CHAP. II
COSMOGONIE DU ZEND-AYESTl.
gieuses. A la base de son système, Zoroastre a donc placé une révélation primitive, et, sur ce point, il n'a fait que traduire pour sa nationalité le sentiment traditionnel de tous les peuples. L'analogie la plus frappante que sa cosmogonie offre avec la Genèse, est celle de la division de l'œuvre créatrice en six périodes distinctes. Une telle conformité ne peut être due au hasard ; elle ne se rencontre pas dans les livres sacrés des autres peuples *, et suffirait seule à prouver que l'œuvre de Zoroastre n'est pas originale et qu'il a certainement eu connaissance du livre de Moïse. Les partisans des époques génésiaques pourraient trouver, ainsi que l'a fait judicieusement observer le savant et modeste abbé Guénée, une confirmation indirecte de leur système dans le texte du législateur persan. Il est clair, en effet, qu'au temps où celui-ci rédigea sa cosmogonie, le Yom de l'Eciiture sainte était entendu dans le sens d'une période indéterminée, et qu'il a adopté cette interprétation.
9. Ainsi, soit que Zoroastre, parcourant la Babylonie précisément à l'époque de la dispersion des Juifs dans cette contrée, pendant la grande captivité, ait eu entre les mains le texte même de la Genèse, comme nous n'en doutons pas 2, et que, séduit par la majesté de la piemière page biblique, il ait songé à en étayer sa doctrine; soit qu'il n'ait fait que reproduire de mémoire la tradition hébraïque, confusément saisie par son intelligence, il n'en est pas moins curieux d'étudier son travail, en le comparant avec le récit mosaïque. Moïse, au premier jour, place la création de la lumière. Le
Comparai; détaillée d cosmogon
du Zend Avesta av
celle d< Moïse.
1 « La couforniité est trop grande, dit l'abbé Guénée, pour qu'elle ne soit » qu'une suite des anciennes traditions du genre humain. Plus on lira avec » attention la traduction même du Zend-Avesta , plus on se convaincra que » l'auteur de cet ouvrage a connu et copié les Juifs. » Lettres de quelques Juifs à Vo/ taire, tom. H, pag. 103. — Il faut lire toute cette dissertation du savant et spirituel auteur sur la doctrine de Zoroastre (pag. 94-123), pour être^plelnement éditié sur la bonne foi des attaques que Voltaire dirigeait contre la Bible, à propos du Zend-Avesta, qu'il n'avait pas lu d'abord quand il en faisait un éloge hyperbolique, et dont il disait ensuite, après l'avoir superficiellement parcouru, qu'il n'y trouvait qu'un fatras abominable , dont on ne peut lire deux pages sans avoir pitié' de la nature humaine. Hélas! c'est maintenant le xvnie siècle qui nous inspire une pitié au-desaus de toute expression.
* Lettres de quelques Juifs, tom. II, pag. 103.
92 HISTOIRE i)E l'Église. — première époque.
sage persan devait trouver une contradiction évidente entre l'apparition de la lumière trois jours avant le soleil. Il n'a garde de tomber dans une pareille méprise; et la première période de l'œuvre d'Ormuzd est consacrée à la création du ciel. Sous cette dénomination générale, Zoroastre comprenait sans doute tout l'ensemble des corps lumineux dont l'éclat brille sur notre globe. Cette combinaison devciit lui sembler beaucoup plus raisonnable que celle de la Genèse hébraïque, et le dispensait de fixer une autre époque pour l'apparition de la lumière sidérale, que, dans sa pensée, rien ne l'autorisait à séparer d'une lumière primitive. — Moïse, au second jour, place la création de l'atmosphère, qui divise les eaux supérieures des eaux terrestres. Zoroastre, pour qui le firmament n'était autre chose que le ciel, et qui ne pouvait plus recommencer une création déjà faite, n'est frappé, dans le texte de la Genèse juive, que de cette double désignation des eaux. La seconde période de l'œuvre d'Ormuzd est donc employée à donner l'eau. On pourrait demander au philosophe persan comment son Dieu crée les eaux avant qu'il y eût une terre, et par quelle merveille d'hy- <lraulique elles se soutenaient dans le vide. Cette difficulté, il ne l'a pas prévue, ou du moins il s'est empressé de la faire disparaître en consacrant la troisième période de l'œuvre d'Ormuzd à la création de la terre. La terre, la plus petite planète de notre système solaire, créée deux jours après l'ensemble des corps célestes! Que , n'eussent pas dit les écrivains hostiles à la Bible, s'ils eussent rencontré une semblable théorie dans le récit mosaïque. Zoroastre n'y songeait guère. Moïse avait dit qu'au troisième jour « V aride avait » apparu du sein des eaux, et que Dieu l'avait appelée la Terre;)) cela lui suffit pour qu'à la troisième période Ormuzd, à son tour, créât la terre. En même temps que l'émersion de Varide à la surface des flots et dans la suite du troisième jour génésiaque. Moïse avait indiqué la création des végétaux, réservant le quatrième jour pour l'apparition de la lumière sidérale sur notre globe. Zoroastre n'avait pas à revenir sur cette question tranchée par lui dès la première période, et dont il ne pouvait aucunement soupçonner la gravité. La quatrième œuvre créatrice d'Ormuzd est donc la pro-