‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 27 sur 121 · CIIAP. III. — PARADIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

CIIAP. III. — PARADIS TERRESTRE

îclle. Quiconque a goûté son fruit ne meurt jamais *. L'ambroisie que les dieux d'Homère et d'Hésiode mangeaient à leurs festins, le nectar qu'ils buvaient dans des coupes d'or, le népent.lièa do la mythologie avaient le privilège de transmettre i'immortalité. (( L'arbre de la science du bien et du mal» est reconnaissable dans le bodhidrouma (arbre de l'intelligence), à l'ombre duquel Bouddha découvrit la vérité et trouva sa doctrine ^. Les ancêtres du genre humain, Meschia et Mesclnané^ dit le Zcnd-Avesta, furent séduits par Ahriman, qui les aborda sous la forme d'une couleuvre et leur présenta des fruits trompeurs ^. Les traditions japonaises symbolisent la chute primitive sous la figure d'un arbre autour duquel se roule un horrible serpent ^. Les Mongols ont des souvenirs analogues. « Sur le sol qu'habitaient nos premiers pères, disent-ils, la plante » du schima, blanche et douce comme le sucre, croissait en abon- » dance. Son aspect séduisit un homme qui en mangea, et tout fut » consommé ^. » Los monuments mexicains, antérieurs à la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, représentent le premi er homme et la première femme séparés jjar un arbre; la femme à laquelle, suivant M. de Humboklt 6, les indigènes donnent le nom de Cihuo-Cohualt (femme au serpent), tient des fruits à la main 7. Nous sommes donc en présence d'un des ûiits les plus considérables de l'histoire humaine. Plus il paraît mystérieux, plus il est surprenant de le voir consigné dans toutes les annales, de le retrouver dans les archives de tous les peuples, u Osons le dire, écri- » vait Bossuet, tout a ici, en apparence, un air fabuleux ^ » Un ar- ÎJre dont le fruit donnait la vie! Un arbre dont le fruit produisait la science du bien et du mal ! Quel texte à toutes les ironies du philoso]ohisme, à tous les dédains de l'incrédulité ! Mais aussi quel

*M. ScI-.œlW, Le Bouddha et le Bouddhisme [Annales de philosopk, chrét., ive série, tom. \V, pag. So2-333).

2 Idem, i/Àd. —3 Zcnd-Avesta, tom. II, pag. 378. — * Noël, Cosmogonie japon, ^ s A. Nicolas, Etudes philosopk. sur le Christ., tom. II, png. 46.

* De liumLoldt, Vue des Cordillères et des montagnes de V Amérique, tom. Ij pag. 237 et 274, et tom. If, pag. 198.

■^ Annales de la littérature et des arts, tom. X, pag. 286-287.

* fiossuet, E^vations sur les Mystères, vi^ semaine, fe élevât.

Attitude

des savants

modernes

en face de

la Genèse.

étrange phénomène historique, de constater l'universalité d'un( traditi^m si incroyable ! L'esprit humain a eu des imaginations qu déconcertent la pensée. L'étude des cosmogonies nous en a fourn plusieurs exemples. Mais, dans ce qu'elles ont de déréglé, d'extra vagant, ces imaginations ont un caractère isolé; elles ne s'étenden pas au delà d'un certain rayon ; elles se limitent à une contrée, i une secte. Ici, le contraire a lieu. Le même dogme mystérieux cir cule dans toutes les croyances, se reproduit dans toutes les reli gions, se combine avec tous les systèmes théogoniques de l'hu manité. Qu'on veuille bien y faire une sérieuse attention; ce n'es pas ainsi qu'on invente. L'exégèse allemande s'est exercée , de no jours, avec une insistance particulière sur ce point '. Ses recher ches, trop souvent empreintes d'un symbohsme exagéré, constater! pourtant l'universalité de la tradition. M. Renan, qui s'est fait ei France l'écho des philosophes d'outre-Rhin, est obhgé d'en conve nir lui-même. « Il faut, dit-il, que de telles analogies reposent su » quelque trait général de la condition de l'humanité, ou sur quel 1) ques-uns de ses instincts les plus profonds^. »

12. C'est sous l'impression de ces graves pensées que les savant actuels, rompant ouvertement avec la tradition du xviii^ siècle, on repris, avec une ardeur nouvelle, l'élude du texte de la Genèse Ils ne le considèrent pas, il est vrai, comme une parole divine ins pirée; « la science, disent-ils, pour être indépendante, a besoin d » n'être gênée par aucun dogme, comme il est essentiel que le » croyances morales et rehgieuses se sentent à l'abri des résultai » auxquels la science peut être conduite par ses déductions ^. n . l'aide de ce sophisme, ils espèrent introduire entre l'histoire rel gieuse et la science une séparation analogue à celle que des ut( pistes ont rêvée entre l'Éghse et l'État; comme si la foi religieux ou la conscience humaine pouvait s'incliner devant un dogme c

* Voy. Ewald Geschickte des Volkes Israël, et Jahrbûcher des Biblischen Wi senschaft; Tuch, Koimnentar ùeber die Genesis; Kuobel, Die Vœlkerlafel der G nesis; Lasseo, Indische alterthumskunde.

* M. E. Renan, Histoire des langues sémitiques, pag. 476«

* Histoire des lang. semit.^i^Oië. 365.

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