CHAP. III. — PARADIS TERRESTRE
une morale dont la science aurait invinciblement démontré la" fausgeté ; comme si la vérité pouvait se contredire et cesser d'êtro elleuême, selon le point de \-ue d'où on se placerait pour l'envisager. Ainsi que l'ont très-bien vu saint Augustin, saint Thomas, ces grands génies'du catholicisme, la foi, pour être placée dans une sphère plus haute que la science, n'est cependant pas et ne saurait jamais être en contradiction avec elle. Les vérités surnaturelles sont audessus de la portée de notre raison livrée à ses propres forces, mais elles ne lui sont point contraires, et le mot de saint Paul est aussi vrai ù Paris qu'il l'était pom^ la Rome d'Auguste : « La foi du » chrétien n'a pas cessé d'être raisonnable^, » Le dogme ne gêne donc pas la science, pas plus que la science n'a jamais eûrayé la foi. 13. En effet, l'étude purement scientifique de la Genèse, son Théorie
' ^ ... . de M. Renan
examen, dégagé de toute préoccupation religieuse et poursuivi a sur le paradii un point de vue purement historique, confirme l'authenticité de ses traditions. « C'est évidemment dans les premiers chapitres de » la Genèse, dit M. E. Renan, qu'il faut chercher les plus anciens » souvenirs des Sémites. Eiîrits à une époque fort ancienne, ils » nous représentent, sinon dans tous leurs détails, du moins dans » leur ensemble, les traditions primitives de la race sémitique 2. » Nous avons voulu citer ces paroles avant de suivre l'argumentation du nouvel exégète sur la situation du Paradis Terrestre. S'il est loin d'avoir résolu cette question, probablement destinée à ne l'être jamais d'une manière précise, il est du moins un des plus récents auteurs qui l'aient traitée, et l'examen de sa thèse pourra donner une idée des procédés de la science actuelle et de ses tendances. M. Renan se préoccupe d'abord de l'idée de changer les notions reçues au sujet du berceau du genre humain, et de le placer aux limites de l'Inde, sur les plateaux de l'Himalaya ^. La conséquence inavouée mais rigoureuse d'un pareil système, serait de taire prévaloir l'antériorité des races hindoues et do leurs traditions sur celles des Sémites et sur le récit de Moïse. Le nouveau point de départ ne semble autorisé par aucun fait historique connu ;
* Raiionahile chsequiuni vestrum. Rom. xti, 1. — 2 i\i, E. Reuao, Uisioirc des 'ang, f^émt., pag. 463. — 3 Idem, ibicL, pag. 470.
148 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — PREMIÈRE ÉPOQtlE.
mais « la critique peut sans témérité, dit-il, apprendre aux rac( » ce qu'elles ignoraient elles-mêmes sur leur propre histoire » elle sait voir dans les traditions ce que la croyance naïve n' » voyait pas *. » Le nom des quatre fleuves désignés par Moïse ( celui des contrées qu'ils parcouraient, sont les seules données p( sitives qui pourraient fixer la véritable situation du Paradis Te] restre. Deux de ces fleuves, le Tigre et l'Euphrate, nous sont maii tenant connus; leur position respective fait légitimement suppose que le Gihon et le Phison, dont la signification actuelle est pli diflicile à déterminer, se trouvaient rapprochés par leurs source de celles des deux premiers. On sait que dans l'antiquité le Tigi et l'Euphrate avaient une origine commune. Procope, Xénophoi Lucain ne laissent aucun doute à cet égard ^. Leur témoigna^ confirme en ce point celui de Moïse. Il ne peut y avoir d'équivoqu sur les termes hébreux, Hiddekel et Phrat, qui ont toujours été trî duits par leurs équivalents Tigre et Euphrate. Il semblerait dor que des quatre difficultés du problème , deux étant parfaitemei élucidées, il ne resterait plus qu'à éclaircir les deux dernières et chercher dans les montagnes de l'Arménie, voisines des sources c Tigre et de l'Euphrate, deux autres fleuves auxquels pourraie: s'appliquer les conditions géographiques données par Moïse t Gihon et au Phison. Mais la simphcité d'une pareille logique i saurait satisfaire les vastes ambitions de la science actuelle.
Dans rénumération des quatre fleuves, les deux dont la signi cation est déterminée, sont précisément ceux que M. Renan su prime; et, poar avoir plus de difficultés à vaincre, au lieu de de inconnues dans le problème, il en introduit quatre. « On est poj » à croire, dit-il, que, parmi les noms primitifs des quatre fleuve » deux au moins ont été changés par les derniers rédacteurs de
iM. E. Renan, Histoire des lang. sémit., pag. 465. * Procop., De Bello Persico, lib. I, cap. xvn; Xenoph., De Expedit. Ci/ri nior., lib. IV, initio. Voici les vers de Lucain :
Quaque caput rapido tollit cum Tigride magnus EuphrateSj quos non diversis fontibus edit Per.sis...,
(Lucan., PharsaL, lib. VU).