ADRESSE DES JACOBINS
3 septembre, fait remarquer que des citoyens en grand nombre s'é^ taient joints aux insurgés, et surtout des citoyens pauvres. 11 ajoute : « C'est le rebut du genre humain, dit la canaille de la cour ; mais pour l'observateur et le philosophe, c'est la seule partie saine de la société.
« Le directoire rend compte des événements comme la municipalité ; ce qui prouve qu'ils ne valent pas mieux l'un que l'autre. Ainsi, dans tout le royaume, les nouveaux corps composés des membres gangrenés des anciens, infesteront toujours l'établissement du règne de la liberté et s'entendront avec le gouvernement comme fripons en foire. Divine Providence, prends pitié de tes enfants! Toi qui tiens dans tes mains tous les fléaux de la nature , choisis celui qui conviendra le mieux à tes saints décrets, pourvu qu'il nous débarrasse enfin de cette engeance maudite et qu'il l'extirpe radicalement du milieu de nous ! »
Les jacobins de leur côté envoyèrent aux départements l'adresse suivante rédigée par Alexandre Lameth.
Adresse de la société des Amis de la constitution de Paris aux sociétés qui lui sont affiliées.
«Les amis de la constitution ne cessent de veiller pour le salut de la chose publique ; soit que la liberté paraisse menacée par des entreprises funestes, soit que l'observation des lois soit troublée par la licence ou l'erreur, leur sollicitude est la même. Avec ce zèle infatigable qui poursuit incessamment les complots des ennemis de la patrie , ils s'empressent d'éclairer ceux qu'une effervescence dangereuse pourrait égarer sur leurs devoirs. Le maintien de l'ordre, l'exécution des lois, le respect des propriétés, ne sont pas moins l'objet de leurs soins que la recherche des abus, la défense des opprimés et la surveillance des dépositaires du pouvoir.
Bornés à l'influence de l'opinion, ils défendent la constitution par la propagation des lumières et de l'esprit public ; leurs écrits, leurs discours tendent sans cesse à entretenir le courage civique qui a fondé la liberté, qui doit la défendre ; et les principes d'ordre social qui la maintiennent, qui en répandent les fruits, qui la font chérir à tous.
Dirigés par ces sentiments , nous croyons , messieurs , pouvoir en ce moment présenter à votre patriotisme un moyen de servir efficacement la chose publique. De grands mouvements, de grands désordres se sont manifestés dans plusieurs régiments de l'armée. L'ordre a été rétabli ; mais la nation est en deuil des événements qui se sont passés : elle n'est pas encore tranquille sur l'avenir.
56 (septembre 1790) ASSEMBLÉE nationale.
» De la méfiance, des torts réciproques entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent , des manœuvres odieuses , des insinuations perfides des ennemis de la patrie , ont égaré nos frères , nos défenseurs. Si la justice doit remonter aux causes de ces désordres , si elle doit en rechercher les vrais auteurs , si elle doit les punir sans distinction d'état , de grade, de rang , de dignité , confions- nous à elle et laissons-lui ce pénible ministère. Nous, citoyens, nous pouvons en remplir un plus doux et non moins utile.
Membres des sociétés établies dans les villes où sont les troupes de ligne , et où quelques semences de troubles ont excité vos alarmes, employez tous vos soins à y ramener Tordre et à y établir cette union, cette franchise, cette cordialité, qui conviennent si bien à des militaires. En rappelant la paix parmi eux, vous rappellerez la tranquillité et la confiance dans la nation.
Dites-leur qu'un aveuglement funeste égare leur patriotisme; que, livrés aux suggestions des ennemis de la patrie, ils travaillent, sans le vouloir, à détruire cette constitution qu'ils ont juré de maintenir; que, tandis que les bons citoyens sont alarmés de ces désordres, les méchants s'en réjouissent et se flattent d'opérer, par l'insubordination de l'armée , la ruine d'une constitution qui s'est formée à l'abri de son civisme.
Le plus noble désintéressement a toujours caractérisé les militaires français ; quand l'intérêt public a parlé, ils ne consultent point le leur ; mais l'horreur de l'ingratitude doit faire impression sur des âmes généreuses. Une grande révolution vient d'abattre presque tous les corps qui existaient dans l'ancien gouvernement; ceux qui n'ont pas été détruits ont perdu la plupart de leurs avantages ; l'armée seule en a recueilli : tandis que tous les fonctionnaires publics ont vu réduire leurs salaires, ceux des militaires ont été augmentés ; toutes les injustices dont ils soutiraient ont été réprimées ou sont près de l'être ; tous les avantages compatibles avec les devoirs de leur profession , leur ont été accordés ou promis.
Quoi ! la nation obtiendrait-elle moins d'eux par sa bienveillance et par sa justice , que l'ancien régime n'en obtenait par la rigueur
et par l'oppression? Mais de plus nobles motifs auront plus d'empire sur eux.
