LA HONGRIE S. LES SUCCESS. DE ST. ETIENNE
la Hongrie le proteclorat de l'empire grec. La Hongrie repoussa la tutelle de Tétranger; Etienne III mourut sur le trônede son père. Son frère, Bêla III (1173-1196) élevé en partie à Gonstantinople, fut accueilli avec défiance par la nation hostile aux Byzantins ; le primat de la Hongrie se refusa à le couronner et il dut recourir à Tévêque de Kalocsa. Il triompha de ces défiances et montra une habileté et une modération qui lui concilièrent le cœur de ses sujets et l'estime de ses voisins. Il épousa la princesse Marguerite de France, fille de Philippe-Auguste et veuve du prince Henri d'Angleterre. A l'occasion de ce mariage, il fit dresser pour le roi de France un curieux document, un état des revenus du royaume de Hongrie.
Les règnes de ces trois princes furent signalés par des guerres avec les Russes de Galicie et avec Venise. Koloman avait vu son empire ravagé par les Gumans avec la complicité de Volodar, prince de la Galicie orientale, dont la capitale était Premysl. Il avait attaqué Volodar, mais avait échoué au siège de cette ville. Etienne III, entreprit de venger son père; il conquit Premysl (1127) mais plus tard il fut refoulé par les Polonais unis aux Russes. Un peu plus tard, Geiza II prêta le secours de ses armes à son beau-frère le grand prince de Kiev, contre les princes de' Souzdal et de Zvenigorod; sous le règne de Bêla III, le prince de Premysl, Vladimir dut s'enfuir en Hongrie : Bêla profita de cette circonstance pour établir son fils André en Galicie d'où il fut bientôt chassé avec l'aide des Polonais. Cependant Bêla avait obligé une partie de la Galicie à lui prêter hommage; cette intervention fut le point de départ des prétentions hongroises sur la Galicie , prétentions qu'André II crut pouvoir justifier en prenant le titre de roi de Galicie et de Lodomerie. L'Autriche les a reprises depuis, lors du premier partage de la Pologne.
La république de Venise en voyant la domination hongroise définitivement établie sur le littoral de l'Adriatique avait pris ombrage de ce redoutable voisinage. Le doge Falieri réclama l'alliance et les subsides de la cour de Gonstantinople, également menacée par Tagrandissement de la
Hongrie. Il équipa une flotte et attaqua les places fortes du littoral; les Vénitiens occupèrent Zara, Spljet (Spalato), Trogir (Trau) Belgrade et Sibenico. Dans les guerres qui suivirent, la ville de Belgrade , où Koloman s'était fait couronner, fut entièrement détruite; Zara resta aux Vénitiens. La Dalmatie retomba au pouvoir de Bêla III ; il traita libéralement cette province et en confia la défense à la famille désormais historique des Frangipans ou Frankopans (1181).
Les rapports de la Hongrie avec les deux empires voisins d'Allemagne et de Byzance établirent dans toute l'Europe la renommée de sa puissance. Le roi Louis VII et l'empereur Conrad allant à la croisade, traversèrent la Hongrie (1147). Louis VII dans ses lettres à Suger se loue fort du bon accueil qu'il a reçu : le chroniqueur allemand Otto de Freisingen fait de la Hongrie un tableau assez peu flatteur et représente les Magyars comme des barbares bien disciplinés. « On peut, dit-il, accuser la fortune ou s étonner de la patience divine qui a donné à de tels monstres une terre aussi agréable. 5> Les relations nouées avec la France aboutirent au mariage de Bêla III avec la princesse Marguerite. Les étudiants hongrois commencèrent à venir à Paris. En 1189 l'empereur Frédéric Barberousse traversa le pays à la tête de la troisième croisade ; il fut reçu avec une grande pompe : des fêtes magnifiques ont eu lieu en son honneur ; Constance, fille de Bêla fut fiancée au duc de Souabe. Le»s relations avec l'empire byzantin furent moins amicales ; à diverses reprises Gonstantinople essaya d'imposer sa tutelle à la Hongrie ; la Hongrie soutenue par le roi de Bohême, Vladislaw repoussa énergiquement ces prétentions (1165).
André 11 (f «•ft-t«S5); la bulle d'Or (1999).
