‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 26 sur 121 · C. Tr/pard, Moïse, tom. I, pag · texte numérisé non relu

C. Tr/pard, Moïse, tom. I, pag

Forma substantialis dat esse simplidter; et ideo per ejus advenfum altquid dicitur generari. S. Thom. Aquin., Summ. TheoL, !■ p., q. lxxvi, art. 4.

140 HISTOIRE DE L'jÉGLISE. — PREMIÈRE ÉPOQUE.

p pas faites ; car le Créateur, l'Etre incréé ne serait pas composé » de créatures. L'âme est faite, et tellement faite, qu'elle n'est rien « de la nature divine, mais seulement une chose faite à l'image » et ressemblance de la nature divine, une chose qui doit toujours » demeurer unie à celui qui l'a formée; c'est ce que veut dire ce » souffle divin; c'est ce que nous représente cet esprit de vie *. » Ainsi l'âme, émission spirituelle du souffle de Dieu, n'est pas plus une émanation de la substance divine, que les créatures matérielles produites par l'émission spirituelle du Verbe de Dieu. A moins de tomber dans l'erreur du panthéisme, on ne saurait soutenir la doctrine de l'émanation.

9. L'athéisme, avec ses désolantes conséquences, ressort du second système. Si l'on n'admet pas la possibilité d'une action directe du principe spirituel sur la matière , on nie par là même la possibilité de la création, et l'on reste en face d'un monde inexplicable, dont l'origine, la fin, la destinée sont autant d'énigmes. Le matérialisme le plus grossier, le plus révoltant, règne dans cet univers, et l'inteUigence humaine, jouet des plus inconcevables égarements, se trompe quand elle proclame une loi morale , s'illusionne quand elle parle de conscience ou de devoirs, s'abuse étrangement quand elle se fait l'idée de l'infini. Il est clair, en effet, que s'il y a impossibihté complète à ce qu'une âme, substance spirituelle d'un ordre inférieur, agisse sur les organes corporels, détermine leurs mouvements, commande leur action, règle leur économie , la même impossibihté et mille fois plus grande encore se serait rrr.eoiitrce dans les rapports à établir entre l'essence divine, l'Esprit infini et éternel, et la création de la matière. Plus la distance est grande entre les deux termes, plus leur rapprochement est impossible. Dans un pareil système, ce n'est pas Dieu qui « a » formé l'homme et lui a inspiré sur la face un souffle de vie; » c'est un hasard aveugle, une combinaison fortuite d'atomes flottants dans les abîmes de l'éternité, qui a produit l'ensemble de l'anivers et l'homme lui-même, sans conscience de son œuvre,

« Bossuet, Discours sur l'hist. univers,, 2« part,, chap. i.

CHAP. m. — CRÉATION DE L'UOMME. ilï

sans dessein suivi, sans concert prémédité. Agrégation accidcn* telle et heureuse, le monde et l'homme, dans leurs relations si bien ordonnées, si précisément étabUes, pourront être anéantis par une combinaison contraire. L'ordre exceptionnellement rencontré sera peut-être fortuitement détruit, et le chaos éternel se trouvera ainsi le seul dieu de l'univers. Telles sont les déductions rigoureuses qu'entraîne la doctrine matériahste. Il faut l'avouer, pour échapper au surnaturel, elle se plonge entièrement dans l'absurde. L'union de l'âme et du corps est certainement un mystère. Les plus beaux génies l'ont solennellement reconnu, u Quel est, dit saint » Grégoire de Nazianze, la nature de ce lien? Comment une subs- » tance immortelle est-elle alliée à une substance mortelle? Gom- » ment l'âme est-elle attachée aux mouvements du corps? Gom- » ment lui donne-t-elle la vie, tout en subissant ses impressions? » Comment un esprit qui n'a point de forme matérielle, peut-il être )) resserré dans les limites matérielles d'un corps? Par quelle mer- » veille, l'ame, tout en demeurant en nous, a-t-elle la faculté de D parcourir d'un vol rapide l'univers entier? Qui expliquera com- » ment, à l'aide du langage, elle reçoit tour à tour et communicpie 0 ses pensées, semble voyager dans l'air qui porte sa parole, et )) entre en rapport avec les autres créatures; comment elle con- » tracte avec les sens une union si étroite, et comment elle peut, à » son gré, s'abstraire des sens et se recueiUir dans ses profondeurs » spirituelles *? » Ce sont là des problèmes dont la solution n'est pas de ce monde. Mais plus ils s'élèvent au-dessus de notre Intelhgence, plus ils proclament l'infinie sagesse et la puissance sans bornes qui a créé et qui maintient dans l'homme cette mystérieuse harmonie. S'arrêter comme les matérialistes, à la porte du monde spirituel, et nier tout ce qui ne tombe pas sous le domaine étroit des sens, c'est abdiquer la raison et se condamner à un aveugle-

