‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 62 sur 121 · CIIAP. VI. — UNIVERSALITÉ DU DÉLUGE · texte numérisé non relu

CIIAP. VI. — UNIVERSALITÉ DU DÉLUGE

mis par Moïse; ce fait est d'une telle nature, qu'il a dû laisser dans les entrailles de la terre les empreintes les plus caractérisées, les traces les plus visibles; il a eu pour l'humanité des conséquences si multiples, que ses souvenirs doivent être vivants chez tous les peuples de la terre. Il importe donc de l'étudier au triple point de vue de la théologie, gardienne et interprète des Livres saints; de la science, fidèle observatrice des phénomènes naturels; de la tradition, dépositaire des souvenirs du genre humain.

17. Le déluge a-t-il été universel, dans le sens absolument rigou- objection. reux du terme, c'est-à-dire qu'il aurait couvert de ses eaux toutes '^veTs F"er-^* les parties du globe habitées ou non habitées, sans aucune excep- fEcrhur^e tion? Ou bien n'a-t-il été universel que dans un sens plus restreint, funiveSâité c'est-à-dire qu'il aurait seulement inondé les régions habitées par " "^^" l'homme, et submergé toute la race humaine et tous les animaux qui vivaient avec elle? Telle a été jusqu'ici la question dont les interprètes de l'Ecriture se sont préoccupés. On n'a pas encore, que nous sachions, traité théologiquement une troisième théorie dont quelques savants modernes ont posé les bases, et qui consisterait à admettre l'universalité absolue du déluge, mais successive et non simultanée. Disons tout d'abord que la presque unanimité des Pères et des Docteurs ont entendu le récit de Moïse d'un déluge absolument et simultanément universel. Cependant le cardinal Cajétan, avec quelques autres auteurs cathohques, ont fait certaines réserves à cette universalité. Leur système, repris par Isaac Vossius, a été de nos jours vivement soutenu par Deluc, qui l'appuie sur des raisons tirées de l'Ecriture elle-même. « L'usage connu des » Orientaux, dit-il, de mettre souvent le tout pour la partie, nous » empêche de regarder les expressions de Moïse : toute la terre, » tous les animaux, comme des expressions absolues. C'est ainsi » que, lorsque Dieu ordonna à Noé de prendre toute chose qu'on » mange pour servir de nourriture à lui et aux animaux, ce tout » ne pouvait être absolu, puisqu'il eût embrassé, pour ainsi dire, » toutes les classes de substances. Il ne signifiait donc évidemment » que tout ce qui était nécessaire pour nourrir lui et tous les êtres » vivants renfermés avec lui. Ainsi le ^ow^des animaux à renfermer

n dans l'arche ne signifiait non plus que tout ce qui était nécessaire » pour qu'au sortir de l'arche Noé et sa famille peuplassent d'ani- » maux le pays qu'ils habiteraient; ou telle extension que la sagesse 1» divine jugea à propos d'y ajouter, et qui fut connue de Noé ponf Ts> la partie qui dépendait de son exécution. Mais voici qui prouve )) d'une manière plus directe que, dans le récit même de Moïse, la » conservation de toutes les espèces d'animaux n'est pas attribuée 10 à l'arche. Après le déluge, lorsque Dieu manifesta sa volonté à » Noé, à l'égard des habitants de toutes classes de la nouvelle » terre, elle fut exprimée en ces mots : a J'établirai mon alliance » avec vous et votre race après vous, tant des oiseaux que du » bétail et des animaux qui sont sortis de l'arche , jusqu'à toutes » les bêtes de la terre : » Jumentis et pecudibus terrœ cunctis quœ )) egressa sunt de aixa , et universis bestiis terrœ (Gènes, ix, 10). » Voilà manifestement une extension qui embrasse des animaux » distincts de ceux qui sont sortis de l'arche en même temps que )) Noé et sa famille étaient avec eux *. »

Evidemment, disent les adversaires de l'universalité absolue du déluge, le dessein de Dieu était de faire périr toute la race humaine coupable. Or la race humaine, dans les seize cents ou deux mille ans qui précédèrent le déluge, n'avait pu se multiplier au point d'être répandue sur toute la surface de la terre. En admettant que le continent asiatique eût été peuplé en entier, ce qui suppose déjà une propagation assez rapide, on ne voit pas la nécessité, pour atteindre le but providentiel , d'étendre l'inondation aux autres parties du globe. L'universalité des termes employés par Moïse dans le récit du déluge, se retrouve exactement la même en d'autres passages qui n'ont certainement qu'un sens restreint. Par exemple quand Moïse, au chapitre xli de la Genèse, dit que « la famine s'é- » tait étendue dans tout l'univers : » m universo orbe famés prœvaluit 2; a qu'elle croissait chaque jour dans toute la terre : » crescebat quotidie famés in omni terra 3, les interprètes n'en conviennent pas moins qu'il faut limiter cette expression absolue, et l'entendre

< i Deluc, Lettres physiques et morales sur l'histoire de la terre et de l'homme, tom. V, lettre cxLviie, pag. 663-665. — « Ge/ies., cap. xu, 54. — » Ibid., 56.

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