‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 74 sur 139 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

314 (1791) ASSRMBLÉK NATIONALE.

l'Angleterre ne s'opposerait point à une guerre avec la France ; qu'elle resterait neutre, à moins qu'il n'y eût nécessité d'une intervention maritime, mais que le roi d'Angleterre, en sa qualité d'électeur de Hanovre et de prince allemand, fournirait une armée et des subsides. Il ajoutait enfin que Catherine II s'était formellement engagée, vis-à-vis de son gouvernement, à faire la paix avec la Turquie. Tout concourait donc au résultat qui semblait être le but de la pacilication générale entre les rois de l'Europe.

Cependant,, à Paris, le roi et la reine avaient, dit Bertrand de Molleville, jugé convenable d'informer le comte d'Artois de leur situation. Pour cette mission, ils jetèrent les yeux sur le comte Alphonse de Durfort. Celui-ci ayant reçu, le 26 avril 1791, les instructions écrites que nous citerons plus bas, et quelques conseils sur lesquels Bertrand de Molleville se tait complètement, se hàla de quitter Paris. (Histoire de la Révolu par Bertrand de Molleville.)

C'est sur ces entrefaites, comme M. de Durfort était encore en route pour l'Italie, c'est-à-dire le 2 mai 1791, que Léopold écrivit à Marie-Antoinette la lettre autographe suivante qui n'avait pas été signée, afin qu'on put en nier l'authenticité si elle venait à être égarée.

« Très- chère sœur, il y a longtemps que je ne vous ai pas écrit; ce n'est pas faute d'attachement, mais bien faute d'occasions sures pour vous faire parvenir mes lettres, et crainte de vous compromettre. Celle-ci vous sera fait tenir par M. de Bonibelles, au zèle duquel et à rattachement pour le service du roi. je ne puis assez rendre justice, étant à toute épreuve. Il porte cette lettre au baron de Breteuil, qui -vous la fera remettre en sûreté.

« Vous pouvez être bien convaincue de la part sincère que je prends à votre situation et à celle du roi, et combien je voudrais vous être bon à quelque chose. Si je ne fais rien, c'est crainte de ne pas combiner avec vos intentions, qu'on ne peut pas savoir. On m'avait promis qu'il viendrait quelqu'un de France nf instruire et que je recevrais vos intentions par écrit. Je n'ai vu ni l'un ni l'autre.

« J'ai vu Calonne ; il .est avec le comte d'Artois, et l'anime à faire des démarches et entreprises. Jusqu'à présent j'ai, avec le secours de Bombelles, contenu le comte d'Artois pour qu'il notasse point de levée de boucliers et n'agisse pas, considérant toutes ces entreprises particulières comme dangereuses. Mais, à présent, il veut quitter l'Italie pour aller s'établir à Namur, et je n'ai pas cru devoir ni pouvoir le lui refuser. Voilà tout ce que je puis vous dire jusqu'à présent. Je vous promets que je ne ferai jamais rien, aucun

pas, ni démarche, que d'accord avec vous et selon vos intentions et celles du roi.

« Mais, je vous conjure, trouvez quelque moyen qui ne vous compromette pas et par lequel vous puissiez m'instruire des intentions du roi et des vôtres, de vos projets, de ce que vous désirez que je fasse ou ne fasse pas, et quelles sont les personnes qui ont votre confiance et auxquelles je puis croire lorsqu'elles parlent en votre nom ou en celui du roi ; car tout le monde se sert de ce titre... Faites-moi aussi savoir quelle conduite et langage vous voulez que je tienne vis-à-vis le comte d'Artois. » (Mèm. secrets du comte d'Allonville.)

Par une coïncidence singulière, cette lettre fut apportée à Paris par le même cpmte de Durfort, qui était parti pour porter les renseignements que Léopold réclamait.

11 semble, au premier coup d'œil, étrange que ce prince ait laissé partir une lettre qui ne paraît plus avoir d'objet. Mais il ne faut pas oublier que Léopold écrivait à la reine, tandis que le message dont parle Bertrand de Molleville, et dont nous donnerons bientôt le texte, était du roi et de la reine. Nous ne* savons pas en outre quels étaient tous les messages dont M. de Durfort avait été chargé en allant en Italie; et, de plus, Bertrand de Molleville, qui ne vit dans le message du roi qu'un projet de rapproebement avec le comte d'Artois, a bien pu ignorer quelques intentions secrètes , personnelles à la reine, et dont Léopold était instruit. Quoi qu'il en soit, suivons la correspondance. Voici la réponse de la reine à la lettre de son frère. Elle est du 1er juin 1791.