* S. Greg. Nazianz., De ' Theologia, orat. 2. — Fénelon parle comme saint Grégoire de Nazianze. «Dès qu'on a supposé, dit-il, la distinction très-réelle » de l'âme et du corps, on est tout étonné de leur union; et ce n'est que » par la seule puissance de Dieu qu'on peut concevoir comment il a pu unir » et faire opérer de concert ces deux natures si dissemblables. » Féneloo, Existence de Dieu,

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ment incurable. L'âme n'est donc pas matérielle ; toutes ses facultés y sont essentiellement opposées, par conséquent elle n'est point périssable, à la manière des objets matériels. 'SriYmi?^ 10. Nous arrivons ici à la grande qiiestion de la destinée de l*âme et de fton immortalité. « L'homme, dit Moïse, a été fait âme )) vivante : » Factus est homo in animam viventem *. Image et ressemblance de Dieu, cette âme aura l'immortalité, comme Dieu a l'éternité. (( L'homme a été créé inexterminable 2, » dit ailleurs l'Ecriture ; le souffle de Dieu qui a passé sur sa face, est essentiellement un souffle immortel, et la Genèse ne pouvait l'exprimer par une figure plus claire et plus énergique. Il est donc vrai qu'un rayon de la splendeur divine a été imprimé sur nous : Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine ^. Base de toutes les croyances religieuses, fondement de toutes les lois morales, sauvegarde de toutes les sociétés, le dogme de l'immortalité est plus encore que tout cela ; il est la racine et le fond même de toutes les individualités, il se retrouve en action dans chaque aspiration d'une âme, dans l'accent le plus intime d'une conscience, dans la plainte de la douleur et dans le cri de l'espérance. C'est un phénomène bien digne d'observation ! Les hommes aspirent tous à une immortalité. Ils travaillent, ils jouissent, ils espèrent, ils croient, ils aiment, comme s'ils étaient immortels. Aucim mot, dans tous les idiomes du globe, n'est plus souvent sur les lèvres des mortels, que le mot toujours! On a cherché un peuple sur la terre qui n'eût pas la foi à une destinée future, à une âme immortelle, et on ne l'a point trouvé. La philosophie a voulu creuser plus avant pour ébranler cette croyance universelle. EUe a pris cette tradition, l'a dépouillée de sa majesté et lui a demandé ses titres. « L'âme, di- » saient-ils, est un être contingent; elle peut être ou n'être pas, » donc elle peut cesser d'être. — L'âme, ajoutaient-ils, est un être » imparfait, qui n'a la plénitude de son action qu'autant qu'elle est » unie au corps. Quand cette union est rompue, le corps et l'âme « meurent ensemble. » Tel était le langage de ces docteurs de

» Gènes., cap. u, 7. — * Sap,, cap. n, 23. — '* Psalm, iv, 7.

