‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 31 sur 121 · CIIAP. III. — PARADIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

CIIAP. III. — PARADIS TERRESTRE

ti de prudence, de force, de justice et de tempérance; dans ses ar- » bres, toutes les sciences utiles; dans leurs fruits, les œuvres pieu- » ses; dans l'arbre de vie, la sagesse, mère de tous les biens; dans » l'arbre de la science du bien et du mal, l'expérience ducomman- ») dément transgressé. Au point de vue prophétique et comme ligure » de l'Eglise, on peut dire que le Paradis c'est l'Eglise elle-môrae, » les quatre lleuves sont les quatre Evangiles, les arbres qui portent p des fruits sont les saints, les fruits leurs œuvres, l'arbre de vie

Jésus-Christ, le Saint des saints, l'arbre de la science du bien et du )) mal le libre arbitre de la volonté. Ces figures et d'autres sembla- » blés peuvent être appliquées sans obstacle au Paradis Terrestre; » mais jamais elles ne doivent rien enlever à sa réalité historique » et à la foi que réclame le témoignage précis de l'Ecriture ^ » Ainsi parlait au iv^ siècle le grand Augustin. Les Pères de l'Eglise grecque ne sont pas plus exphcites au sujet de la situation deFEden. Saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Ghrysostome se bornent à dire qu'il était à l'orient, selon l'interprétation des Septante dont nous avons déjcà parlé. Il est donc très-remarqua])le que M. Renan ait trouvé l'opinion des a premiers Pères » favorable à son système ; il l'est encore plus qu'il ait pu deviner les a raisons fort différentes » des siennes par lesquelles ils « y furent conduits ! »

16. A partir du vi^ siècle, la question fut abordée avec moins de ménagements. Saint A vit, évêque de Vienne (490-525), est le premier qui ait exprimé une opinion précise à cet égard -; et les sentiments se partagèrent dès lors à l'iafini. Les probabihtés se sont jusqu'à présent réunies en faveur du système de dom Calmet, qui voit dans le Phison le Phase des anciens, leFasi actuel des Turcs. 11 prend naissance dans les montagnes d'Arménie, non loin des sources de l'Euphrate et du Tigre, et va se jeter dans la mer Noire (Pontfcuxin). a Le Phison, dit la Genèse, arrose le pays d'Hévilath, où est * l'or. » Hévilath est le nom d'un des descendants de Sem à la cinqmème génération 3; il habitait les contrées voisines de l'Ai^ménie,

i S. August., De Civit. Dci, lib. XIII, cap. xxi.

• S. Avit., ijoem. De Creatione. — 3 Gènes., cap. x, 24, 23, 28, 29, 30.

tvaversëes par le Phase *. L'or delà Colcbide est assea célèbre dans raiitiquité.pour qu'il soit inutile de rappeler l'expédition des Argonautes, les voyages de Phrixus et de Jason, et la fable de la toison d'or qui, d'après Strabon, doit son origine à la coutume locale de recueillir les paillettes d'or entraînées par les eaux du fleuve, sur des peaux de brebis couvertes de leur laine, ou sur des espèces de tamis ^. On y rencontre aussi, ajoute la Genèse, le bdcllium (bdolach) et la pierre scJiohem. Le bdellium, gomme d'un arbuste épineux, est un des produits de cette contrée. La pierre sckohem, que la Vulgate ti'aduit par onijx, et les Septante par émeraude^ n'a pas, on le voit, une signification assez déterminée pour qu'on puisse y découvrir un caractère précis. Enfin le Phase, auquel s'appliquent si parfaitement les autres conditions géographiques désignées par Moïse, remplit aussi celle que le livre de l'Ecclésiastique y ajoute : son cours est lent et majestueux, et l'on a peine au premier abord à découvrir de quel côté il coule. Dans le Gihon (impétueux) dom Calmet voit VAraxe^ appelé aussi Gechon par les indigènes. L'Araxe (Aras actuel) étonna les Romains par la rapidité de son cours. Virgile a immortalisé ce souvenir par un vers fameux 3, et l'on célébra presque à l'égal d'une victoire le succès d'Auguste qui réussit à faire jeter un pont sur le fleuve indompté *. Il prend sa source au mont Ararat, à quelque distance de celle de l'Euphrate, se réunit au Kour (ancien Cyrus) et va se jeter dans la mer Caspienne, après un cours de plus de quatre cents lieues. La contrée qu'ii arrose^ et que le texte hébreu nomme Chusch, est parfaitement reconnaissable dans le nom de Chutha, patrie primitive des Scythes ^, qui habitèrent d'abord les rives de l'Araxe ^. Par une dernière coïncidence, ce fleuve a un débordement annuel vers les i^iois d'août et de sep-' tembrc; il satisfait aussi à la condition déterminée par le livre de^

* Dom Calmet, Dissert, sur le Parad. Terrest. — 2 Strabo, lib. XI, pag. 498, 499.k j- ^ Et ponten* indignaius Araxes. Virgil., JEneid., lib. VllI, v. 728. — * Laf.ii pa^tiens Jam pontis Araxes. — ^ Dom Calinet, loc. cit.

fi Diodùi-. Sicul., lib. III, cap. u : Nunc de Scythis qui sunt Indiœ contei^minh dicendum. Ea primum natio juxia Araxem flumen , parva numéro, propterqué^ igncbilitaiem contempla comedii.

Page 1