‹ Histoire de l'Autriche-HongrieChapitre 11 sur 47 · LA HONGRIE S. LES SUCCESS. DE ST. ETIENNE · texte numérisé non relu

LA HONGRIE S. LES SUCCESS. DE ST. ETIENNE

avaient été concédées par ses prédécesseurs ; c'était créer une véritable oligarchie, dont la royauté et le menu peuple dépendaient désormais. La majorité de la nation s'inquiéta de cette mesure et une diète fut convoquée pour Tannée 1222. Cette diète vota la constitution nommée bulle d'or, qui est la grande charte de la Hongrie. André II, prenant le titre de roi héréditaire de Hongrie, Dalmatie, Croatie (Rama) Serbie, Galicie et Lodomérie, promulguait solennellement les privilèges de la nation ou plutôt de la petite noblesse. Il s'engageait à tenir chaque année une diète solennelle dans la ville d'Albe Royale (Székes Fejervar). — A n'emprisonner aucun noble qu'il n'eût été poursuivi régulièrement et condamné — A ne lever sur les terres des nobles ou gens d'église, aucun impôt. — Les nobles désormais ne seraient pas tenus d'accompagner le roi à leurs frais au dehors des frontières du royaume. — Un procès qui entraîne pour un noble la perte de la tête ou des biens, ne peut être jugé par le Palatin, sans que le roi en soit informé — Le roi s'engage à indemniser les familles nobles dont un membre périt à la guerre — Les hôtes (ou colons) qui s'établissent en Hongrie, ne peuvent être admis à aucune dignité sans l'approbation de la diète. — Désormais les comitats et les emplois ne seront plus donnés à titre héréditaire — Les dîmes doivent être levées en nature et non en argent. — Les étrangers ne peuvent devenir possesseurs de terres. — Telles sont les principales dispositions de cette constitution qui compte trente et un articles ; le dernier porte que sept copies identiques de la bulle d'or seront déposées chez le pape, chez les hospitaliers, au Temple, chez^le roi, au chapitre de Gran, au chapitre de Kalocsa et aux mains du Palatin, qui doit veiller spécialement à ce que le roi et les nobles observent cette charte : si le roi venait à la violer, « les évêques, les nobles du royaume ont le droit de faire remontrance, de résister au souverain, sine nota alicujus infidelitatis:» c'est-à-dire sans s'exposer à l'accusation de haute trahison. Ce dernier article devait jouer un grand rôle dans l'histoire de la Hongrie ; par lui s'expliquent les rébellions qui

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donnent à l'histoire de ce pays, essentiellement conservateur, un caractère révolutionnaire. On le retrouve plus tard dans la déclaration des Droits de Thomme. La constitution d'André II est loin de répondre à Tidéal des états modernes ; elle fut cependant un progrès considérable ; elle maintint l'unité de la Hongrie en empêchant le morcellement du pays de se produire par l'hérédité des fonctions. Elle assurait à la nation — à la noblesse bien entendu — une part sérieuse dans l'examen des affaires publiques; elle obligeait le roi à respecter le droit de la nation en jplaçant ses actes sous le contrôle du Palatin ; le rôle du Palatin est la mise en pratique de la responsabilité ministérielle, telle qu'on la comprend aujourd'hui. C'est un véritable chef de cabinet.

Peu de temps après la promulgation de la bulle d'or, les Saxons de la Transylvanie reçurent une charte spéciale qui réglementa leurs privilèges ; leur autonomie politique et religieuse fut confirmée; ils durent ne reconnaître d'autre autorité qu'un comte nommé par le roi. Us devaient en échange fournir cinq cents hommes armés au souverain, en cas de guerre défensive, cent pour les expéditions à l'étranger. En 1231 la bulle d'or fut de nouveau jurée solennellement ; elle était augmentée de dispositions supplémentaires. Les prélats sont tenus de figurer aux diètes annuelles d'Albe royale.— Si le Palatin a mal gouverné, les états peuvent en désigner un plus digne. — Les emplois publics sont interdits aux Juifs et aux Musulmans.

liUtte eonlre le* nioiigolti (f9S9-lt4t) et la maison d'Aotriehe ) le* derniers rois de ia dynastie armulienne (19SSlS9t).

