‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 85 sur 139 · PRESSE · texte numérisé non relu

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d'autres hommes. Il comprend très-bien qu'en agissant ainsi on l'infériorise, et que celui qui se permet ce style le fait uniquement parce qu'il se croit au-dessus de lui. Quoi qu'il en soit, voici un échantillon de ce rival du Père Duchéne : « Je devons en conscience avertir MM. de la nation que ces aigre6ns dont le duc d'Orléans se servit pour faire brûler la maison de Réveillon, que les maquereaux et les chevaliers de la manchette de ce prince, que ses gouins, Lameth, Barnave, Duport, d'Aiguillon, Marat, Danton, mettent tout le monde en ribotte pour nous empaumer ; que ce sont eux qui ont mis le feu aux étoupes entre les vainqueurs de la Bastille et les gardes françaises pour pouvoir encore pêcher en eau trouble. »

Dans un autre numéro Danton est supposé rendre ses comptes à Philippe Capon : « Pour un lit bleu donné à Camille Desmoulins, 1,800 liv. ; donné à Y Ami du Peuple 3,000 liv., pour l'engager à faire fermenter les esprits, allumer le feu de la guerre civile, calomnier le roi etl'assemblée nationale, détracter Mounier,Lafayette, etc.»

Dans un autre numéro . « Marat, qui se dit Y Ami du Peuple, est un sacré gredin qui s'est vendu à un autre gredin, qu'on appelle Danton, grand dogue de la république des Cordeliers, qui à son tour est vendu au grand gredin, le duc d'Orléans : ainsi, voilà une chaîne de gredins qui ne nous pèseront pas une once, maintenant que je savons de quoi y retourne. »

Pour avoir un tableau complet de l'époque, aux discussions de la presse il faut joindre les excitations beaucoup plus animées des clubs. Les réunions de ce genre s'étaient beaucoup multipliées. 11 serait difficile, peut-être impossible d'en dire le nombre. Chaque semaine, en quelque sorte, en voyait naître un nouveau. Tallien venait de fonder, ou plutôt de renouveler, sous le nom de Société fraternelle, un club dont il avait été nommé président et qu'il destinait à enseigner au peuple la constitution et les droits de l'homme. « Ces établissements, qu'on ne saurait trop encourager, sont les meilleures armes à opposer au fanatisme des prêtres et aux insidieuses pratiques des dévots, » disait-on dans les Révolutions de Paris, n°LXXIX, en annonçant cette nouvelle tentative. Ces réunions eurent , en effet, pour résultat de créer une véritable armée révolutionnaire, fort peu disciplinée il est vrai , fort dangereuse même pour ses chefs, mais toujours très-exaltée et très-prompte à l'action. Cela n'empêchait pas tout homme qui voulait jouer un rôle dans la politique de recourir indifféremment à la voie des clubs ou à celle de la presse.

Mais le club dont le public s'occupa le plus à l'époque où nous

378 (JANVIER 1791) ASSEMBLÉE NATÎQNALE.

sommes fut celui des Amis de la constitution monarchique. Un arrêté de la municipalité, du 15 janvier, l'avait autorisé à reprendre ses séances. Aussitôt il y eut un soulèvement général contre cette réunion. 11 faut croire qu'en effet elle était redoutable. Il est certain que, dès le début, elle se composa d'environ six cents membres, dont plusieurs appartenaient à l'assemblée : Clermont-Tonnerre en était le président.

Une déclaration de la Société de 89, proposée et rédigée par Condorcet, rendit tout de suite évident, aux yeux du public, que ce club ne devait pas être compté, malgré son titre, parmi les constitutionnels purs. Voici cette déclaration : « La Société de 1789, ayant pour objet de développer et de perfectionner les principes d'une constitution libre et d'accélérer les progrès de Yart social ,

« Doit regarder comme absolument incompatibles avec ses vues, celles de toute association qui, méconnaissant les progrès possibles des lumières et de la perfectibilité humaine et sociale, et se vouant à repousser toute espèce d'opinion vraie ou fausse, qui ne serait pas exclusivement favorable à une forme particulière de constitution, annoncerait l'intention de protéger spécialement un des pouvoirs qui en font partie.

« Fondée par l'amour de la vérité, qui ne peut se séparer de celui de la liberté, elle doit soigneusement rejeter toute idée de dépendance ou d'attachement exclusif, soit à un individu, soit aux prérogatives de telle place en particulier. Elle croit donc, sans nuire à l'indépendance personnelle de ses membres, indépendance qu'elle fait profession de respecter jusqu'au scrupule, pouvoir noûseulement exiger d'eux une renonciation absolue à toute association dont ils ne pourraient adopter les principes, sans renoncer à ceux de la société; mais se réserver le droit de leur désigner ces associations lorsqu'elle serait instruite de leur existence.

« En conséquence elle déclare :

« 1° Que ses membres renoncent à toute association dont les principes ne peuvent se concilier avec le but que la société s'est proposé ;

« 2° Que le club des Amis de la constitution monarchique est une de ces associations, et qu'ainsi on ne peut être à la fois membre de ce club et de la Société de 1789; '

« 5° Qu'elle regardera en conséquence l'admission dans le club de la constitution monarchique comme une renonciation à la Société de 1789;

« 4° Qu'il sera donné communication de cet arrêté à tous ceux qui se présenteront pour être admis à la Société de 1789. »

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