CHAP. V. — DESCENDANCE DE CAIN , ETC
§ II. Desccndanee de Caïn, appelée dans rEcriture, les flls des hommes.
15. « Caïn, fuyant la face du Seigneur, habita la terre de Nod ») ou de l'exil, à l'orient de l'Eden *. »
Le texte hébreu présente ici une difficulté particulière d'interprétation, que l'absence de documents sur la géographie primitive n'a pas encore permis de résoudre, a Caïn, y est-il dit, habita la terre » de Nod. » Or cette dernière expression est-elle un nom de localité maintenant inconnue? Les Septante l'ont pensé. Josèphe est aussi dans cette croyance. « Après avoir parcouru diverses régions, dit- » il, Caïn établit sa demeure dans un lieu nommé Nais *. » Saint Jérôme, dans sa traduction des Livres saints, a donné une signification ditfé rente. Il prend le mot Nod selon sa valeur radicale, qui signifie exil, et ne le considère pas comme un nom propre de lieu. De nos jours, la philologie n'a pas fait plus de progrès, et M. Renan semble regarder la question comme indécise. « Raïn, après son » crime, dit-il, habita la terre de Nod ou d'exil, à l'orient d'Eden 3. » Ce qui ne l'empêche pas, une page plus loin, de faire observer que « le nom de Nod ne reparaît plus une seule fois dans la géographie » des Hébreux *. » Comme il est douteux, d'après M. Renan luimême, que Nod ait jamais eu une valeur géographique, on s'étonne moins de ne pas le retrouver avec ce sens dans d'autres passages de l'Ecriture. Il suffit qu'il se présente fréquemment ailleurs avec la signification précise de fuite ou dCexil, pour justifier la traduction de saint Jérôme.
16. La malédiction prononcée contre Caïn était personnelle; il Dftscendaaoa ne paraît pas, d'après la teneur des paroles do Dieu, qu'elle dût Crime de s'étendre à sa race. Les fils restaient libres de suivre la voie de la religion, du respect et de la vertu, et il semble que le crime de
leur père, le châtiment qui le suivit, étaient des avertissements assez solennels pour les retenir sur la pente des passions mauvaises et des corruptions du cœur. Cependant il n'en fut rien. La
* Gcncs., cap. iv, 16. — * Joseph., Antiq. Judaic, lib. I, cap. n. — » lïifttoiri des langues sémit, pag. 466. — * Ibid., pag. 467.
descendance du fratricide fut une race perverse, qui marcha dans 1ns sentiers du mal et oublia les traditions saintes et les préceptes du Seigneur. Hcnoch ^, le premier-né de Gain, n'est connu dans TEcriture que pour avoir donné son nom à la première ville qui s'éleva sur celte terre. Proscrit et fugitif, Gain voulut-il, dans l'orgueil et l'opiniâtre incrédulité de son caractère, donner une sorte Je démenti à la sentence de son juge, en se créant une demeure Uable et permnncnte? La Genèse ne nous l'apprend pas. Elle dit seulement qu'il « édifia une cité à laquelle il donna le nom d'Hé- » nocliia, en souvenir de son fils ^. » Irad, Maviaël et Mathusaël ^ se succèdent daus Ténumération de la Genèse sans qu'un seul détail historique ou chronologique nous soit révélé sur ces trois générations desrendues d'Hénoch. Lamech, fils de Madmsaël, nous apparaît alors, renouvelant en sa personne le ciime de Gain et y ajoutant un nouveau degré de perversité. L'institution du mariage avait été consacrée, dès les premiers jours, dans Tunité d'un lien indissoluble. Adam l'avait proclamé solennellement, quand il dit : c( L'homme quittera son père et sa mère pour s'atiacher à son )) épouse, et ils seront deux dans une même chair *. » La dignité liumaine, l'honneur et la stabilité de la famille, la perpétuité des traditions, la sainteté de Funion conjugale, reposent sur cette loi primitive, il n'y fut dérogé qu'après le déluge, alors que la vie liumaine, plus courte, n'eût pas permis une propagation assez rapide. C'est ainsi que nous verrons les patriarches Abraham et Jacob, ces illustres pères des Hébreux, avoir plusieurs femmes. Mais à mesure qu'on s'éloigne de ces antiques époques, les Israélites eux-mêmes renoncent à la polygamie; la faculté du divorce accordée par Moïse, ad duritiam cordis^ tombe peu à peu en désuétude, jusqu'à ce que Jésus-Christ, le divin restaurateur de l'humanité, vînt rétablir le mariage dans l'unité de son institution, en lui
* Nous n'avons pas besoin d'avertir qu'il n'y a qu'une ressemblance de nom orilre le fils de Caïu et le patriarche descendant de Seth, appelé aussi Hénoch^ dont nous parlerons plus loin. La même observation doit s'appliquer aux deux Lamech, l'un descendant de Caïn, l'autre de la race patriarcale de 'ëeiïu
a Gènes., cap. iv, 17. — » Ibid., 18. — * Ibid., cap. n, 24.