TOME IV
pie. Le 27 janvier, un malheureux nommé Kabert, désigné par Marat comme mouchard , fut saisi au faubourg Saint-Antoine. On le pendit ; heureusement la corde cassa ; mais on le chargea de coups, et la garde nationale eut beaucoup de peine à l'arracher, demi-mort et couvert de blessures, à la colère du peuple. Ce fut l'occasion d'une émeute considérable; M. Lafayette fut obligé de se rendre dans le faubourg, et une barricade même fut commencée pour arrêter la marche de la troupe citoyenne.
Mais l'affaire la plus grave, à laquelle contribuèrent pour une certaine part les déclamations de Marat, fut ce qu'on appela alors le combat des barrières ou de la Chapelle. — Par un décret rendu à !a . fin de Tannée précédente, l'assemblée nationale avait maintenu les droits aux entrées de Paris, et l'Ami du Peuple n'avait pas cessé depuis de s'élever contre cet impôt. Comme la contrebande se faisait au grand jour, et quelquefois à force ouverte, par des bandes de soixante à quatre-vingts individus, on avait créé un corps, désigné sous le nom de chasseurs des barrières, qui était chargé de prêter main-forte aux employés, et qui fut encore l'objet des accusations de Marat. Or le 24 janvier, les employés, instniits qu'il y avait à La Chapelle un dépôt considérable de contrebande, se rendirent à la maison qui le renfermait, accompagnés d'un piquet de chasseurs. Ils s'introduisirent de force dans cette maison, et, malgré les observations du procureur de la commune sur l'illégalité de leur conduite et sur l'obligation qui leur était imposée d'être assistés par un magistrat civil pour pénétrer dans le domicile d'un citoyen, ils continuèrent leur visitp. Cependant le tocsin sonnait, et un rassemblement armé se formait. Le Moniteur dit qu'il était composé de contrebandiers ; les journaux révolutionnaires assurent qu'il était composé de gardes nalionaux, le maire en tête. Quoi qu'il en soit, les chasseurs firent feu, et l'attroupement fut dissipé; mais il y eut plusieurs tués et un grand nombre de blessés. Cette affaire fit grand bruit et souleva toute la presse patriote contre l'administration municipale. Voici le récit du Moniteur :
« Mardi, 24, des commis aux barrières ont appris qu'il y avait, entre La Chapelle et la barrière Saint-Laurent, des entrepôts de contrebande : ils ont engagé le matin les chasseurs des barrières à faire une visite dans ces magasins. Les contrebandiers ont soutenu le choc ; ils étaient armés, et quelques-uns d'entre eux étaient déguisés en gardes nationaux. Le combat a été vif; et cette résistance désastreuse a occasionné la mort de quelques-uns des combattants, dont on assure qu'il y a eu un grand nombre de blessés. »
On se plut à remarquer que le jour même de cette affaire on avait