« M. de Durfort nous a apporté ce papier de votre part, mon cher frère. Gomme il n'est signé de personne, malgré l'honnêteté du porteur, son contenu est pourtant d'une trop grande importance pour que nous ne vous demandions pas si ce sont là vos véritables intentions. Nous sommes touchés, au delà de l'expression, de la manière dont vous voulez bien prendre avec chaleur notre cause. Les sentiments du cœur du comte d'Artois nous sont chers ; mais nous croyons que toute démonstration, manifeste, ou entreprise quelconque, tant que nous serons dans Paris, nous exposerait d'une manière effrayante, malgré la responsabilité dont on chargerait la ville de Paris entière pour nos personnes. Cette responsabilité peut bien arrêter les honnêtes gens ; mais ils sont eux-mêmes dominés par les brigands et les scélérats qui ne connaissent pas de frein, qu'il ne serait pas possible de contenir et qui ne raisonnent point assez pour sentir, dans le moment, tout le poids de cette responsabilité. De plus, ce projet-ci rend le roi entièrement nul, et il faut,

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pour sortir de cette crise, qu'il étonne par la force et le courage de son entreprise.

« Nous tenons donc fermement à notre premier gré. Nous vous l'avons communiqué par M. de Mercy et le baron de Breteuil, et nous vous réitérons, mon cher frère, la demande de huit ou dix mille hommes disponibles à notre demande, pour le premier moment. C'est quand le roi sera en lieu de sûreté et libre qu'il verra avec reconnaissance et grande joie loutes les puissances se réunir à sa réclamation pour soutenir la justice de sa cause, et, pour ma part, j'en éprouverai d'autant plus de bonheur que nous le devrons à vos soins et à votre tendre intérêt.

« M. de Bombelles doit vous avoir été envoyé par le baron de Breteuil ; vous pouvez accorder toute confiance à ce qu'il vous dira de notre part. Je vous ai écrit, par eux, depuis : j'espère que ma lettre vous sera parvenue.

« Nous n'aurions point de secrets pour M. le comte d'Artois, s'il n'était entouré de M. de Calonne et de M. le prince de Gondé, dans lesquels nous n'aurons jamais de confiance. D'après cela, vous sentez, mon cher frère, combien il est intéressant de ne pas communiquer au comte d'Artois ce que nous vous mandons.

o C'est un homme sûr et fidèle qui vous porte cette lettre; mais il n'en sait pas le contenu. Je vous prie de nous le renvoyer promptemcnt ; le temps presse, et passé le 20, nous n'aurions peutêtre plus de moyens d'effectuer noire projet. » (Mém. secrets de if. le comte d'Allmville, t. II, p. 209.)

Au moment où Marie-Antoinette écrivait cette dernière lettre, il est probable qu'elle connaissait, ainsi que Louis XVI, le résultat de la conférence de Mantoue. Voici, en effet, ce qui était arrivé. M. de Durfort parti, ainsi que nous l'avons vu, de Paris dans les derniers jours d'avril, avait rejoint le comte d'Artois dans les premiers jours de mai. Il lui avait remis la note suivante, que Bertrand de Molleville appelle ses instructions, et qui avait, dit le même écrivain, été rédigée sous la dictée du roi et de la reine, le 26 avril. C'étaient des réponses à des questions.

« Première question. Leurs Majestés ont-elles confiance dans les intentions de M. le comte d'Artois? Y a-t-il quelque fondement aux inquiétudes qu'on lui a données sur leurs sentiments à sou égard, et sur leur disposition à se remettre entre les mains des factieux de l'assemblée, plutôt que de devoir leur salut et le rétablissement de leur autorité aux efforts et aux succès des princes réunis à la noblesse du royaume?

