouvernement. J'ajoute que l'ancienne forme de celui de la France, au lieu de trouver un avocat dans la personne de l'honorable membre, aurait dû lui inspirer toute l'horreur qu'un homme libre a pour le despotisme. » (Moniteur.)

— Il y eut encore, dans quelques séances suivantes, des allusions aux alïaires de la France; mais rien de direct, de complet, de pareil en un mot à ce que nous venons de lire. La discussion, au reste, ne resta pas enfermée dans le sein des chambres. Elle fut reproduite dans plusieurs brochures et, par suite, la population anglaise fut instruite, peut-être plus qu'il ne fallait dans l'intérêt du gouvernement, de ce qui se passait chez ses voisins.

Maintenant, il faut revenir à l'histoire des démarches de la diplomatie européenne, relativement à la France; mais pour ne pas rompre le lien qui unit ces actes, nous serons obligés d anticiper un peu sur le temps et de la suivre jusque dans les premiers mois de 1791.

Dès que l'ordre monarchique fut rétabli dans ses provinces, l'empereur écrivit officiellement à Louis XVI pour réclamer les droits «les princes possessionnés en Alsace. Cette lettre est du 14 décembre 171)0. Mais quelque occupé qu'il fût de la position de Louis XVI et d'y apporter remède, le soin de ses États le préoccupait encore davantage, et toutes choses d'ailleurs avaient besoin d'être bien assurées avant qu'il pût entreprendre une si grande tache. Ce fut sans doute la cause du voyage qu'il fit en Italie. Il laissa seulement auprès de la cour des Tuileries le comte de Mercy-d'Argenteau, ambassadeur d'Autriche (1), qui était en rapport avec Mon t-

(l'j Lo comte do Mcrcy-d'Argenteau était un homme de confiance donné à la reine par sa mère l'impératrice Marie-Thérèse, pour lui servir de conseiller et en

morin et qui, pour couvrir ses relations diplomatiques, allait tantôt à Bruxelles, tantôt à La Haye, puis revenait à Paris et tenait ainsi Louis XVI au courant des négocialions. (Mém. d'un homme d'État.)

Ce fut à la lin de cette année 1790, que Frédéric-Guillaume reçut la lettre du roi qui a été citée précédemment, p. 267. On lui recommandait, comme nous l'avons vu, le maréchal de camp Heymann, et il y a tout lieu de croire que ce dernier personnage était un agent secret de la cour de France. Une lettre semblable ou presque semblable fut adressée à tous les grands souverains de l'Europe. (Mém. d'un homme d'État.) Ainsi Louis XVI n'épargnait rien, et jamais peut-être la cour de France n'avait eu, pour aucun sujet, une diplomatie secrète plus active.

On trouve dans les mémoires des contemporains de cette époque les noms de plusieurs des personnages qui avaient mis, dans ce but, leur zèle au service de la cour. La correspondance secrète de la ceine avait lieu par l'intermédiaire du chevalier d'Éclans, gentilhomme franc-comtois et député à l'assemblée, passant pour constitutionnel ; de Terrier Monciel, l'ami de celui-ci; du comte de Bombelles, qui s'était démis de son ambassade à Venise pour ne pas prêter serment. (Mém. secret du comte d' Allonville.) La reine se servait encore du prince de Poix, de M. le colonel d'état major J..., de M. le comte de Ségur, ex-ambassadeur en Russie. MM. De Lamarck, duc d'Aremberg, et M. de Fontanges, archevêque de Toulouse, travaillaient également pour elle, mais particulièrement parmi les membres de l'assemblée. Il est inutile d'ajouter à cette liste les noms de l'ambassadeur d'Autriche, du chargé d'affaires du même pays et de tous les principaux agents de cette ambassade. Madame Elisabeth avait aussi des confidents ; c'étaient particulicremeni M. de Venoise et le baron de Gilliers. (Mém. de madame de Campan, passim.)

De la part de Louis XVI, la correspondance avait lieu par l'intermédiaire de l'évêque de Pamiers qui faisait de fréquents voyages en Suisse pour porter au baron de Breteuil les dépêches du monarque. Très-souvent aussi on se servait de la voie de la poste. Voici comment on s'y prenait pour tromper un espionnage qu'on supposait exister, mais qui en réalité n'existait pas ou se faisait trèsmal. Le roi avait imaginé de placer ses lettres dans la reliure é vidée d'ouvrages choisis parmi les plus révolutionnaires. Puis elles

quelque sorte de mentor politique : il était le centre de ce fameux comité autrichien dont on parlait tant dans la révolution, comité qui ne consistait pas en une assemblée régulière quelconque, mais en une réunion de correspondants.

étaient remises soit à l'abbé d'Agout, soit à l'abbé de Tressan, qui les portaient à vingt lieues de Paris chez la marquise de Maupeou. Là elles étaient jetées à la poste de Rebais à l'adresse de M. Bourkhart, ou à celle d'un négociant de Bùle. M. d'Allonville eut connaissance de ces manœuvres parce qu'il s'y employa lui-môme. (Mém. secrets du comte d'Allonoille.) Ainsi, il y avait deux correspondances, celle de la reine et celle du roi. Venons maintenant aux mouvements et aux réponses que provoqua la circulaire royale du 3 décembre aux potentats européens.

L'impératrice de Russie, Catherine If, avait écrit à la reine une lettre dont nous ne connaissons que cette phrase : « Les rois doivent suivre leur marche sans s'inquiéter des cris du peuple, comme la lune suit son cours sans être arrêtée par les aboiements des chiens. » (Mém. de madame Campan, page 106.) Nous ignorons si cette lettre était une réponse ou était spontanée, madame de Carnpan n'en donnant point la date.

Quant au roi de Suède, Gustave, il se prépara à se rendre sur les bords du Rhin, d'où il comptait aller rejoindre Louis XVI aussitôt que, conformément au plan de Bouillé, ce prince serait arrivé à Montmédy. Cette démarche lui avait été proposée par l'impératrice de Russie. Elle lui avait représenté qu'ayant l'expérience des révolutions, il pourrait rendre de grands services au roi de France. En effet, Gustave était à Aix-la-Chapelle lors de la fuite de Varennes.' (Mém, du marquis de Bouille, page 273.)

Frédéric-Guillaume, à la réception de la lettre, obéissant encore au ressentiment de sa vieille haine contre l'Autriche, fit passer au baron de Goltz l'ordre d'offrir, en son nom, au roi de France, le secours prompt et immédiat d'une armée de 80,000 hommes, à la seule condition de rompre les liens qui l'unissaient à l'Autriche et de s'engager dans une alliance intime avec la Prusse. L'envoyé prussien en fit l'ouverture au comte de Montmorin, qui avança des prétextes pour la décliner, disant, par exemple, que c'était un plan de contre-révolution complète auquel il ne pouvait donner les mains, et ajoutant que le roi avait accueilli celte proposiiion avec indifférence. Les choses en restèrent là. Frédéric-Guillaume fut un peu refroidi, et le premier rôle dans les préparatifs de la coalition revint de nouveau à Léopold.

Ce prince eut successivement, en Italie, plusieurs conférences avec l'envoyé prussien Bischoffswerder et celui du roi de la Grande- Bretagne, lord Elgin. Ce lord, qui couvrait ses voyages du prétexte de son amour pour les arts, était l'agent secret du gouvernement anglais, ou plutôt encore du roi d'Angleterre. Il annonçait que

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