‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 18 sur 121 · CHAP. II. — COSMOGONIE INDIENNE DE MANOU ET DES VÉDAS · texte numérisé non relu

CHAP. II. — COSMOGONIE INDIENNE DE MANOU ET DES VÉDAS

« Alors, dit le poète sacré de l'Inde, alors il n'existait ni être, ni » non-être, ni monde, ni ciel, ni rien au-dessus de lui, rien par- » tout, aucun être enveloppant ou enveloppé.

» L'eau n'existait pas; tout était profond et ténébreux.

» La mort n'existait pas.

i) Alors il n'y avait pas d'immortalité, alors \\ n'y avait pas de » distinction de jour ni de nuit; mais Celui-là, VEfre sans nom^ res- 0 pirait sans aspiration, seul avec celle dont il soutient la vie.

» Autre que lui, rien n'existait qui depuis ait existé.

» Des ténèbres étaient là, car cet univers était enveloppé de té- » nèbres; il était indistinctible, comme les fluides mêlés dans les )) eaux; mais cette masse qui était couverte d'une croûte fut enfin » organisée par le pouvoir de la contemplation.

» Le premier désir fut formé dans son intelligence, et il devint ») la semence productive originaire. Les sages l'appellent non-étre, M comme la limite de l'être.

» Le monde a été produit par le Verbe Védique; le non-être exis- » tait dès le commencement. C'est de lui que l'être est né.

» L'âme ou VEsprit suprême était le seul être qui existât dès le )) commencement, et aucun être que lui n'existait.

» Cet Etre éprouva un désir : « Je créerai des mondes ! »

» Il créa ces mondes : Véthéréen^ le lumineux, le mortel, Va- » queux * . »

13. Voilà ce que la théologie contemplative de l'Inde, sous son djambou^ séculaire, en face du grand problème de la création, a produit de plus intelligible. Malgré la forme poétique du récit de Manou, il est impossible de prendre au sérieux la semence productive déposée au sein des eaux, qui devient un œuf, biillant comme Vor, éclatant de mille rayons. On ne comprend pas davantage l'étrange métamorphose du pouvoir créateur, qui, après avoir produit cet

* Le Rishi-Kiranya-Garbha est l'auteur de ce curieux passage, tiré de la Lecture viii* du Rig-Véïîa. Voir la nouvelle traduction française) du RlyVéda, par M. Langlois.

'Nom de l'arbre sacré des Indiens. L'Inde s'appelle dans le langage mystique, DJamboudvipa {Vile de l'arbre Djambou),

98 HISTOIRE DE l'Église. — premièhe ÉroQUE.

œuf, se cacne sous son enveloppe étincelante et en sort transformé en Brahmay principe divin, célébré dans tout l'univers. Que l'auteur ait eu recours à ce procédé pour relier son système à la doctrine des transformations, si chère au génie indien, on peut le concevoir ; mais qu'il n'ait pas reculé devant l'absurdité de la combinaison, cela déconcerte notre bon sens occidental. La raison peut se consoler de cet écliec, en admirant la puissante fécondité de l'œuf mystérieux ouvert après une année d'incubation divine, et dont les débris ont formé le ciel, la terre, l'atmosphère qui les sépare, les huit régions, le grand et éternel abîme des eaux! C'est ici le lieu de s'écrier avec le Rig-Véda, dans un religieux enthousiasme :

« Le Dieu à Vœuf d'or a paru; il venait à peine de naîti^e, et il )> était déjà le seul maître du monde!

» 11 a rempli le ciel et la terre, à quel autre Dieu offririons-nous » l'holocauste? C'est le Dieu qui donne la vie, qui donne la force; » c'est celui dont tous les êtres, dont tous les dieux subissent et )) honorent la suprême loi; c'est celui auprès de qui l'immortalité » et la mort ne sont que des ombres.

» C'est le Dieu qui par sa gi^andeur est le seul roi de ce monde, » qui respire et qui voit par lui; c'est le maître de tous les animaux » à deux pieds et à quatre pieds.

)) C'est par lui qu'a été sohdement établi le ciel, par lui la terre, » par lui l'air immense, par lui le firmament; c'est lui qui, dans les 3> airs, conduit la lumière.

» C'est lui que le ciel et la terre, soutenus par son appui, fré- » missent du désir de voir, quand le soleil, dans sa splendeur, se )) lève à l'orient * ! »

14. Une comparaison sérieuse d'un pareil système de cosmogonie avec la Genèse, serait superflue. Les poèmes indiens, dont l'originalité est d'ailleurs saisissante, et dont la forme lyrique sollicite l'attention des httérateurs, ont été étudiés dans leur ensemble. Les excellentes traductions de MM. Colebrooke, Langlois et Poley, ont

1 lecture vne du Rig^Véda. Traduct. de M. Langlois. — Voir les Civilisations primitives en Orient, par Louis-Auguste Martin, membre de la Société Asiatique. In-8^, page 184, Paris, 1861.

Page 1