« Réponse dictée par la reine. On vous a trompé ; votre situation

est ce qui occupe le plus Leurs Majestés. Gomment peut- on croire qu'avec l'âme élevée que vous leur connaissez, ils préfèrent rester sous le joug de scélérats infAmes, plutôt que d'être secourus par leurs proches parents et par leurs serviteurs fidèles ?

« Seconde question. Que pensent Leurs Majestés de M. de Lafayelte?

« Réponse. Nous le regardons comme un factieux fanatique et imbécile, en qui nous ne pouvons jamais avoir la moindre confiance.

« Troisième question. Que pensent-elles de M. de Montmorin?

« Réponse. Il a bonne volonté ; mais nulle force.

« Quatrième question. L'archevêque de Sens a-t-il quelque influence sur les déterminations de Leurs Majestés?

« Réponse. Aucune. Il est généralement abhorré et méprisé de tous les partis. Leurs Majestés partagent ce sentiment du public ; de plus il les a trompées.

« Cinquième question. Pourquoi le roi a-t-il été à l'assemblée, après avoir été empêché d'aller à Saint-Cloud (1)?

« Réponse. Forcé par ses ministres, sur lesquels il ne peut compter.

« Sixième question. Quel est l'espoir du peuple? Leurs Majestés ont-elles à l'assemblée quelques personnes sur lesquelles elles puissent compter?

« Réponse. L'esprit du peuple est détestable ; il ne veut plus de roi. Leurs Majestés n'ont personne dans l'assemblée. Le seul député qui leur ait fait des ouvertures n'existe plus.

« Septième question. Comment justifier la lettre adressée à tous les ambassadeurs?

u Réponse. La date en prouve la nécessité. Le roi ne l'a pas signée, et n'y a rien changé pour ne rien ôter à sa monstruosité ; elle a été rédigée par des membres de l'assemblée qui ont cru cette démarche indispensable et en attendaient un plus grand succès.

a Huitième question. Leurs Majestés ont-elles le désir ou le projet de quitter Paris ?

« Réponse. Elles en ont le plus grand désir, mais le moyen de l'effectuer leur paraît presque impossible. Dans le cas où elles en trouveraient le moment, elles voudraient savoir d'avance quel serait l'endroit où elles seraient le plus en sûreté du côté de Valen-

(1) Cette question, ainsi que la septième, se rapporte à des faits que l'on trouvera à leur date (avril 1791X

ciennes ou de Melz. Leurs Majestés insistent beaucoup sur cet article. » (Bertrand de Molleville.)

Sur le vu de ces dépêches, le comte d'Artois adressa un message à Léopold. L'empereur fixa Mantoue et le 20 mai, pour le Heu et le jour d'une entrevue. Le comte d'Artois s'y rendit accompagné de MM. de Calonne, d'Escars et de Durfort. a MM. d'Artois et de Calonne présentèrent à l'empereur un projet de traité. La discussion de ce plan dura plus de deux heures ; l'empereur y corrigea de sa main plusieurs articles, et notamment celui où la marche des troupes était indiquée du mois de juillet au mois d'août; il la fixa au mois de juillet au plus tard. Lorsque toutes les dispositions curent été convenues et arrêtées, Sa Majesté Impériale fit entrer le comte Alphonse et lui donna de vive voix l'assurance de sa ferme résolution pour l'exécution du plan dont il était porteur : a Vous « ferez bien mes compliments à mon frère et à ma sœur, ajouta « l'empereur. Vous leur direz que nous allons nous mêler de leurs « affaires, et que ce ne sera pas par des paroles, mais par des « effets. »

Le 29 mai, M. de Durfort arriva à Paris et remit au roi le pian dont il avait été chargé. Le voici :

« i° L'empereur fera filer trente-cinq mille hommes sur la frontière de Flandre et du Hainaut. A la même époque, les troupes des cercles se porteront, au nombre de quinze mille hommes au moins, sur l'Alsace. Les Suisses, en même nombre, se présenteront sur la frontière du Lyonnais et de la Franche-Comté ; le roi de Sardaigne sur celle du Dauphiné avec quinze mille hommes. L'Espagne a déjà rassemblé douze mille hommes dans la Catalogne, et portera à vingt mille les troupes qui menaceront les provinces méridionales. Tous ces différents corps formeront une masse de cent mille hommes ou environ, qui se portera en cinq colonnes sur chacune des frontières auxquelles ces différents États correspondent. A ces armées se joindront des régiments restés fidèles, des volontaires armés dont on est sûr, et tous les mécontents des provinces.

