CHAP. VI. — CORRUPTION GÉNÉRALE
» les crimes nvec plus d'ardeur que leurs pères n'eu avaient mis à » pratiquer toutes les vertus. Ainsi ils attirèrent sur eux la colère » céleste *. » Des alliances criminelles fm*ent le signal de la corruption. Le genre humain, une première fois perdu par la femme, le sera de nouveau à cause d'elle. La race de Setli,les l^ils de Dieu^ se livrèrent aux séductions et aux charmes des Filles des hommes. L'idolâtrie semblerait, d'après Josèphe, avoir été l'un des crimes de cette époque, comme il fut celui de la vieillesse de Salomon ; et son origine est la même dans les deux circonstances. 2. Le Filii Deî de la Yulgate, que nous traduisons avec Cornehus vériîabie
sens diiï Fiiii
à Lapide par les Descendants de Seth, est rendu dans la version des n- i, » de la Septante par AyyixonoZQioZ, les Anges de Dieu. Cette parole des A^^éxc, Septante, trop littéralement suivie par quelques Pères des premiers lav'Iîrsion^dts siècles 2, avait donné lieu à l'éUange interprétation d'une alliance entre les Anges et les Filles des hommes. « Les incrédules, dit » M. Glaire, se sont emparés de cette circonstance pour donner au » récit de Moïse un caractère mythique et le classer parmi les his- » loires purement fabuleuses. » Mais, en dégageant cette question des nuages dont on s'est plu à l'envelopper, il n'est pas difficile de répondre aux objections des mythologues. La traduction des Septante a pu faire illusion à quelques docteurs du premier siècle, qui ne l'ont pas rapprochée du texte original. L'hébreu Beni-EloMm signifie littéralement Fils de Dieu, ce qui peut s'entendre ou des descendants de Seth, fidèles au culte du Seigneur, sens que nous adoptons ; ou des Fils des puissants, selon la vision d'Aquila, à laquelle M. Glaire donne la préférence. On sait que la langue hébraïque, parmi ses idiotismes les plus fréquents, emploie le mot Elohim, ajouté à un substantif, pour exprimer une idée de grandeur et de majesté exceptionnelles. C'est ainsi que la montagne d'Elohim signifie une montagne Irès-élevée. Les deux sens sont donc parfaitement olausibles et justifiés de part et d'autre par des
* Joseph., Antiq. Judaic, lib. I, cap. m.
* Voir les citatioQs des textes de S. Justin, Atbénagore, Clément d'Alexandrie, S. Cyprien, Lacfance, S. Ambroise, r&cueillies à ce sujet par Noël Alexandre, Hist. ecclés., tom. I, pag. 163-165.
preuves philologiques et de nombreux exemples. Ce qui nous fait pencher pour le premier, c'est principalement l'autorité de saint Augustin *, qui le développe dans la Cité de Dieu. Cependant nous sommes loin de vouloir l'imposer exclusivement. L'Ecriture sainte, parole divine, a des profondeurs et des perspectives variées, qui ouvrent des horizons infinis à la méditation humaine : et toutes les interprétations que l'Eglise autorise sont également respectables et également légitimes.
3. Mais ces caractères ne sauraient appartenir à la singulière explication qui, se fondant sur la version inexacte des Septante, attribue aux anges des alliances terrestres. Le nom de quelques Pères des premiers siècles, dont les protestants ont soigneusement recueilli les citations, ne suffît ni à autoriser cette interprétation, ni à renverser l'argument catholique de la tradition. En effet, les Pères qui ont professé cette opinion, d'une part, n'ont point enseigné pour cela que les anges fussent corporels; et de l'autre, n'ont fait qu'exposer un système d'interprétation purement personnel, qui a été unanimement répudié par les siècles suivants, à partir du jour où le texte hébraïque fut mieux étudié. Tertulhen, saint Justin, Athénagore, saint Cyprien, sur la foi de la version des Septante, ont supposé que les mauvais anges avaient revêtu une forme corporelle, pour venir apporter à la terre des crimes et des passions jusque-là inconnus. Telle est leur interprétation; mais ils étabhssent d'ailleurs la doctrine de la spiritualité des anges, et, sur ce point, leur enseignement est celui de l'EgUse ; ils se sont trompés sur une question philologique, et leur erreur consiste à avoir accepté comme parfaitement exacte la version des Septante, la seule qu'ils eussent alors à leur disposition 2. Cette erreur grammaticale, sans importance au point de vue dogmatique, était abandonnée
* Outre le témoignage de 3. Augustin, D. Calmet cite, à l'appui de notre interprétation, ceux de S. Chrysostome, Homii. 22 iti Gènes.; Théodoret, Inter" rcgat. xLViii in Gènes.; S. Cyrille d'Alexandrie, lib. IX Contra Julian.; Cassien, Collât. VllI, cap. xxi; S. Euclier, etc.
* Voir le Dictionn. de Théolog., art. Géants, où. Bergier établit la croyance à la spiritualité des anges, par des citations des mêmes Pères, qui ont suivi dan» ieur interprétation le texte des Septante, *A ■).•), £>voi tqu Qioù,