Les deux fils de Bêla III, Emerich (Imré) et André, régnèrent tous les deux, le premier de 1196 à 1203, le second de 1205 à 1235. Bêla III empêché par la in ort d'ac^
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complir le vœu qu'il avait fait d'aller en Palestine, avait fait promettre à André d'accomplir l'engagement paternel. André réunit des troupes et de l'argent ; mais il les tourna contre son frère dont sa jalouse ambition ne pouvait admettre la souveraineté. Le pape Innocent III dut intervenir : André se contenta du gouvernement de la Croatie et de la Dalmatie. Mais il ne réussit point à conserver Zara que les Vénitiens reprirent avec l'aide des croisés (1203). Emerich mourut en 1204; son fils le jeune Ladislas m ne régna qu'un an. En 1205, André II (1205-1235) monta sur ce trône, objet de ses convoitises. Les débuts de son règne ne furent pas heureux ; il avait épousé Gertrude de Méran qui fit venir à la cour de Hongrie son frère Berthold, prélat de mœurs débauchées et obtint pour lui l'évêché de Kalocsa. Berthold et sa sœur s'entourèrent de créatures scandaleuses. Non content du siège de Kalocsa, l'évêque étranger entassait sur sa tête les dignités les moins méritées. Ban de Slavonie,Voïévode de Transylvanie, il prétendait être l'égal du primat ; un crime inouï porta à son comble l'indignation publique ; Berthold osa attenter à l'honneur de la femme du Palatin. Le peuple se souleva ; Berthold eut le temps de quitter le royaume ; la reine Gertrude fut massacrée avec quelques-uns de ses favoris. Ce fut pourtant cette reine si justement impopulaire qui donna le jour à la pieuse princesse, Elisabeth de Hongrie, mariée en 1221, au landgrave de Thuringe, l'une des mystiques héroïnes du christianisme, celle dont Montalembert à écrit l'histoire. ^
André était en &alicie à l'époque où ces événements tragiques s'accomplirent; il s'efforçait vainement d'imposer à cette province russe et orthordoxe la souveraineté de sa maison et l'union avec l'église romaine. Sa douleur ne paraît pas avoir été fort vive : car peu de temps après il épousa Yolande de Courtenay, parente des empereurs latins de Gonstantinople. Peut-être espérait-il arriver luimême au trône de Byzance ; mais il fallait se montrer au monde latin et se poser en défenseur de la religion chrétienne. André se décidA à partir pour la croisftde; le départ
de l'expédition devait avoir lieu à Spalato ; mais les vaisseaux manquaient. Venise consentit à en louer; cette fois encore elle justifia sa devise : Siam Venezicmi, poi cristiani ; elle exigea que Zara lui fut cédée à perpétuité. André eut en outre à payer des sommes considérables. Il dut mettre en gage jusqu'aux trésors des églises. Il partit au mois d'août 1217; malade durant l'expédition, il revint sans gloire dans son pays ; à son retour il assura aux chevaliers hospitaliers de larges revenus sur les biens de la Hongrie. Le seul résultat sérieux de son voyage, ce furent les alliances qu'il conclut avec les princes de la chrétienté; il maria son fils aîné Bêla avec la fille de l'empereur Lascaris, son fils cadet à la fille du roi Léon d'Arménie, sa fille au roi de Bulgarie, Asen.
A son retour il trouva la Hongrie dans de grands désordres; depuis la mort de Koloman l'autorité royale avait fort diminué dans le Royaume ; une féodalité oligarchique s'y était développée ; le clergé avait acquis des biens séculiers. La royauté arpadienne pour être héréditaire n'était pas incontestable ; la primogéniture n'était pas reconnue par les princes de la famille et nous avons déjà vu se produire sous différents règnes de redoutables compétitions. Lo souverain était donc obligé de s'assurer l'appui des grands seigneurs terriens, laïques ou ecclésiastiques. H se dépouillait peu à peu de ses domaines au profit d'une minorité avide et puissante. La petite noblesse était dédaignée; les diètes se réunissaient moins souvent. Les hauts dignitaires, de l'église enrichis par ces donations, formaient un état dans l'état et s'appuyaient sur le pape pour mieux résister à la volonté royale. Le Saint-Siège, fidèle aux traditions de Grégoire VII, s'efforçait d'exercer dans le royaume une autorité parallèle ou supérieure à l'autorité royale. Le clergé offrait de scandaleux exemples de corruption. Le mal du royaume appelait un prompt remède. Bien loin d'oser prendre des mesures énergiques, André cédait de plus en plus au torrent qui avait entraîné ses prédécesseurs; en 1219, il accordait l'hérédité et l'inviolabilité des donations et dignités de toute sorte qui