‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 30 sur 121 · CHAP. III. — PARADIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

CHAP. III. — PARADIS TERRESTRE

saison de la vendange. «La géographie des Hébreux n'avait donc pas, au m" siècle avant Jésus-Christ, temps où vivait l'auteur de ce livre, perdu la signification des deux fleuves primitifs. Et si l'on veut bien remarquer que l'Ecclésiastique, ainsi que son nom même l'exprime, était un ouvrage lu aux assemblées du peuple Israélite, son témoignage présente un caractère de notoriété publique et en quelque sorte officielle. Que devient donc l'argumentation de M. E. Renan? Est- on sérieusement en droit d'affirmer avec lui que « tout nous » invite à placer l'Eden des Sémites dans l'endroit où cette chaîne » se réunit h l'Himalaya, vers le plateau de Panir..., et que des » deux fleuves qui, entre les mains du rédacteur de la Genèse, sont » devenus le Tigre et l'Euphrate, l'un est peut-être le mystérieux » Arvand du Zend-Avesta, qui, de fuite en fuite, à une époque » plus moderne, est devenu aussi le Tigre chez les Persans *? »

15. Le texte de l'Ecriture, arbitrairement bouleversé, son prétendu silence faussement invoqué à l'appui d'une thèse aussi étrange ne réussiront pas plus à convaincre les hommes de bonne foi que l'insinuation suivante, par laquelle l'auteur voudrait abriter son système sous des autorités décisives, a II est remarquable, dit-il, que » Josèphe et les premiers Pères furent conduits, par des raisons fort » différentes des nôtres, à placer le Paradis Terrestre dans la même » région. » Le nom de Josèphe pourrait faire quelque illusion, si nous ne le rapprochions des paroles mêmes de cet historien, que M. Renan n'a eu garde de citer. «Le premier fleuve, nommé Phison, dit-il, est » le Gange ; le second s'appelle l'Euphrate ; le troisième le Tigre ou » Diglatk; elle quatrième, nommé Gihon, qui signifie venu d'Orient, » et que les Grecs nomment le Nil, traverse toute l'Egypte *. » On voit que d'après l'interprétation si large de Josèphe, il serait aussi facile de placer l'Eden en Abyssinie que sur les sommets de l'Himalaya. Quant aux g preraiers Pères de l'Eglise » favorables à sa théorie, M. Renan oubhe de nous faire connaître leurs noms. Cette omission est d'autant plus regrettable qu'on avait cru jusqu'ici «que les pre- D miers Pères ont été très -réservés en traitant cette question, et

» Histoire des lang» sémit, pag. 469-470. — ' Joseph, oper., édit. d'Haverc;, ■Àntiq, Jud., lib. I, cap. i.

» qu'avant le vi* siècle personne n'avait eu la hai^diesse de fixer la » situation du Paradis Terrestre *. wTertullien insinue dans son Apologétique que le Paradis Terrestre est un lieu inaccessible à la vue et à la connaissance des hommes 2. Origène explique le récit de Moïse d'une manière allégorique, et de telle sorte même qu'il semble exclure le sens littéral ^. Soit qu'une semblable erreur doive réellement être attribuée à ce grand homme, soit que les hérétiques^ qui ont si souvent altéré ses écrits, l'aient voulu appuyer de son nom, il est constant qu'à l'époque de saint Augustin, elle était encore très-répandue. L'illustre évêque d'Hippone la combat avec énergie, mais sans émettre même une opinion sur la situation de l'Eden. Voici ses paroles; elles conservent à l'égard du symbolisme exagéré de l'Allemagne l'actualité qu'elles avaient vis-à-vis des hérétiques séleuciens et harmianiens à qui il les adressait : « On veut » expliquer symbohquement tout le récit du Paradis Terrestre, où la » tradition positive de la sainte Ecriture place les premiers auteurs » du genre humain ; les arbres chargés de fruits, qui en faisaient la » parure, deviennent de simples emblèmes figurant les œuvres de » vie, les vertus morales; et les expressions de Moïse, réduites à de » pures métaphores, ne représenteraient aucune réalité visible et » palpable. Quoi donc ! Il faudra nier l'existence physique du Paradis » Terrestre, parce qu'on peut lui apphquer un sens spirituel? De même » il ne sera pas vrai, dans la rigueur historique, que l'eau soit sortie » du rocher sous la verge de Moïse, parce que, dans le sens figuré, » l'Apôtre a dit :a La pierre du rocher était Jésus-Christ^? » Sans » doute il n'est pas défendu de voir dans les joies de l'Eden l'image » des béatitudes célestes ; dans ses quatre fleuves, les quatre vertus

* Dom Galmet, Dissertation sur le Paradis Jerrestre . iuitio, — Voyez aussi îanseuii Ypreus. Comment, in Gènes., cap. 11, 8.

2 Tertull., Âpolog., cap. XLvn.

3 Origène, nsp; kfx'âv, liv. IV. — Saint Epipliane (in Ancorat., n. 6i) s'exprime ainsi à ce sujet : Plerique de paradiso allegorice disputant, atque inter cœteros furiosus Origenes adumbratam nescio quam speciem pro veritate in mun^ dum invexit. — Voyez aussi saint Jérôme, Epit. lxi; saint Ambroise, liv. du Paradis; saint Chrysostome, homél. 8 sur la Genès,

* 1. Cor. X, 4.

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