Dites-leur que si les peuples ont attaché tant de considération à la profession des armes, ce n'est pas seulement la valeur et le mépris de la mort qu'ils ont voulu récompenser ; que d'autres devoirs non moins utiles , non moins glorieux , attachent les soldats à leur patrie. Toujours prêts à accourir à la voix des magistats, pour le
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maintien de Tordre publie , c'est sur eux que reposent la sûreté et la tranquillité des citoyens. Leurs armes leur ont été remises pour assurer l'exécution des lots , de même que pour repousser les ennemis de l'État; et le citoyen, se confiant en eux, repose en paix à l'abri de leur courage et de leur vigilance. Ainsi, troubler l'ordre public qu'ils sont chargés de maintenir, tourner contre les lois les armes qu'ils ont reçues pour les détendre , abuser du dépôt que la nation a remis dans leurs mains , ce serait violer à la fois tous les devoirs, ce serait trahir la confiance et manquer à l'honneur.
Qu'ils le sachent, c'est assez : la patrie n'a rien à craindre d'eux, quand ces vérités leur seront connues.
Dites aux chefs que les soldats, pour leur être subordonnés, n'en sont pas moins leurs compagnons d'armes ; que ce titre appelle la bienveillance réciproque; que l'autorité ne perd rien de sa dignité en se conciliant l'affection ; et que s'ils ont le droit de réclamer l'obéissance au nom de la loi , ils ont le devoir de la rendre facile par la confiance.
Dites aux soldats que chaque état impose des devoirs; que l'engagement qu'ils contractent les soumet aux règles que l'intérêt de la nation a dictées ; qu'il ne peut point exister d'armée sans discipline , et de discipline sans obéissance ; que l'obéissance prescrite par les lois est un titre d'honneur.
Dites à tous que le bien de la patrie leur fait un devoir de se concilier et de s'unir ; que la nation a les regards fixés sur eux , et qu'elle attend de leur patriotisme cette unité d'efforts et de volontés qui peuvent seuls la rendre tranquille au dedans et imposante au dehors.
Dites-leur que la liberté, qu'ils ont défendue et qu'ils chérissent, ne saurait exister avec des armées indisciplinées ; que le respect des lois est nécessaire pour assurer et maintenir cette liberté que l'énergie du patriotisme a conquise , et que c'est à ce signe désormais que l'on reconnaîtra s'ils sont Français et citoyens.
Telles sont, messieurs, les idées que nous avons cru utile de répandre dans les circonstances présentes. Nous en laissons le développement à vos lumières, à votre patriotisme, et nous nous reposons avec confiance sur tout ce qu'il saura vous inspirer. »
La municipalité de Paris ordonna une pompe funèbre au champ de Mars, afin de consacrer la mémoire de ceux qui étaient morts à Nancy pour Tordre public et la liberté. Elle fut célébrée le 20 septembre. Camille Desmoulins et Maral remarquent que la douleur publique n'avait pour objet ni les soldats allemands, ni les Liégeois, ni les
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trente-six hussards tués en maraude, mais plutôt les vingt-huit Suisses pendus, et le malheureux supplicié par la roue. L'Ami du Peuple dit en note : « Cette farce politique était d'une magnificence incroyable; toute l'enceinte du champ de Mars se trouvait tendue de drap noir, et les tribunes étaient peintes en larmes : qu'on juge des sommes prodiguées pour cette vaine pompe, dans un temps où règne la plus profonde misère, dans un temps où les pauvres meurent de faim ! Mais de quel droit la municipalité jette-t-elle de la sorte les fonds de la commune? les sections doiventr-elles souffrir que la substance de la veuve et de l'orphelin serve au faste des ennemis de la patrie? »
Nous mettrons en regard des feuilles révolutionnaires l'opinion de Y Ami du Roi sur l'affaire de Nancy, sur Bouiilé et sur la cérémonie funèbre. Cet article est du mercredi 22 septembre. « Les soldats-citoyens moissonnés dans la fatale journée de Nancy étaient d'autant plus dignes de notre reconnaissance et de nos éloges, qu'ils ont sacrifié leur vie au maintien de l'ordre. On n'a que trop célébré, depuis le commencement de la révolution, des exploits d'un autre genre. Les héros de Nancy, guidés par le véritable courage, se sont immolés pour rétablir la tranquillité publique, la discipline militaire, l'obéissance due à l'autorité légitime ; ils sont morts victimes du devoir et de la fidélité, en combattant contre des séditieux et des rebelles. Depuis le jour à jamais déplorable où nous avons vu l'anarchie s'établir sur les ruines du trône et les débris des lois, c'est le premier exemple de la force publique déployée avec éclat contre les infracteurs de l'ordre social ; et ceux qui l'ont donné sont les vrais patriotes, les vrais amis de la liberté.
« Faut-il être étonné que les factieux et les mutins, dont la fureur impunie désole depuis si longtemps la capitale, aient été consternés de cet acte de vigueur, qui semble annoncer le même châtiment à tous ceux qui sont coupables du même crime? Sous le vain prétexte de plaindre et de venger de braves citoyens morts au champ d'honneur, et dont le sort glorieux n'est digne que d*enviet ils ont outragé le chef intrépide qui les guidait au combat, et qui ne devait s'attendre qu'à des acclamations de la part de tous les bons Français. Les Tuileries ont retenti des cris de leur rage impuissante, et des journalistes aveuglés par le fanatisme de la licence n'ont pas rougi d'être les échos impurs de cette horde de brigands.
« La capitale, qui dans cette occasion n'est que l'interprète des sentiments de toute la France, vient de déclarer hautement ce