‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 84 sur 139 · ÉMEUTES · texte numérisé non relu

ÉMEUTES

posé, dans le faubourg Saint-Antoine, un grand nombre d'affiches invitant les ouvriers à se réunir, le lundi 24, au Marché-Neuf, pour faire une révolution sur toutes les marchandises anglaises. 11 parait qu'il n'y eut personne au rendez-vous; mais les partis ne manquèrent pas de s'accuser réciproquement. La presse patriote fut unanime pour voir là une tentative du club des Amis de la constitution monarchique.

Il serait difGcile de suivre les journaux dans leur soin de recueillir et de commenter tous les événements des rues et des salons de Paris, qu'on passe ordinairement sous silence; tantôt c'était une querelle de cabaret; tantôt une affaire de voleurs; tantôt une chasse aux maisons de, jeu. C'était une fête composée d'un repas, d'un bal et d'un feu d'artifice, donnée par Mirabeau aux officiers de son bataillon et qui avait coûté 40,000 livres ; c'était des injures adressées à M. Lafayette, en pleine rue, et comment on l'avait appelé général des mouchards; c'était la section Saint-Roch qui avait reconnu que son comité avait prélevé 22,000 livras sur les maisons de jeu, etc. 11 semblait, je le répète, qu'on voulût mettre, à la place de l'occupation grave, la distraction des faits-Paris.

Tous les journaux adressés au peuple n'étaient pas rédigés dans le même sens. La Feuille Villageoise, rédigée par Cérutti etRabaud- Saint-Étienne, et destinée aux campagnes comme l'indique le titre» était calme et sérieuse. D'autres écrits périodiques faisaient la contrepartie de Desmoulins et de Marat. Ainsi le Journal des Clubs, qui venait de paraître, contient dans son troisième numéro un article très-vif contre Audoin, rédacteur du Journal universel, et contre Fréron, l'Orateur du Peuple, a digne et très-digne cousin-germain de Marat. » Cependant J. J. Leroux, partisan de Lafayette et de la monarchie représentative avec Louis XVI, de plus officier municipal, n'attaqua Marat que . lorsque celui-ci eut vidé son procès avec Estienne. Mais cette affaire terminée, il ne l'épargna pas : « On doit nous reprocher notre lâcheté, dit-il; un Marat existe, et nous n'avons fait qu'escannoucher contre lui; nous le laissons tranquillement creuser une mine sous la constitution; il secoue le flambeau de la discorde; il proscrit les meilleurs citoyens; il est chef d'une bande d'hommes que le voyageur frémirait de rencontrer sur son chemin; et nous, comme si nous redoutions le pistolet ou le stylet des assassins auxquels il commande, nous avons l'air de ne pas oser le regarder en face ! Il a le bras levé, nous crie-t-on; il vous désigne. — Qu'importe ! si tout le monde eût redouté le poignard, le geste menaçant de Catilina, Rome était noyée dans son sang.

« Depuis que la civilisation a formé les empires, il a existé une

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classe d'hommes dévoués au crime, qui se sont d'âge en âge légué leur esprit, qui tous ont eu leur Marat. Ils ont, par leurs cris séditieux, mis la coupe empoisonnée à la main de Socrate et de Phocion ; ils faisaient rouler aux pieds de Sylla les têtes des sénateurs romains ; ils massacrèrent 7,000 habitants de Thessalonique par Tordre de Théodose le Cruel, que les moines ont appelé le Grand; ils se sont nommés Maillotins sous la régence de Charles V; ce sont eux que Ton a lâchés les premiers à la Saint-Barlhélemi ; on les voit escorter les Seize du temps de la Ligue; ils sont nés les chasseurs de l'inquisition ; ils ont entouré Cromwell ; ils gardaient l'échafaud de Charles 1er ; ils ont été les dignes compagnons de Mandrin, de Raffiat^ils ont bridé la maison'de Réveillon; ils ont pillé Saint-Lazare ; ils onl pendu l'innocent boulanger. »

Le Journal des Halles, rédigé, disait-on, par Estienne, était dirigé en même temps contre Danton, Camille Desmoulins et Marat. Il prenait texte contre le premier d'un mot qu'il avait prononcé aux Jacobins. Danton avait dit qu'un supplément de révolution serait nécessaire et qu'il faudrait., malgré soi, en venir là. Ce propos est vrai d'ailleurs, car il esi cité avec éloge dans les Annales patriotiques, n° du 6 janvier 1791 . Le sujet principal des attaques contre Desmoulins était le projet de décret suivant, proposé dans son n° LVI, en cas de guerre : «1° Tout soldat autrichien, piémontais ou autre, qui sera pris les armes à la main, sera pendu sur l'heure comme brigand, ou fusillé comme bête féroce ; 2° tout soldat ennemi qui, honteux de servir dans un camp de Tartares et au milieu d'une horde (îc brigands, viendra rendre ses armes et se réunir à des hommes ses frères contre les loups d'Autriche, recevra une portion de terre; le peuple français affecte une partie des biens du clergé jusqu'à concurrence de 100 millions pour récompenser les honnêtes déserteurs de leur probité ; 3° tout déserteur ennemi qui apportera la tête d'un capitaine recevra quatre fois autant que le subdélégué payait dans l'ancien régime à celui qui apportait une tête de loup. L'assemblée nationale charge son comité de' liquidation et d'évaluation des offices de lui présenter incessamment le tarif du prix de toutes têtes, depuis celle du simple lieutenant jusqu'à celle du feld-maréchal et du tyran; décrète, déplus, qu'il sera pareillement fait une prisée en estimation de tous les membres, depuis une oreille jusqu'à un quartier d'aristocrate. »

Le Journal des Halles était écrit dans le style de Vadé. Cette affectation étrange était une grande maladresse ; car le peuple n'a jamais parlé ce langage, qui est tout au plus de mise au théâtre, et il n'aime pas qu'on l'estime assez peu pour lui parler autrement qu'à

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