CHAP. ni. — PARADIS TERRESTRE. J43

mensonge. Certes les passions avaient intérêt à adopter une semblable théorie, qui les débarrassait à la fois de la crainte de Dieu, des sanctions de la morale, du respect de toutes les lois, des terreurs de la conscience. Mais on aurait plutôt arraché la vie mortelle à l'homme, qu'on ne le dépouillerait de sa foi à l'immortalité. En dépit de tous les sophismes, la raison comprend qu'une substance spirituelle ne peut périr, puisqu'elle ne peut se dissoudre; elle sent intimement que l'imperfection actuelle de l'âme, dans son union avec le corps, est le fait du corps lui-même, et non celui de l'âme. La raison conçoit très-clairement que si l'âme dépend du corps pour smtb^ elle n'en dépend nullement pour comprendre^ et de l'indépendance d'opération dans l'un et l'autre, la raison conclut à l'indépendance des deux existences. Il y a plus, jetés dans ce vaste univers, contir«iellement en relation par nos organes corporels avec le monde des sens, nous vivons pourtant beaucoup plus dans un monde intérieur, intime, tout spirituel que notre âme habite de préférence, avec ses affections, ses pensées, ses désirs, ses espérances, complètement indépendants des objets physiques, en sorte que l'âme est à elle-même un monde complet, supérieur à celui qui nous entoure, et que nous pouvons répéter après saint Thomas cette magnifique parole : « L'âme contient le corps et le » fait être, bien plus qu'elle n'est contenue par le corps *. » Telle est la psychologie de la Genèse, également éloignée des erreurs philosophiques et des systèmes contradictoires élevés sur la question de l'âme, formulant en termes nets et précis une doctrine dont quelques traits isolés ont suffi à immortaliser le génie de Platon, et dont l'ensemble a doté nos civilisations modernes de leur grandeur et de leur supériorité morales.

§ II. Paradis Terrestre.

H. « Or le Seigneur Dieu avait planté à l'orient * un jardin de » déhces : il y plaça l'homme après sa création.

* Magis anima continei corpus, et facii ipsum esse, quam e contrario. S. Thom., Summ. Theol., 1* p., q. lxxvi, art. 3.

* Le mot hébreu, traduit par a prmcîpio dans la Vulgate, signifie aussi à l'orient*

» Jéhovah, le Seigneur, avait orné ce séjour de toutes sortes » d'ai bits agréables à la vue et délicieux par leurs fruits. Au mi- )) lieu de l'Eden étaient Varbi^e de la vie et Vay^hre de la science du » bien et du mal.

» De l'Eden sortait un fleuve qui arrosait le jardin, et se divisait » en quatre branches.

» Le nom du premier fleuve est Phison; il entoure toute la terre » d'Hévilatlî, où est l'or;

)) Et l'or de cette région est excellent; on y rencontre aussi le ») bdellium [bedollah) et la pierre d'onyx {sc/iokem).

)) Le nom du second fleuve est Gehon; il entoure toute la terre » de Chus (Ethiopie de la Vulgate).

)) Le nom du troisième fleuve est le Tigre (HiddekeJ); il se dirige » à l'orient de l'Assyrie. Le quatrième fleuve est le Phrat (Eu- » phrate).

» Jéhovah, le Seigneur, prit donc l'homme et le plaça dans l'Ep den, pour le cultiver et le garder *. »

L'Eden, le jardin de déhces, le séjour primitif de l'homme innocent et heureux, s'est conservé dans le souvenir de tous les peuples. L'arbre dont le fruit donnait l'immortalité se retrouve à l'origine de toutes les théogonies. Les Chinois disent que Ça Kya obtint la joie de la suprême béatitude, après être resté sept jours à contempler l'arbre de vie Pei-to. Les traditions hindoues du Rig-Véda font naître le hôma (arbre de vie) au pied du trône d'Ormuzd ; la source primitive des eaux l'alimente et lui conserve une jeunesse éter-

Les Septante adoptent ce dernier sens, qui est celui de presque tous les Pères de l'Eglise grecque. Les hébraïsants modernes paraissent lui donner la préférence.— Voy. Tuch, Kommeniar ûber die Gen., et le savant ouvrage de M. Obry : Du Berceau de l'espèce humaine selon lès Indiens, les Perses et les Hébreux, Paris, Î858, liitrod., pag. Ij cf. Cornélius à Lapide, Comment, in Gènes., cap. ii, 8.— Saint Clirysostome, Théodoret et saint Jean Damascène disent que les premiers chrétiens prirent l'habitude de se tourner vers l'orient, pour prier, en mémoire du Paradis Terrestre qui y était situé, et qui était la figure du Paradis Céleste auquel nous aspirons. Nous rattachons à ces témoignages l'orientation des églises chrétiennes, si fidèlement observée au moyen âge, et que nous aimerions à voir respecter avec le même soin de nos jours. ^ Gènes., cap. ii, 8-15.

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