a 2° L'empereur est assuré des bonnes dispositions du roi de Prusse, et Sa Majesté Impériale s'est chargée elle-même de la correspondance avec la cour de Berlin. Le roi d'Angleterre, en sa qualité d'électeur de Hanovre, désire aussi d'entrer dans la coalition, qu'il faudra tenir très-secrète, jusqu'au moment de l'explosion; c'est pourquoi on fera en sorte d'empêcher toute insurrection partielle dans l'intérieur.

« 3° Tout étant ainsi disposé pour la fin de juillet, la protestation

de la maison de Bourbon paraîtra : elle sera signée du roi d'Espagne, du roi de Naples, de l'infant de Parme et des princes du sang qui sont libres. Le manifeste des puissances paraîtra immédiatement après.

« 4° Quoique l'empereur soit l'âme et le chef de l'entreprise, il serait peut-être dangereux pour la reine qu'il parût en être le premier mobile ; et on ne manquerait pas d'attribuer à la maison d'Autriche ce plan, que l'assemblée s'efforcera de faire paraître odieux au peuple;

« 5° L'empereur écrit au roi d'Espagne de hâter ses préparatifs et l'exhorte à signer sans délai la protestation de la maison de Bourbon. Le roi et la reine de Naples, qui la connaissent, n'attendent que la signature de l'Espagne pour donner la leur;

« 0° Les dispositions du roi de Sardaigne sont excellentes. Il n'attend que le signal de l'empereur. La diète de Hatisbonnc, qui a reçu le décret de commission, va prendre ses dernières résolutions ;

« 7° On compte sur la neutralité de l'Angleterre;

« 8° Tout étant ainsi combiné avec les puissances, on doit regarder ce plan comme arrêté, et prendre garde qu'il ne soit contrarié par des idées disparates ; c'est pourquoi Leurs Majestés doivent éviter avec grand soin de diviser la confiance et de multiplier les entremises, ayant déjà éprouvé que cette manière d'agir ne servirait qu'à nuire, retarder et embarrasser;

<r 9° Les parlements sont nécessaires pour le rétablissement des formes. On continuera, en conséquerîcc, d'entretenir une correspondance suivie avec plusieurs membres dispersés des cours souveraines pour pouvoir les rassembler aisément quand il en sera temps;

« 10° Quoique Ton ait désiré jusqu'à présent que Leurs Majestés pussent elles-mêmes se procurer leur liberté, la situation présente engage à les supplier très-instamment de n'y plus songer. Leur position est bien différente de ce qu'elle était avant le 18 avril, avant que le roi eût été forcé d'aller à l'assemblée et de faire écrire la lettre aux ambassadeurs. L'unique objet dont Leurs Majestés doivent s'occuper, est d'employer tous les moyens possibles à augmenter leur popularité, pour en tirer parti quand le moment sera venu , et de manière que le peuple, effrayé à l'approche des armées étrangères, ne voie son salut que dans la médiation du roi et dans sa soumission à l'autorité de Sa Majesté; telle est l'opinion de l'empereur. 11 attache uniquement à ce plan de conduite le succès des mesures qu'il a adoptées, et il demande surtout qu'on éloigne toute autre idée. Ce qui arriverait à Leurs Majestés, si, dans leur fuite, elles ne pouvaient échapper à une surveillance barbare, le fait frémir d'hor-

reur. Sa Majesté Impériale croit que la sauvegarde la plus sure pour Leurs Majestés est le mouvement des armées des puissances, précédé par des manifestes menaçants. »

Ici finit la pièce à laquelle Bertrand de Molleville donne le nom iVèxtrait de la conférence de Mantoue. Il est probable, en effet, qu'elle ne contient pas tout ce qui fut dit et convenu dans cette réunion. La lettre que Ton va lire le prouve. Nous devons dire, avant de passer outre, que l'on a essayé de jeter des doutes sur l'authenticité de cette pièce. Mais tous les véritables historiens, Servan (Tableau historique de la guerre), le comte d'AUon ville, etc., en parlent comme d'un fait positif en diplomatie. Au reste, le but que Ton se proposait en émettant des doutes, suffit pour en faire juger la valeur. On le faisait sous la restauration, lorsque les royalistes croyaient utile de disculper Louis XVI de toute correspondance avec l'étranger. Aujourd'hui on possède tant d'autres preuves, que cette négation est sans intérêt; aussi y a-t-on renoncé.

