‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 81 sur 139 · THÉÂTRES · texte numérisé non relu

THÉÂTRES

dîners d'étiquette, le jeu du roi, etc. Maury et quelques membres de la droite allaient aussi quelquefois faire leur cour; et c'était tout de suite un des objets des dénonciations de la presse. Madame de Lamballe, de retour des eaux, donna quelques grandes soirées qui ne furent pas moins brillantes que dans les époques de prospérité. La reine y assista plusieurs fois.

Il arriva donc qu'à la cour et à la ville, malgré le rigorisme de l'assemblée nationale, les choses se passèrent comme à l'ordinaire. Le premier jour de l'an, le maire et la municipalité allèrent rendre leurs hommages à Leurs Majestés, et il y eut présentation. On fut cependant péniblement affecté de deux circonstances. La musique de la garde nationale eut l'innocente idée de choisir, pour donner ses aubades de bonne année, l'air d'un opéra-comique dont^le refrain était : Mais nos dettes sont payées, c'est ce qui nous console. On vit là une allusion blessante à la liquidation de la dette, décrétée par l'assemblée. Ensuite une députation des vainqueurs de la Bastille vint apporter pour le dauphin, un jeu de dominos fait avec les pierres de cette forteresse (Mémoires de madame de Campan). Les donneurs d'aubades et de dominos étaient des courtisans fort maladroits; mais il fallait avoir de la sensibilité à perdre pour s'affecter de pareilles choses.

Les théâtres étaient habituellement remplis et très-suivis. La reine y alla même une fois en 1791, mais je n'ai pu savoir exactement à quelle époque, ni à quel théâtre. C'était sans doute à l'Opéra. La seule pièce ayant des tendances révolutionnaires* que l'on 'donnât sur cette scène, était Tarare de Beaumarchais et de Salieri. On y jouait d'ailleurs tout le répertoire ancien : Armide, Alceste, Iphigénie, le ballet de Psyché, etc. Armide avait la propriété d'attirer la foule ; les uns y allaient pour y applaudir, les autres pour siffler ce chœur : Chantons, célébrons notre reine. Quelquefois même on se battait. Lorsque le côté droit avait triomphé, on s'empressait d'aller conter l'histoire du triomphe à la cour; mais la victoire était ordinairement suivie d'une défaite. Le côté gauche averti y allait à son tour en masse et maltraitait la musique de Gluck. Alors on se plaignait, à la cour, de la dépravation de l'esprit public. Au Théâtre-Italien on était plus tranquille; on y jouait habituellement : // Barbiere di Siviglia, la Pastorella nobile, etc. Dans les autres théâtres, l'opinion révolutionnaire était plus à l'aise. On jouait : Le chevalier d'Assas, l'Auto-da-fè ou le tribunal de l'inquisition dévoilé, Jean Calas, la Liberté conquise ou le despotisme, pièce de Collot-d'Herbois, qui lui valut les suffrages de toute la presse patriote, Quelquefois cependant le côté droit du peuple pari-

570 (janvier 1791) asskmblék natconalk.

siert ou, comme oh rappelait, les noirs se rendaient en masse à ces pièces populaires et sifflaient à outrance. De là des collisions où la garde nationale était obligée d'intervenir^ et enfin la nécessité d'avoir constamment autour du théâtre, et quelquefois même dans l'intérieur, des piquets prêts à agir.

Ce furent sans doute ces fréquents désordres qui poussèrent le comité de constitution de l'assemblée nationale à s'occuper de la police théâtrale, et par suite de la question tout entière du théâtre. Le 15 janvier, Chapelier vint présenter un projet fort long qui, par l'effet des amendements, devint fort court. L'assemblée décida le même jour : que tout citoyen aurait droit d'élever un théâtre public ; que la police des théâtres appartiendrait aux municipalités ; qu'il y aurait toujours dans l'intérieur de la salle un officier civil chargé de la police, et auquel tout citoyen serait tenu d'obéir provisoirement ; que la garde serait extérieure et n'entrerait que sur la réquisition de l'officier civil. Enfin, on décréta que les ouvrages des auteurs morts depuis cinq ans seraient une propriété publique, nonobstant tous privilèges antérieurs qui étaient déclarés abolis. — On remarqua, dans la discussion de ce décret, ce mot échappé à Mirabeau : a Une salle de jeux publics hérissée de baïonnettes est un spectacle qu'il faut repousser avec horreur. » On nota ce mot et l'on demanda quel sentiment alors on devait éprouver en voyant les sanctuaires de la religion remplis, comme ils l'étaient, d'hommes armés.

Le désordre n'était pas seulement dans les églises et dans les théâtres ; il menaçait également les moeurs. Il y a toujours, dans nos sociétés, une classe d'individus qui vivent de l'excitation et de l'exploitation des tendances vicieuses attachées à la nature humaine. Ces gens ont l'habitude de profiter de tous les instahls où l'on cesse de les surveiller, pour exercer leur ignoble profession. C'est ce qui arriva à l'époque où nous sommes. Mais ce fut la municipalité qui se chargea de réprimer leurs excès. La il janvier, elle fit une ordonnance par laquelle elle défendait « à tous marchands, graveurs, brocanteurs, colporteurs ou autres, de vendre ou d'étaler des gravures ou estampes contraires à la décence et aux mœurs, à peine de saisie et de telles autres peines qu'il appartiendra. » Quelques jours après, elle fit paraître une autre ordonnance par laquelle on défendait les bals masqués, publics et particuliers ; on défendait même d'exposer en location ou en vente des masques e des déguisements. Ce règlement nous montre que sans doute on avait commencé les orgies du carnaval longtemps avant l'époque consacrée. Quoi qu'il en soitj, il en résulta que t s'il y avait

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