‹ Histoire de l'Autriche-HongrieChapitre 9 sur 47 · U HONGRIE S. LES SUCCESS. DE ST. ETIENNE · texte numérisé non relu

U HONGRIE S. LES SUCCESS. DE ST. ETIENNE

ner à Belgrade, roi de Croatie et de Dalmatie. La Croatie se trouva dès lors vis à vis de la Hongrie dans le même rapport où la Hongrie elle-même fut plus tard vis à vis de l'Autriche. Désormais les destinées des deux royaumes de saint Etienne et de Zvonimir se confondent ; mais la Croatie conserve une individualité plus ou moins définie. La personne du ban ou vice-roi, personnifie l'autonomie de l'état slave associé depuis cette époque à l'état magyar. Les Croates avaient librement choisi le roi qui s'était engagé à respecter leurs institutions ; ils conservaient le droit de régler comme ils l'entendaient leur administration intérieure, de nommer les évêques, les joupans, d'accorder Findigénat à qui il leur convenait. La Croatie gardait sa monnaie, son armée nationale et ses impôts. Le pacte conclu alors règle encore aujourd'hui en partie les rapports des deux royaumes et les Croates invoquent avec orgueil cette maxime de droit public : regnum regno non prœsmbit leges.

Roloman reprit et continua l'œuvre législative d'Etienne et de Ladislas ; il améliora et adoucit les lois pénales de son prédécesseur. H eut l'espritr assez libéral, assez éclairé pour supprimer les procès de sorcellerie, « attendu qu'il n'existe pas de sorcières : De strigis quœ nullœ sunt^ ne ulh qucBstio fiât. » Il multiplia les trjj)unaux, restreignit les duels judiciaires, s'efforça d'établir une distinction rigoureuse entre la discipline laïque et ecclésiastique. Le célibat des prêtres devint obligatoire.

La fin du règne de Koloman fut troublée par les révoltes et les conspirations de son frère Almos, mécontent d'avoir perdu le gouvernement de la Croatie. Après lui avoir plus d'une fois pardonné, Koloman cédant à l'esprit barbare du temps, fit crever les yeux à son frère et à son neveu âgé de cinq ans. Cet acte de brutalité est le seul que l'histoire reproche à ce souverain éclairé qui agrandit le territoire du royaume, étendit ses limites jusqu'à la mer et le fit définitivement entrer dans l'Europe civilisée.

Parmi les rois qui pendant le douzième siècle occupent le trône de la Hongrie, aucun ne saurait se comparer à

Koloman ni à Ladislas le saint. Etienne II, fils de Koloman, n'avait que treize ans lors de son avènement. Il mourut à trente ans sans avoir rendu de grands services à son pays. Il désigna pour lui succéder ce même fils d'Almos que Koloman avait fait aveugler, et qui régna sous le nom de Bêla II TAveugle (1131-1141); il exerça de cruelles représailles contre ceux qu'il soupçonnait d'avoir été les auteurs de sa misère; on raconte qu'en un seul jour, à la diète d'Arad (il32) il fit tuer soixante-huit de ses ennemis. Geiza II, (1141-1161) fils aîné de Bêla, lui succéda à l'âgé de dix ans : son règne fut relativement heureux; il est marqué par un événement considérable au point de vue de l'histoire intérieure de la Hongrie : l'arrivée des colons saxons dans la Hongrie septentrionale et la Transylvanie. Fidèle aux doctrines de saint Etienne, Geiza II les établit dans le comitat de Zips (Szepes) au pied des Garpathes et dans le bassin de la Maros sur la rive gauche de la Tisza inférieure. Les Allemands s'entendaient à merveille à défricher les forêts qui couvrent les flancs du Tatra ; ils y fondèrent vingt-quatre villes qui eurent le droit d'élire leurs- magistrats et leurs prêtres 4'après des statuts rédigés en leur langue.

Ils n'avaient envers le roi que des obligations fort restreintes : lui fournir un certain nombre de soldats, reconnaître dans les proce© sa juridiction suprême. Les Saxons de Transylvanie jouissaient d'une véritable autonomie. Uniques propriétaires du sol, ils avaient le droit d'empêcher un Magyar ou un Szekely (Sicule) de s'y établir : ils rédigeaient eux-mêmes leurs lois dans des assemblées nationales [universitas nationis saxonicœ] . Il est fort important de noter au moment où elles s'établissent, ces institutions qui dans un pays de droit historique et de nationalités diverses comme la Hongrie ont encore aujourd'hui un intérêt politique.

Le règne d'Etienne III, fils de Geiza II (1161-1173), fut troublé par la compétition de ses deux oncles Etienne IV et Ladislas. L'empereur de Byzance, Manuel, favorisa Etienne IV son gendre et put espérer un instant d'imposer à

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