La bulle d'or a assuré à André II une place notable dans l'histoire de la Hongrie ; au fond ce fut un assez triste souverain. Gomme Jean-sans-Terre, il a attaché son nom à un document législatif dune haute importance; mais Comme lui il a laissé la réputation d'un prince médiocre et sans caractère. Son fils Beia IV (1235-1270) s'annonça

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sous de meilleurs auspices. Il tint tête aux ennemis du dedans et du dehors, notamment à l'empereur Frédéric II, qui prétendait réclamer un tribut de la Hongrie. Malheureusement il eut bientôt affaire à un adversaire plus impitoyable que les Allemands : le khan tartare ou mongol Batou, suivi d'une armée formidable, pénétra à travers les défilés des Garpathes et déboucha dans le bassin de la Tisza. Ces Mongols appartenaient à da même race que les Magyars; mais les Magyars étaient devenus chrétiens et européens : les Mongols païens arrivaient en Europe avec un fanatisme de conquête qui ne peut se comparer qu'à celui des Sarrasins ; mais les Musulmans ont fondé des états et représentaient en somme une forme élevée de la civilisation ; les Mongols, eux, ne savaient que détruire. Terribles cavaliers, ils traînaient avec eux des armes à feu empruntées aux Chinois, et de redoutables machines de siège. Leur courage indomptable était secondé par une inflexible discipline. A l'arrivée de ces barbares, l'alarme fut grande dans tout le pays : l'épée sanglante fut promenée de ville en ville et de château en château. Les Cumans, qui formaient l 'avant-garde de la résistance nationale, ne réussirent point à arrêter le flot dévastateur; Vacz (Waizen), tomba aux mains des Mongols. Le roi Bêla ne trouva de secours qu'auprès de son voisin Frédéric d'Autriche. Dans l'affolement général , les Cumans furent accusés de trahison ; leur chef et les principaux d'entre eux lurent exécutés; cette population indignée passa du côté des envahisseurs. L'armée royale atteignit l'armée de Batou sur les bords du Sajo (affluent de la Tisza). Elle y éprouva une défaite épouvantable. Cent mille hommes périrent, suivant les uns, soixante mille suivant les autres. Fere extinguitur militia regni Hungariee, écrit l'empereur Frédéric. La Hongrie était jusqu'au Danube en proie aux barbares. Pesth fut prise ; Varad succomba après une hé- Toïque résistance; Csanad fut détruite. Les Mongols poussèrent jusqu'en Croatie; les Croates les arrêtèrent sur le champ de bataille de Grobnik (1241). Bêla, à travers mille aventures s'enfuit en Autriche* Le duc Frédéric, au-

quel il avait confié sa famille et ses trésors, abusa malhonnêtement de la misère du roi vaincu. En échange de l'hospitalité qu'il lui offrait, il se fit céder trois comitats hongrois les plus voisins des états autrichiens. Bêla échappa heureusement à ce perfide voisin et se retira en Croatie. Cependant la chrétienté commençait à s'émouvoir; le roi Vacslav de Bohême invoquait pour la Hongrie le secours des princes; le pape faisait prêcher la croisade. L'empereur, avec le désintéressement habituel aux souverains allemands, s'offrait à sauver la Hongrie, à condition d'en recevoir l'hommage. Cependant l'hiver était arrivé; en gelant la surface des fleuves, il devenait l'auxiliaire des envahisseurs; les Mongols passèrent le Danube, prirent Gran, dont tous les habitants furent massacrés ; Albe Royale et Nitra (la Nitra de Svatopluk) résistèrent. Les Mongols voulaient à tout prix s'emparer de la personne du roi : Bêla s'enfuit jusqu'en Dalmatie, à Spalato d'abord, à Trau (Trogir) ensuite. Les barbares arrivèrent jusque sous les murs de cette ville; mais ils ne réussirent pas à s'en emparer; les Slaves de Dalmatie et les colons italiens leur livrèrent de rudes combats ; refoulés , les assiégeants poussèrent jusqu'à Raguse. Ils auraient pénétré plus loin encore, mais soudain leur chef Kadan reçut l'ordre de revenir sur ses pas ; les hordes asiatiques retournèrent en Asie : on ne sait au juste quel motif les y rappela. Peutêtre Batou avait-il appris la mort du grand khan Ogdaï. Peut-être ne trouvant plus rien à détruire, les envahisseurs craignaient-ils de succomber à la famine au milieu d'un pays ravagé. D'affreuses cruautés marquèrent les derniers jours de leur éphémère domination.

La Hongrie répara peu ' peu ses ruines; des colons allemand?? comblèrent les vides de la population ; les villes se rebâtirent ; elles furent entourées de remparts plus solides, ornées de plus remarquables édifices. L'état magyar n'était pas encore assez civilisé pour avoir beaucoup perdu dans la tourmente.

11 allait désormais avoir à lutter contre un ennemi plus tenace et peut-être plus dangereux, contre la maison

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