Voici maintenant la réponse de l'empereur à la lettre de la reine du 1er juin.

« J'ai reçu, le 12, la lettre que vous m'avez écrite, et je vous renvoie le porteur le même soir pour qu'il arrive à temps. Il me parait zélé, affidé, attaché et sur. J'ai reçu le papier ci-joint, que je vous renvoie. J'ai parlé avec le comte d'Artois à Mantoue : j'ai tâché de le persuader à se modérer et à ne pas agir avant que je le lui dise. Il a la meilleure volonté, a reconnu mes raisons; mais ses alentours le poussent et l'animent trop. Il *st convenu avec moi qu'il se tiendrait tranquille à Coblentz et qu'il ne se joindrait pas au prince de Condé. Celui-ci a fait plusieurs, équipées, telles que de lever des troupes, de rappeler auprès de lui tous les Français qui sont en Italie.

« J'ai vu avec le comte d'Artois le papier ci-joint (I). Je suis convenu qu'au cas que vous fussiez avec le roi en liberté, nous agirons tous tout de suite d'abord, mais que sans cela on n'agirait point.. En attendant, je vous réponds que rien ne se fera, ni démonstration, ni manifeste, ni marche de troupes, ni de mon côté ni de celui du comte d'Artois, car, pour le prince de Condé, je ne puis pas en répondre... Je ne croirai que ce que me marqueront le comte de Mercy et le baron de Breteuil par M. de Bombelles. Je n'informerai le comte d'Artois de rien de ce que vous m'écrivez, ni de vos intentions, craignant trop les indiscrétions de ses alentours. Puisse votre projet s'accomplir heureusement et bientôt! Le comte de Mercy a

(1) Ce papier ci joint était-il la feuille qui contenait les instructions dictées à * M. de Durfortî

Tordre, la chose réussissant et sur votre demande, de vous aider et de vous fournir tout ce qu'il peut : argent, troupes, tout sera à vos ordres. On peut compter dans ce cas sur le roi de Sardaigne, les Suisses et les troupes de tous les princes de l'empire, même celles du roi de Prusse, qui sont à Wesel et par conséquent fort à portée.

« Je ne perds pas de vue vos intérêts ; je témoigne de ne pas m'y intéresser pour ne pas donner de soupçon... Calculez bien tous les risques, prévoyez-les, et tirez-vous, s'il est possible, du lieu où vous êtes. Quand vous serez en sûreté vous protesterez publiquement contre tout ce qui a été fait, et appellerez vos amis et fidèles sujets à votre secours, et tout sera fini plus aisément qu'on ne croit. C'est ce que souhaite, désire et attend avec impatience, un frère qui vous est bien tendrement attaché, qui ne désire que de vous servir, mais qui ne veut le faire que de la façon que vous le désirez vous-même, avec la sûreté de réussir et de ne pas vous exposer...

« J'ai reçu par M. de Bombelles vos lettres exactement. Je travaille, en attendant, à disposer toutes les puissances pour agir de concert en votre faveur tout de suite, dès que vous serez en sûreté ; ou, si cela ne pouvait avoir lieu, à la suite du manifeste qu'il conviendrait de publier à son temps, et quand vous-même l'approuveriez. Je vous réponds de la bonne disposition de tout le monde comme de la mienne. — Le duc de Polignac est avec moi, chargé des commissions du comte d'Artois... Quoiqu'il vous soit bien attaché, je ne lui dis rien de cette mission, ni de ce que vous marquez... » (Mémoires secrets du comte d'Allonville, t. II, p. 224.)

Telles étaient les dispositions et les projets de la diplomatie dans les premiers mois de l'année dont nous allons commencer l'histoire révolutionnaire. En voyant les démarches dont il vient d'être question, en lisant les pièces qui viennent d'être citées, on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit ici de la première coalition organisée contre la révolution française par les rois de l'Europe, sans en excepter le roi de France.

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