I. Cosmogonie chinoise des HSngs
Texte de la 2. Uu pcuplo qui a le privilège d'attirer en ce moment l'atten-
eosmogonic . , . . .
chinoise tiou do l'Europo et dont l'antique civilisation a vu récemment ses
d'après
Confucius murailles si longtemps fermées aux races étrancrères, s'ouvrir de-
etLao-tseu. ,,,-,,, n »
vant lepée des deux plus grandes puissances de l'Occident, la Chine , le vaste empire du miheu , dans son isolement séculaire et la fabuleuse ancienneté de ses traditions, nous montre fièrement ses Kings ou Livres sacrés. Voici leur cosmogonie , d'après les commentaires chinois les plus accrédités : « Au commence- )) ment, quand il n'y avait encore ni Thaï-Khi^ ni ciel, ni terre, » la Raison {Li), qui produit sans bornes, existait dès lors. Bien » qu'elle ne puisse être représentée par aucune image, bien qu'il » n'y ait aucun nom qui puisse la nommer, elle est infinie en tout » genre, et on ne peut rien y ajouter *. — On appelle Thaï-Khi lat 0 matière première ; avant qu'il y eût encore ni ciel ni terre, elle » composait une masse informe dans le chaos ^. — La Raison sub- » sistait dans un; c'est elle qui a fait et divisé le ciel et la terre, » converti et perfectionné toutes choses ^. — Dans l'univers il y a
1 Commentaires de Koung-ing-ta,' descendant de Koung-fou'tseu (Confucius), r^roduits dans la grande édition impériale des King?. — Annales de philosophie chrétienne, numéro de février, 1861, pag. 139. — Les ciUitions que noui empruntons aux deux articles publiés par M. Pauthier, intitulés : Mono théisme primitif des Chinois, sont reproduites dans les Aimales en caractèrei chinois, et accompagnées d'une traduction latine littérale et d'une traduc* tipn française. On ne peut donc suspecter leur authenticité.
* Annales de philosophie, loc. citât., pag. 137. — ^ ibid., pag. 143.
CHAP. II. — COSMOGONIE CHINOISE DES RTNftS. 83
N l'esprit et la matière. Ce qu'on entend par Esprit {Li)^ c'est la Rai- » son qui est au-dessus de toute figure et qui est comme la racine » d'où sortent tous Ijes êtres. Ce qu'on entend par la matière {Khi)y )) c'est le vase sujet à la figure et l'instrument dont tout est fait *. » — Cinq 'éléments (qui sont l'eau, le feu, le bois, le métal et la » terre 2), à l'état de repos et de mouvement, composent la matière » limitée {Thaï-Khi)^ laquelle a pour origine Celui qui n'a point de » limites ^. — La Raison est donc la source et l'origine du ciel et » de la terre *. — Le Taô ou la Raison p7nmordiale a produit un (ou » l'unité); un ou Vunité a produit deux ou la dualité; deux ou la » dualité a produit trois ou la ti'iade ; trois ou la triade a produit » l'universalité des êtres ^.
» Les formes matérielles de la grande puissance créatrice ne » sont que les émanations de Taô ou la Raison suprême. C'est la M Raison suprême qui a produit les êtres matériels existants. (Avant), » ce n'était qu'une confusion immense, un chaos indéfinissable. » C'était un chaos, une confusion inaccessible à la pensée humaine. ») Au milieu de ce chaos, il y avait une image, indéterminée, con- )) fuse, indistincte au-dessus de toute expression. Au miheu de ce » chaos, il y avait des êtres, mais des êtres en germes, des êtres » imperceptibles, indéfinis. Au milieu de ce chaos, il y avait un » principe subtil , vivifiant. Ce principe subtil, vivifiant, c'était la » suprême vérité. Au milieu de ce chaos, il y avait un principe de » foi. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, son nom ne s'est point » évanoui ^.
» Ce principe suprême est la cause efficiente ou primordiale du » ciel et de la terre; désigné sous le nom d'Etre, c'est la mère de
1 Annales de philosophie, loc. citât., pag. 133. — « Ibid., pag. 135. — * Ibi'd., pag. 141. — * Ibid., pag. 143.
* Esquisse d'une hist. de la philos, chinoise, par M. Pauthier, p. 16. — Cette citation est tirée du Tao-te-King {De la Raison suprême et de la Vertu), ch. XLII. ~ Ouvrage du philosophe chinois Lao-tseu, qui vivait à la fin du vme et au commencement du ix^ siècle avant Jésus-Christ.
« Lao-tseu, De la Raison suprême et de la Ter^u, 21^ section. Nous devons la traduction de ce passage à l'obligeance de M. Pauthier. Ce savant sinologue l'a reproduit à l'art. Cosmogonie. Dictionnaire des gens du monde.
w tous les êtres. C'est pourquoi l'éternel Non-Etre éprouve le désir' » de contempler sa nature imperceptible aux sens , sa nature mer- » veilleuse et divine; c'est pourquoi l'éternel Etre éprouve le dé- » sir de contempler sa nature limitée , sa nature corporelle et phé- » noménale. Ces deux natures ou modes d'être du principe suprême » ont la même origine, et se nomment cependant diversement. En- » semble on les appelle l'indistinct et le profond comme l'azur du » ciel. Cet indistinct et profond comme l'azur du ciel, porté au der- » nier degré, est la source de toutes les intelligences merveil- » leuses.
)) Autrefois, à l'origine des choses, l'unité seule subsistait, uni- » verselle, absolue. Ensuite le ciel est parvenu à l'unité par la » pureté de son essence ; la terre est arrivée à l'unité par son état » substantiel de repos ou d'immobilité durable; les esprits ou in- » telligences subtiles {chin) sont arrivées à l'unité par la subtilité de » leur nature; les vallées parviennent aussi à l'unité par le plein; » l'universalité des êtres obtient l'unité en obtenant la vie *. » ^mfur.iaa 3. Ainsi parlaient Confucius et Lao-tseu, le premier cinq cents ans, '^Foi'^ir. ^^ second six cents ans avant notre ère, en commentant les oracles mystérieux des Rings. Sous les voiles dont s'enveloppe la pensée contemplative des fameux chefs d'école , on peut suivre le développement d'une même pensée, d'une idée commune, dont la formule, plus ancienne que les commentatem-s , dominait leur double interprétation. Cette formule est celle des Y-King ou Livre des Transformations, (( que l'histoire chinoise , dit M. Pauthier, attribue pour » son texte rudimentaire à Fou-Hi, l'inventeur des premiers élé- » ments de l'écriture chinoise, qui vivait, selon les Chinois, trois )) mille trois cent soixante-neuf ans avant notre ère 2, et pom' son n teyte intelligible, aux^développements de Wen-Wang ei de Ichéou-
* Tao-te-King,cha.ç. i. — Esquisse d'une histoire de la philosophie chinoise, pag. 13. Le texte original de ce passage, accompagné d'une traduction littérale, latine et française, a été publié par M. Pauthier, en 1838, dans la première livraison du Tao-te-King.
* On sait qu'en fait de chronologie les Chinois renouvellent et dépassent les exagérations anciennes des Chaldéens et des Babyloniens. Nous auroQi roccasion d'examiner ailleurs leur système.